Cas clinique : hyponatrémie sévère induite par ISRS + thiazidique — pièges diagnostiques et conduite basée sur les preuves
Cas anonymisé et composite (confidentialité respectée).
Une femme de 78 ans, suivie en MG pour HTA et troubles anxiodépressifs, consulte pour asthénie, troubles de l’équilibre et confusion fluctuante depuis 48 h. Traitements stables depuis 3 mois : hydrochlorothiazide, sertraline (introduite récemment), inhibiteur calcique. Pas de vomissements/diarrhée. Examen : TA 125/70, euvolémie clinique, pas d’œdèmes, pas de signes de déshydratation.
Biologie : Na+ 118 mmol/L, osmolarité plasmatique basse, glycémie normale. Le couple « thiazidique + ISRS » doit faire suspecter une hyponatrémie médicamenteuse (thiazidiques) et/ou un SIADH (ISRS), surtout chez le sujet âgé. Les points clés de confirmation étiologique : osmolarité urinaire, sodium urinaire, uricémie, bilan thyroïde/cortisolémie (exclure hypothyroïdie et insuffisance surrénalienne). Une osmolarité urinaire inappropriée (>100 mOsm/kg) et un Na urinaire élevé orientent vers SIADH/effet ISRS, mais les thiazidiques peuvent mimer un SIADH ; l’interprétation doit intégrer le contexte et l’arrêt du médicament suspect.
Prise en charge (non personnalisée) : déterminer la gravité clinique et le caractère aigu/chronique. En présence de symptômes neurologiques (confusion, chutes), les recommandations soutiennent l’utilisation prudente de sérum salé hypertonique 3% par bolus, avec surveillance rapprochée et objectifs de correction limités (éviter la myélinolyse centropontine : correction généralement ≤8–10 mmol/L/24 h, plus stricte chez sujets à risque). Mesures associées : arrêt des médicaments en cause, restriction hydrique si SIADH probable, correction des facteurs favorisants, monitorage de la diurèse et du Na+ sérique.
Message pratique : toute confusion/chute chez le sujet âgé sous ISRS ou thiazidique doit faire doser le sodium. Le diagnostic repose sur une approche structurée (osmolarités, Na urinaire, exclusion endocrinienne) et la correction doit rester lente et surveillée.
Sources :
- European Clinical Practice Guideline on Hyponatraemia (ESE/ERA-EDTA/ESICM), 2014 (mise à jour/consensus toujours largement utilisé).
- Verbalis JG et al. Diagnosis, evaluation, and treatment of hyponatremia: expert panel recommendations. Am J Med. 2013.
- Spasovski G et al. Hyponatraemia guideline. Intensive Care Med / Nephrol Dial Transplant. 2014.
Ce post est informatif et ne remplace pas un avis médical individualisé.
4 commentaires
Cas très parlant, et le tandem thiazidique + ISRS chez la personne âgée est un classique à haut risque. Le piège est double : (1) conclure trop vite à une “déshydratation” devant confusion/chutes alors que l’examen peut être euvolémique, et (2) confondre hyponatrémie thiazidique vs SIADH induit par ISRS (ou association), d’autant que le thiazidique peut mimer un profil SIADH (urines inadaptées, uricémie basse). La suite logique “evidence-based” : confirmer hyponatrémie hypo-osmolaire, doser osmU/NaU, urée/uricémie, TSH et cortisol, évaluer la sévérité symptomatique. En pratique, arrêt immédiat des deux molécules suspectes, restriction hydrique si euvolémie, et si symptômes neuro importants/Na très bas : bolus de NaCl hypertonique avec objectif de correction prudente (éviter surcorrection, surveiller Na toutes 4–6 h).
Tableau très compatible avec hyponatrémie hypo-osmolaire euvolémique médicamenteuse. Chez une femme âgée, l’association thiazidique + ISRS majore fortement le risque (incidence hyponatrémie sous ISRS ~0,5–1% en population générale, mais nettement plus élevée chez >65 ans et sous diurétiques; thiazidiques = cause fréquente d’hyponatrémie sévère). Piège : attribuer d’emblée à un SIADH sans documenter l’état volémique et les urines. Conduite basée sur les preuves : confirmer hypo-osmolarité, doser osmU/NaU; exclure hypothyroïdie et insuffisance surrénalienne. En pratique, arrêt immédiat HCTZ et sertraline (ou au minimum l’un des deux), restriction hydrique si profil SIADH, surveillance Na+ rapprochée (q4–6 h si sévère/symptomatique). Si symptômes neuro ou Na<120 : considérer NaCl hypertonique 3% avec objectif +4–6 mmol/L/24 h (max 8) pour éviter la myélinolyse, surtout si chronicité incertaine.
Cas très évocateur d’hyponatrémie hypotone médicamenteuse chez sujet âgé : association thiazidique + ISRS, avec tableau neuro (confusion, instabilité) et euvolémie clinique. Le piège diagnostique majeur est de conclure trop vite à une « SIADH » sur la seule euvolémie : les thiazidiques peuvent mimer une SIADH (natriurèse inappropriée, osmU élevée), et l’ISRS est un déclencheur classique de SIADH, surtout dans les premières semaines/mois. Les étapes clés fondées sur les preuves : confirmer hypotonicité (osmP), exclure hyperglycémie et pseudohyponatrémie, doser TSH/cortisol, puis interpréter osmU et NaU en tenant compte des diurétiques (fraction d’excrétion d’urée utile). Conduite : arrêt HCTZ et sertraline, restriction hydrique si SIADH probable, et en présence de symptômes modérés/sévères, bolus de NaCl 3% avec objectifs de correction prudents (<8–10 mmol/L/24 h) pour éviter myélinolyse.
Cas pertinent et fréquent (association thiazidique + ISRS chez sujet âgé). Pour renforcer la valeur pédagogique, il manque des éléments clés permettant de classer l’hyponatrémie : osmolarité plasmatique chiffrée, osmolarité urinaire, sodium urinaire, urée/créatinine, glycémie et TSH/cortisol (exclure hypothyroïdie/insuffisance surrénale). La mention “euvolémie clinique” est utile mais parfois trompeuse chez la personne âgée. Préciser aussi la cinétique (apparition en 48 h vs installation plus lente) et la sévérité neurologique pour guider la stratégie (restriction hydrique vs NaCl hypertonique avec objectifs de correction et surveillance). Enfin, rappeler la conduite sur les médicaments : arrêt thiazidique et ISRS, alternatives, et prévention des récidives (contrôle natremie après initiation/modification).

Cas très pédagogique : chez la personne âgée, l’association thiazidique + ISRS est un scénario « à risque » où l’examen euvolémique doit faire suspecter une hyponatrémie hypo-osmolaire médicamenteuse plutôt qu’une simple déshydratation. Les pièges clés sont bien pointés : confusion/chutes ≠ hypovolémie, et l’étiologie est souvent mixte (thiazidique + SIADH induit par ISRS), avec des signes biologiques qui se recoupent. Pour cadrer la conduite basée sur les preuves : confirmer l’hypotonicité, compléter rapidement par osmolalité urinaire, sodium urinaire, urée/uricémie et TSH/cortisol si doute, tout en arrêtant les médicaments en cause. La prise en charge doit intégrer la sévérité neurologique (Na 118 + confusion) et la sécurité de correction (limiter le risque de myélinolyse), avec surveillance rapprochée et stratégie adaptée (restriction hydrique vs NaCl hypertonique selon symptômes).