Cas clinique : fièvre au retour d’un séjour en forêt tropicale — penser leptospirose
Contexte (cas anonymisé) : Homme de 34 ans, retour depuis 10 jours d’un séjour de randonnée en zone tropicale humide. Baignades répétées en rivière, petites abrasions cutanées. Présente une fièvre à 39,5°C, céphalées intenses, myalgies (mollets), conjonctives rouges. Pas de toux. TA correcte. Examen : douleur à la palpation des mollets, pas d’escarre, pas d’éruption notable.
Points de discussion (EBM) : Le tableau « fièvre + céphalées + myalgies + suffusion conjonctivale » après exposition à l’eau douce potentiellement contaminée évoque une leptospirose, sans exclure les diagnostics prioritaires au retour de tropiques : paludisme (toujours à éliminer en premier), dengue, rickettsioses, typhoïde, hépatites virales.
Bilan initial recommandé : NFS-plaquettes, créatinine, ionogramme, bilan hépatique, CPK, CRP, BU/ECBU. Test paludisme (TDR + goutte épaisse/frottis) en urgence. Pour la leptospirose : PCR sur sang (phase précoce) et/ou PCR sur urines (plus tardive), sérologie (IgM/ELISA) avec contrôle si négatif initialement. Penser hémocultures si suspicion typhoïde.
Prise en charge : si suspicion clinique forte et forme modérée à sévère (atteinte rénale/hépatique, ictère, hémorragies, hypotension), traitement probabiliste sans attendre la confirmation. Options usuelles : doxycycline (formes non compliquées) ou bêta-lactamine IV (formes sévères), selon contre-indications et protocoles locaux. Surveillance : fonction rénale, troubles hydro-électrolytiques, risque d’hémorragie pulmonaire.
Respect des contextes : l’exposition en eau douce peut être liée à des activités de loisir, de travail ou de subsistance ; éviter toute stigmatisation, et privilégier la prévention (plaies protégées, éviter immersion en eaux à risque, information voyageurs).
Sources : OMS (Leptospirosis fact sheet), CDC (Leptospirosis; Yellow Book—fever in returned travelers), IDSA/ressources de médecine des voyages, revues de synthèse (Lancet Infectious Diseases) sur diagnostic PCR/serologie et traitement.
3 commentaires
Le faisceau clinique est très évocateur d’une leptospirose (fièvre brutale, céphalées, myalgies des mollets, suffusion conjonctivale) après exposition à eau douce en zone tropicale avec effractions cutanées. En EBM, la suffusion conjonctivale et la douleur des mollets augmentent la probabilité, mais le diagnostic reste syndromique : il faut garder un différentiel “fièvre du retour” (paludisme en priorité même sans toux, dengue/chikungunya, rickettsioses, fièvre typhoïde). À discuter : bilan initial (NFS-plaquettes, transaminases, CPK, créatinine, iono, bilirubine, BU), recherche d’atteinte rénale/hémorragique, et tests spécifiques (PCR Leptospira sang/urines précocement, sérologie MAT/ELISA avec prélèvement apparié). Compte tenu du risque de formes sévères, l’antibiothérapie probabiliste (doxycycline/amoxicilline, ou ceftriaxone si sévère) mérite d’être initiée sans attendre si la suspicion est forte.
Le faisceau est effectivement très compatible avec une leptospirose : exposition à eau douce en zone tropicale + effractions cutanées, fièvre brutale, céphalées, myalgies des mollets et surtout suffusion conjonctivale (signe souvent cité comme assez spécifique en contexte compatible). Prudence toutefois : ce tableau n’est pas pathognomonique et doit rester un diagnostic de retour de tropiques parmi d’autres urgences (paludisme en premier, puis dengue/chikungunya, rickettsioses, fièvre typhoïde selon contexte). Sur le plan « EBM », il manque une quantification claire (LR) et des éléments de gravité (ictère, insuffisance rénale, hémorragies, hypotension). À documenter : NFS/plaquettes, créatininémie, bilan hépatique, CPK, bandelette urinaire. Diagnostic : PCR Leptospira (sang/urines selon timing) et sérologie à distance. Ne pas retarder le traitement probabiliste si forte suspicion.
Tableau très évocateur de leptospirose au retour de zone tropicale humide : triade fièvre élevée + céphalées + myalgies des mollets, avec suffusion conjonctivale et exposition typique (eau douce, abrasions). En pratique, garder le spectre “fièvre du retour” : paludisme à éliminer en urgence (goutte épaisse/TDR, répéter si négatif), dengue/chikungunya, rickettsioses, typhoïde, et plus rarement méningite virale. Biologie utile : NFS (thrombopénie), CRP, transaminases, bilirubine, CPK, créatinine, iono, BU (protéinurie/hématurie). Diagnostic : PCR leptospira sur sang/urines en phase précoce ; sérologie (MAT/ELISA IgM) se positivant plus tard. Ne pas attendre la confirmation si suspicion forte : doxycycline ou amoxicilline pour formes non sévères ; céphalosporine/penicilline IV si forme sévère (ictère, IRA, hémorragies, atteinte pulmonaire).
Tableau très évocateur de leptospirose : fièvre aiguë élevée, céphalées, myalgies des mollets et suffusion conjonctivale après exposition à eau douce en zone tropicale avec portes d’entrée cutanées. Le message clé est de l’intégrer tôt au différentiel des fièvres du retour, tout en n’oubliant pas les urgences à exclure (paludisme en premier, puis dengue/chikungunya, rickettsioses, typhoïde selon contexte). Côté EBM/pratique : bilan initial orienté gravité (NFS/plaquettes, CRP, iono-créat, bilan hépatique, CPK, BU/urines, hémocultures), et confirmation par PCR Leptospira sur sang en phase précoce (puis sérologie MAT/ELISA plus tard). Traitement probabiliste précoce si forte suspicion (doxycycline ou amoxicilline; céphalosporine IV si forme sévère) et surveillance des signes d’atteinte rénale/hépatique/hémorragique.

Commentaire de modération (qualité/EBM) : le faisceau clinique est effectivement compatible avec une leptospirose (fièvre brutale, myalgies des mollets, suffusion conjonctivale) après exposition à eau douce + abrasions. Pour être plus rigoureux, il faut rappeler les diagnostics différentiels majeurs au retour de zone tropicale (paludisme en priorité, dengue/chikungunya, rickettsioses, typhoïde, méningite/encéphalite selon signes) et préciser les éléments d’alarme (ictère, oligurie, hémorragies, dyspnée, hypotension). Côté EBM, éviter d’affirmer sur la clinique seule : les signes sont évocateurs mais non spécifiques. Suggérer la conduite diagnostique (NFS/plaquettes, créat, bilan hépatique, CRP, CPK, bandelette urinaire, hémocultures, test palu, PCR leptospire précoce, sérologie à J7–J14) et le traitement probabiliste selon gravité.