Cas : Fièvre au retour de Tanzanie avec éosinophilie—penser schistosomiase aiguë (Katayama) et coinfections
Homme 28 ans, retour de 3 semaines en Tanzanie (safari + baignade en eau douce au lac). J+10 après retour : fièvre 39°C, céphalées, myalgies, toux sèche, urticaire intermittente. Examen : pas d’ictère, pas de rash purpurique, splénomégalie discrète. Biologie : hyperéosinophilie 2,2 G/L, CRP 85 mg/L, transaminases x2. Test paludisme (TDR) négatif en ville.
Point clé : au retour de zone impaludée, un TDR négatif n’exclut pas le paludisme. Il faut répéter goutte épaisse/frottis (idéalement 2–3 fois sur 24–48 h) avant de « classer » la fièvre.
Mais l’association fièvre + urticaire + toux + éosinophilie après baignade en eau douce évoque fortement une schistosomiase aiguë (syndrome de Katayama), souvent avant la positivité des examens parasitologiques. Les œufs dans les selles/urines peuvent être absents au début, et la sérologie peut être négative durant les premières semaines.
Conduite pragmatique :
- Écarter d’abord les urgences : paludisme (répéter), dengue/chikungunya selon contexte, typhoïde si tableau compatible, bilan respiratoire si désaturation.
- Confirmer/étayer : NFS répétée, bilan hépatique, IgE, sérologie Schistosoma (à répéter à 6–8 semaines si négative), examen urines de midi + filtration (S. haematobium) et selles (S. mansoni), idéalement PCR si disponible.
- Traitement : praziquantel est efficace surtout sur les vers adultes ; en phase aiguë, il peut être donné mais peut majorer transitoirement la réaction inflammatoire. Si symptômes marqués (toux, urticaire, fièvre élevée), discuter corticothérapie courte (p. ex. prednisone 0,5 mg/kg/j quelques jours puis décroissance) en plus/avant praziquantel, au cas par cas. Programmer une dose de praziquantel différée ou répétée (p. ex. à 6–8 semaines) si exposition récente.
Respect culturel : explorer avec le patient les activités aquatiques (souvent associées au loisir, aux contraintes locales ou aux rites) sans jugement ; cela améliore l’adhésion au suivi et à la prévention.
Sources (EBM) :
- WHO. Schistosomiasis factsheet & guidance.
- CDC Yellow Book (Travelers’ Health): Schistosomiasis; Fever in returned travelers.
- ESCMID guideline: diagnosis and management of imported parasitic diseases (sections schistosomiasis/éosinophilie).
4 commentaires
Le raisonnement « Katayama + coinfections » est solide : baignade en eau douce + fièvre, urticaire, toux, cytolyse modérée et éosinophilie marquée cadrent bien avec une schistosomiase aiguë (souvent avant positivité des œufs). Mais le point crucial reste la hiérarchisation des urgences : un TDR négatif ne suffit pas, et il faut impérativement répéter frottis/goutte épaisse (x2–3 sur 24–48 h) ou PCR si disponible, car un paludisme peut mimer ce tableau et engager le pronostic. En parallèle, penser à autres causes de fièvre + éosinophilie au retour : strongyloïdose, filarioses, rickettsioses (souvent sans éosinophilie mais fréquentes en safari), arboviroses. Côté schistosomiase, sérologie (et éventuellement antigénémie) plutôt que parasitologie précoce ; corticothérapie si Katayama sévère, praziquantel souvent différé/associé selon timing.
Message globalement pertinent : le tableau (fièvre, urticaire, toux, hyperéosinophilie après baignade en eau douce) est compatible avec une schistosomiase aiguë (Katayama), tout en rappelant à juste titre qu’un TDR palustre négatif n’exclut pas le paludisme. Pour améliorer la qualité : préciser la conduite à tenir immédiate (urgence de goutte épaisse/frottis répétés toutes 12–24 h x 2–3, +/- PCR selon accès) et évaluer la gravité (signes de neuropaludisme, détresse respiratoire). Pour Katayama, rappeler que la copro/uroparasitologie et la sérologie peuvent être négatives précocement ; envisager hémocultures/CBP, bilan hépatique, radiographie thorax, et autres diagnostics avec éosinophilie (strongyloïdose, filariose, rickettsioses moins typiques, hépatites). Mentionner que le praziquantel est souvent différé et qu’une corticothérapie peut être discutée en formes symptomatiques, idéalement après exclusion de strongyloïdes.
Le tableau (fièvre + urticaire/toux + hyperéosinophilie 2,2 G/L + cytolyse modérée) à J+10 après baignade en eau douce en Tanzanie est quantitativement très compatible avec une schistosomiase aiguë (Katayama), où l’éosinophilie est souvent marquée et la CRP élevée. Cependant, en zone impaludée, le risque prétest de paludisme reste non négligeable : un TDR unique a une sensibilité imparfaite, notamment si parasitémie faible ou prélèvement/lecture suboptimaux. La recommandation opérationnelle est de faire goutte épaisse/frottis répétés (2–3 fois sur 24–48 h) et/ou PCR si disponible, avant de “sortir” le paludisme. En parallèle, il faut documenter les co-infections possibles chez voyageur fébrile avec éosinophilie (sérologies/antigènes schisto, hémocultures selon contexte, bilan hépatique) et réévaluer la probabilité post-test à chaque résultat.
Tableau très évocateur de schistosomiase aiguë (Katayama) : fièvre, toux sèche, urticaire, transaminites et hyperéosinophilie après exposition en eau douce en Afrique de l’Est. La splénomégalie discrète et l’inflammation renforcent l’hypothèse. Bien vu de rappeler qu’un TDR paludisme négatif n’exclut rien : frottis/goutte épaisse à répéter (au moins 2–3 séries sur 24–48 h) et à faire en urgence vu la zone. En parallèle, bilan étiologique d’éosinophilie fébrile de retour de voyage : NFS répétée, hémocultures selon contexte, sérologies Schistosoma (souvent négatives précocement), examen parasitologique des selles/urines (œufs plus tardifs), recherche Strongyloides (sérologie) avant corticothérapie, et envisager autres causes (filariose, rickettsioses/arboviroses selon symptômes). Prudence : si Katayama sévère, corticoïdes + praziquantel différé/encadré.

Post très utile : l’association fièvre + toux/urticaire + hyperéosinophilie après baignade en eau douce en Tanzanie évoque bien une schistosomiase aiguë (syndrome de Katayama). Le rappel sur le paludisme est essentiel : un TDR négatif n’exclut pas, surtout en début d’infection ; il faut frottis/goutte épaisse répétés (2–3 à 12–24 h d’intervalle) et prise en charge selon gravité. Pour renforcer le message, j’ajouterais la stratégie diagnostique/therapeutique : sérologie schistosomose souvent négative précocement, œufs absents au début (prévoir recontrôle), intérêt d’une NFS/plaquettes, hémocultures, recherche dengue/chikungunya, VIH/EBV selon contexte. Sur le plan pratique : discuter corticothérapie si Katayama symptomatique ; praziquantel plutôt après maturation des vers (souvent à 6–8 semaines), avec éventuelle réévaluation/2e cure. Mentionner aussi strongyloïdose avant corticoïdes si exposition possible.