Cas : Insomnie d’entretien masquant un syndrome des jambes sans repos (SJNR) — pièges diagnostiques et conduite à tenir
Vignette clinique
Femme de 42 ans, cadre, consulte pour réveils nocturnes multiples depuis 9 mois, avec retentissement diurne (fatigue, irritabilité). Elle décrit une « insomnie d’entretien » résistante aux mesures d’hygiène. Elle a reçu ponctuellement des hypnotiques (z-drug) avec bénéfice transitoire. Elle nie ronflements majeurs. À l’interrogatoire dirigé, elle mentionne une gêne des jambes le soir, difficile à décrire, soulagée par le mouvement, aggravée au repos, avec besoin de marcher. Son conjoint rapporte des secousses de jambes.
Discussion diagnostique
Le tableau est évocateur de syndrome des jambes sans repos (SJNR/RLS) selon les critères essentiels : (1) besoin impérieux de bouger, (2) aggravation au repos, (3) soulagement par le mouvement, (4) majoration vespérale/nocturne. Les mouvements périodiques des membres (PLMS) peuvent fragmenter le sommeil et mimer une insomnie d’entretien. Pièges fréquents : étiquetage « insomnie psychophysiologique » sans interrogatoire spécifique, confusion avec crampes, akathisie, douleurs neuropathiques, ou anxiété.
Bilan recommandé (EBM)
- Recherche de causes/associations : grossesse, insuffisance rénale, neuropathies, médicaments (antidépresseurs sérotoninergiques, antihistaminiques sédatifs, neuroleptiques).
- Bilan martial : ferritine (et saturation transferrine). Un seuil de ferritine bas/« suboptimal » est associé à la sévérité des symptômes.
- Polysomnographie non systématique, utile si doute diagnostique, suspicion de SAOS concomitant, ou échec thérapeutique.
Prise en charge
- Mesures non pharmacologiques : réduction caféine/alcool le soir, activité physique régulière, optimisation du rythme veille-sommeil.
- Correction du fer si ferritine basse : supplémentation orale (ou IV selon tolérance/efficacité) avec objectif de normalisation.
- Si symptômes persistants et modérés à sévères : privilégier un ligand α2δ (gabapentine/pregabaline) surtout si comorbidité douloureuse/anxieuse. Les agonistes dopaminergiques sont efficaces mais exposent au risque d’augmentation (augmentation/augmentation paradoxale) et d’impulsivité.
Message clé
Devant une insomnie d’entretien, l’interrogatoire « RLS-centré » et le bilan martial évitent des errances thérapeutiques et des hypnotiques inadaptés.
Sources (EBM) :
- Allen RP et al. Restless legs syndrome diagnostic criteria: updated IRLSSG criteria. Sleep Med. 2014.
- Garcia-Borreguero D et al. Algorithm for the management of RLS: updated consensus. Sleep Med. 2016.
- AASM Clinical Practice Guideline for treatment of RLS/PLMD. J Clin Sleep Med. 2021.
- Winkelman JW et al. Ferritin and iron in RLS: evidence and practice. Sleep Med Rev. 2020.
3 commentaires
Cette vignette illustre un piège classique : une « insomnie d’entretien » peut être secondaire à un SJNR sous-déclaré, surtout chez les patients qui décrivent d’abord les réveils plutôt que l’inconfort vespéral. Les éléments clés à objectiver sont les 4 critères IRLSSG (urgence de bouger, aggravation au repos, soulagement par le mouvement, prédominance vespéro-nocturne), et le retentissement sur le maintien du sommeil via micro-éveils liés aux mouvements périodiques (PLMS). Côté bilan, la littérature récente insiste sur le statut martiale : ferritine, TSAT (viser souvent ferritine ≥75 µg/L et TSAT >20% selon recommandations), en recherchant causes de carence. Attention aux molécules aggravantes (ISRS/IRSNa, antihistaminiques H1, neuroleptiques) et aux diagnostics différentiels (crampes, neuropathie). Conduite : correction du fer en première intention si bas, puis options pharmacologiques (agonistes dopaminergiques à faible dose vs alpha-2-delta), en anticipant le risque d’augmentation dopaminergique.
