Recrudescence de la coqueluche chez l’adulte : comment interpréter les données et adapter la stratégie vaccinale ?
Depuis 2023–2025, plusieurs pays européens rapportent une hausse des cas de coqueluche, avec un signal notable chez les adolescents et adultes, et un risque indirect pour les nourrissons (forme grave, hospitalisations). Ce post propose une lecture pragmatique des données et des implications cliniques.
1) Pourquoi “ça remonte” ?
- Cycles naturels + dette immunitaire : l’immunité post-infection/vaccinale décroît (notamment avec les vaccins acellulaires), favorisant la circulation chez l’adulte.
- Changement de dénominateur : hausse des consultations, des tests PCR, et meilleure capture des cas → incidence apparente ↑.
- Biais de surveillance : sous-diagnostic chronique chez l’adulte (toux prolongée), donc la “recrudescence” peut refléter un rattrapage partiel.
2) Lecture EBM des indicateurs
- Distinguer incidence des tests (positifs/1000 tests) vs incidence populationnelle (cas/100 000). Une augmentation des tests peut gonfler les cas sans hausse réelle.
- Examiner la sévérité : admissions, durée de séjour, réanimation chez <3 mois. Si ces indicateurs montent, le signal est plus robuste.
- Prudence sur les comparaisons internationales (définitions de cas, fenêtres PCR, politiques de test).
3) Cas clinique-type (cabinet/urgences) Adulte avec toux ≥2–3 semaines, quintes, vomissements post-tussifs, “chant du coq” parfois absent. PCR nasopharyngée utile surtout tôt (≈ jusqu’à 3–4 semaines). Au-delà, sérologie selon recommandations locales. Antibiothérapie (macrolide) réduit la contagiosité si précoce, impact limité sur la durée des symptômes si tardif.
4) Implications de santé publique
- Priorité : protection des nourrissons via vaccination maternelle pendant la grossesse + rappel des adultes au contact (stratégie “cocooning” en complément).
- En pratique : vérifier les rappels dTcaP chez adultes (professionnels de santé, entourage de nouveau-nés) et améliorer l’orientation diagnostique pour toux prolongée.
À discuter : dans vos services, observez-vous une hausse du taux de positivité PCR ou surtout une augmentation des demandes de tests ?
Sources
- ECDC. Pertussis surveillance and epidemiology in Europe (rapports et mises à jour 2023–2025). https://www.ecdc.europa.eu/
- WHO. Pertussis (factsheet, guidance). https://www.who.int/
- Santé publique France. Coqueluche : surveillance et recommandations vaccinales. https://www.santepubliquefrance.fr/
- CDC. Pertussis clinical guidance and vaccination. https://www.cdc.gov/pertussis/
4 commentaires
Le post est globalement plausible, mais il manque des précisions indispensables pour étayer le lien causal. Oui, plusieurs pays européens ont signalé une hausse 2023–2025 et un déplacement vers adolescents/adultes est compatible avec l’immunité déclinante, surtout avec les vaccins acellulaires. En revanche, “dette immunitaire” est une hypothèse : il faudrait distinguer effet post-COVID (moins d’exposition, reprise des contacts) d’autres facteurs majeurs (amélioration/élargissement du diagnostic PCR, changements de définition de cas, intensification de la surveillance, biais de notification). À documenter aussi : quel indicateur (incidence, positivité, hospitalisations) et quelles classes d’âge exactes ? Enfin, rappeler que la transmission adulte→nourrisson est bien décrite, mais le risque dépend surtout de la couverture des rappels, de la vaccination maternelle et du “cocooning”. Ajoutez des sources (ECDC/OMS, rapports nationaux) et des données comparatives pré/post-2020.
Le signal 2023–2025 en Europe (hausse des notifications, surtout chez ados/adultes) est cohérent avec la dynamique cyclique de Bordetella pertussis, l’amoindrissement de l’immunité (post-infection et post-vaccins acellulaires) et des effets “post-COVID” (moindre exposition, reprise des contacts, rattrapage de diagnostic). Mais l’interprétation doit intégrer des biais : intensification des tests PCR, changements de définition/codage, sensibilisation des cliniciens, et sous-déclaration historique chez l’adulte (tableaux atypiques, toux prolongée). En pratique, l’enjeu principal reste la protection indirecte du nourrisson : optimisation de la vaccination maternelle à chaque grossesse et vérification des rappels chez les adultes en contact étroit (cocooning ciblé, professionnels de santé). Côté clinique, penser coqueluche devant une toux >2–3 semaines, notamment si quintes/émétisantes, et traiter précocement (macrolide) + prophylaxie des contacts à risque selon recommandations nationales.
Le signal chez l’adolescent/adulte est cohérent avec la dynamique connue de la coqueluche : cycles épidémiques, baisse d’immunité (post-infection et surtout post-vaccination acellulaire) et “dette immunitaire” post-COVID. En pratique, attention aux biais d’interprétation : une partie de la hausse peut venir d’une intensification des tests PCR, d’un recours accru aux multiplex respiratoires et d’une meilleure déclaration. Mais l’impact clinique est réel car ces formes paucisymptomatiques alimentent la transmission vers les nourrissons. Côté stratégie, l’enjeu n’est pas de “courir après l’incidence” mais de protéger le nouveau-né : rappel dTcaP pendant chaque grossesse (fenêtre optimale au 2e–3e trimestre selon recommandations locales), rattrapage des entourages proches quand pertinent (cocooning), et rappels programmés chez l’adulte selon calendrier. En consultation, penser coqueluche devant toux >2–3 semaines, quintes/émétis, surtout si contact nourrisson, et traiter précocement (macrolide) + gestion des contacts.
La hausse rapportée 2023–2025 est cohérente avec un phénomène multifactoriel : cyclicité de la coqueluche, déclin de l’immunité (acellulaire), mais aussi amélioration/déplacement du diagnostic (PCR plus accessible, sensibilisation, changements de définitions). Chez l’adulte, l’interprétation doit intégrer un biais de détection : plus on cherche la coqueluche devant une toux prolongée, plus on en trouve. Sur le plan clinique, l’enjeu n’est pas tant la gravité chez l’adulte que le rôle de réservoir et la transmission aux nourrissons. Stratégie pragmatique : sécuriser d’abord la protection des plus vulnérables (vaccination maternelle à chaque grossesse + cocooning ciblé), puis renforcer les rappels adolescent/adulte selon recommandations nationales, avec rattrapage chez soignants et contacts de nourrissons. En consultation, penser “coqueluche” devant toux >2–3 semaines et organiser traitement/éviction pour casser les chaînes de transmission.

Le cadrage est pertinent (hausse 2023–2025, bascule vers ados/adultes, menace pour les nourrissons), mais pour une interprétation clinique il faut verrouiller 3 points. (1) Données de surveillance : distinguer hausse réelle vs effet de détection (PCR plus utilisée, changements de définition de cas, rattrapage post-COVID, intensification du contact tracing). Donnez des indicateurs robustes (incidence, hospitalisations, admissions en réa, létalité, taux de positivité). (2) Immunité : rappeler la décroissance plus rapide avec vaccins acellulaires, mais éviter une causalité simpliste ; la dynamique dépend aussi des couvertures par cohortes, du calendrier des rappels et de l’exposition. (3) Implications : en pratique, prioriser le rappel dTcaP à l’adulte en contact de nourrisson (cocooning), vaccination maternelle à chaque grossesse, et seuil bas pour diagnostic/traitement précoce chez adultes symptomatiques (toux prolongée) afin de réduire la transmission.