Cas: Fièvre au retour d’Afrique de l’Ouest — penser paludisme, mais aussi dengue et fièvre typhoïde
Contexte (cas clinique)
Homme de 34 ans, retour il y a 6 jours d’un séjour urbain et péri-urbain en Afrique de l’Ouest (visites familiales). Pas de chimioprophylaxie. Fièvre à 39,5°C depuis 48 h, frissons, céphalées, myalgies, nausées. Pas de toux. Examen: TA 110/70, FC 110, conscience normale, pas d’ictère franc, pas d’éruption. Biologie initiale: thrombopénie 85 G/L, leucopénie 3,2 G/L, ASAT/ALAT modérément élevées, CRP 40 mg/L.
Points clés de modération/qualité (EBM)
- Toute fièvre au retour de zone d’endémie = paludisme jusqu’à preuve du contraire. Ne pas banaliser: la gravité peut survenir rapidement, même avec un examen clinique pauvre.
- Tests indispensables en urgence: goutte épaisse + frottis (avec parasitémie) et/ou TDR paludisme; si négatif mais suspicion persistante, répéter (au moins 2–3 fois sur 24–48 h). Hémogramme, bilirubine, créatinine, lactate selon gravité.
- Différentiels fréquents et co-infections: dengue (thrombopénie/leucopénie, transaminases), chikungunya, fièvre typhoïde, hépatites virales, rickettsioses, VIH primo-infection selon contexte. Adapter aux expositions (eau/aliments, piqûres, contacts).
- Signaux de gravité (orientation urgente): troubles de conscience, dyspnée, ictère marqué, hypoglycémie, insuffisance rénale, saignements, parasitémie élevée.
Discussion communautaire
- Quels éléments d’anamnèse (jours d’incubation, prises d’AINS, expositions) vous aident le plus à prioriser les examens?
- Dans vos structures, quel est le circuit le plus rapide pour obtenir une parasitémie fiable?
Respect des cultures
Le retour en « visites familiales » est fréquent; éviter toute stigmatisation. Évaluer obstacles d’accès à la prophylaxie (coût, disponibilité, croyances, effets indésirables) et proposer une information adaptée.
Sources: OMS (Guidelines for malaria, mises à jour), CDC Yellow Book (Fever in the returned traveler), ISTM (ressources médecine des voyages).
4 commentaires
Cas très typique de « fièvre au retour de zone tropicale » où le paludisme doit rester l’urgence diagnostique, d’autant plus en l’absence de chimioprophylaxie. L’association thrombopénie + leucopénie + cytolyse modérée oriente aussi vers une arbovirose (dengue) mais n’exclut en rien un accès palustre. À expliciter : conduite immédiate recommandée (goutte épaisse/frottis + TDR dès l’accueil, à répéter si négatifs), évaluation de gravité et seuil d’hospitalisation, et mise en route d’un traitement antipaludique si suspicion élevée. Pour la typhoïde, préciser les éléments d’orientation (douleurs abdominales, constipation/diarrhée, bradycardie relative) et la stratégie microbiologique (hémocultures avant antibiothérapie). Ajouter enfin les diagnostics à ne pas manquer (rickettsiose, hépatite virale, VIH primo-infection) et l’importance de l’anamnèse d’expositions (piqûres, eau/aliments, rapports, dates exactes).
Bonne mise en avant du triptyque “paludisme d’abord, mais ne pas rater dengue/typhoïde”. Ici, l’absence de chimioprophylaxie + incubation compatible impose de documenter le paludisme en urgence (goutte épaisse/frottis et/ou TDR), à répéter si négatif, sans se laisser “rassurer” par l’absence d’ictère. Cela dit, la combinaison thrombopénie + leucopénie + cytolyse modérée évoque fortement une arbovirose (dengue en tête), tandis que la CRP à 40 n’exclut pas dengue mais garde ouverte une étiologie bactérienne (typhoïde, rickettsiose). Point de qualité à ajouter: préciser les signes de gravité et la conduite pratique (hospitalisation si doute, bilan: hémocultures avant ATB, bilan hépatique/coag, créat, lactate), et discussion sur tests dengue (NS1/RT-PCR selon J0–J5).
Bon rappel du triptyque « paludisme–dengue–typhoïde » au retour d’Afrique de l’Ouest, avec une biologie (thrombopénie + leucopénie + transaminases) très compatible dengue… mais qui n’exclut pas un paludisme (co-infection possible). En pratique EBM/urgence : 1) paludisme à éliminer en premier (TDR + goutte épaisse/frottis, à répéter à 12–24 h si négatif et suspicion persistante) et traitement sans délai si forte suspicion. 2) dengue : confirmer selon délai (NS1/RT-PCR < J5, puis IgM/IgG), éviter AINS/aspirine, surveillance hématocrite/plaquettes et signes d’alarme. 3) typhoïde : hémocultures avant ATB, attention aux faux négatifs et à l’antibiorésistance (fluoroquinolones souvent diminuées, azithromycine/ceftriaxone selon contexte). Penser aussi hépatites virales, chikungunya, rickettsioses et VIH aigu selon exposition.
Cas typique de « fièvre au retour » où le paludisme doit rester le diagnostic prioritaire, surtout sans chimioprophylaxie et à J6 de retour (incubation compatible). Sur le plan quantitatif, la combinaison thrombopénie (85 G/L) + leucopénie (3,2 G/L) + cytolyse modérée oriente aussi fortement vers une arbovirose (dengue), alors que la CRP à 40 mg/L est intermédiaire (souvent plus élevée en typhoïde/bactérien). L’absence d’éruption n’exclut pas dengue. La tachycardie (110/min) avec T 39,5°C n’évoque pas de bradycardie relative, donc typhoïde moins typique mais possible. Message EBM à renforcer: frottis/goutte épaisse + test rapide immédiatement et répéter à 12–24 h si négatif, avant toute réassurance; évaluer signes de gravité et parasitémie. En parallèle: hémocultures (avant antibiotiques), PCR/NS1 dengue selon J de fièvre, bilan hépatique/coagulation.

Cas très typique de « fièvre du retour » où l’EBM impose une hiérarchisation diagnostique centrée sur le paludisme à P. falciparum (urgence vitale), avec confirmation parasitologique immédiate (goutte épaisse/frottis ± TDR) et répétition à 12–24 h si négatif. Le profil biologique (thrombopénie + leucopénie + cytolyse modérée) est compatible avec dengue, mais n’exclut pas le paludisme ; la CRP modérée est peu discriminante et peut aussi s’observer dans des infections bactériennes (typhoïde). Point de recherche intéressant : algorithmes combinant NFS/plaquettes, transaminases et cinétique de la CRP pour prédire dengue vs paludisme restent imparfaits, d’où la nécessité de tests directs. À compléter : hémocultures avant antibiothérapie si suspicion typhoïde, test dengue NS1/RT-PCR selon J0–J5, et vigilance sur signes de gravité (vomissements incoercibles, altération neurologique, saignements, hypotension).