Ce cas illustre bien le piège classique : une « insomnie d’entretien » qui cache un SJNR. Les éléments clés sont déjà là (gêne vespérale, aggravation au repos, soulagement par le mouvement), à compléter par les critères IRLSSG : survenue/majoration le soir-nuit et retentissement sur le sommeil. En pratique, il faut aussi rechercher des mouvements périodiques des membres (souvent associés) et éliminer les mimics (crampes, neuropathie, akathisie, douleurs articulaires). Point crucial de conduite à tenir : bilan martial systématique (ferritine, saturation transferrine) ; les recommandations récentes privilégient une correction du fer (cible ferritine souvent >75–100 µg/L selon contextes) avant/escalade thérapeutique. Attention aux z-drugs : elles peuvent masquer le symptôme sans traiter la cause. Si traitement médicamenteux : privilégier les ligands α2δ (gabapentine/pregabaline) et rester prudent avec agonistes dopaminergiques (risque d’augmentation).
Bon cas « piège » : l’insomnie d’entretien devient un symptôme secondaire dès qu’on fait émerger les critères clés du SJNR (urge/malaise des jambes, aggravation au repos, soulagement par le mouvement, prédominance vespéro-nocturne). À ce stade, il manque surtout : (1) description complète des 5 critères IRLSSG (incluant l’exclusion des mimics : crampes, neuropathie, akathisie), (2) recherche de PLMS et d’un retentissement objectivable (agenda du sommeil, échelle IRLS), (3) bilan ferritine/TSAT avec correction en première intention si bas, (4) revue des facteurs aggravants (ISRS/IRSN, antihistaminiques H1, caféine, alcool) et des comorbidités (IRC, grossesse). Conduite pratique : prioriser mesures non pharmacologiques + correction martiale, puis α2δ (gabapentine/pregabaline) si persistant; prudence avec agonistes dopaminergiques (augmentation/rebond).
Le tableau est très compatible avec un SJNR masqué derrière une plainte d’insomnie d’entretien. Les 4 critères clés (urge/paresthésies des jambes, survenue au repos, aggravation vespérale/nocturne, soulagement par le mouvement) semblent présents, et expliquent des éveils répétés plus que « l’insomnie » elle‑même. Sur le plan quantitatif, il faut objectiver la sévérité (IRLS) et la fragmentation du sommeil (agenda ± actimétrie 1–2 semaines). Priorité diagnostique : bilan martial (ferritine, saturation transferrine), car une ferritine <50–75 µg/L est fréquemment associée à SJNR et corrigeable. Rechercher facteurs iatrogènes (ISRS/IRSN, antihistaminiques H1, neuroleptiques) et comorbidités (IRC, grossesse, neuropathie). La polysomnographie n’est pas systématique, mais utile si suspicion de PLMS significatifs ou d’autre trouble (SAOS). Éviter l’escalade d’hypnotiques : traiter la cause (fer per os/IV si indiqué; alpha-2-delta ou agoniste dopaminergique selon profil) + TCC-I si insomnie conditionnée.

Bon rappel du « faux primaire » : beaucoup de patients verbalisent d’abord les réveils et minimisent la gêne vespérale. Pour solidifier l’argument, je vérifierais systématiquement les 5 critères IRLSSG (incluant le caractère circadien) et la notion de PLMS (partenaire, actimétrie/PSG si doute). Attention aux diagnostics différentiels : crampes nocturnes, neuropathie, akathisie (ISRS/antipsychotiques), douleur lomboradiculaire. Côté conduite à tenir : bilan martial (ferritine, CST) et correction si ferritine basse (souvent viser >75 µg/L selon recommandations), revue des médicaments aggravants (antihistaminiques H1, ISRS, métoclopramide). Le traitement dopaminergique n’est pas automatique (risque d’augmentation) ; privilégier α2δ (gabapentine/pregabaline) si symptômes fréquents, plus TCC-I pour l’insomnie comorbide.