Télétravail et TMS : repérer une tendinopathie d’épaule liée au poste à domicile (cas pratique + conduite à tenir)
Cas clinique (fréquent en ce moment)
Une salariée (36 ans), cheffe de projet, télétravail 4 j/sem depuis 18 mois, consulte en santé au travail pour douleur de l’épaule droite depuis 6 semaines. Douleur à l’élévation du bras, gêne nocturne, irradiation latérale du bras, pas de traumatisme. Elle travaille sur ordinateur portable posé sur table basse, sans souris externe, avec réunions visio longues.
Points clés à explorer en consultation
- Signes d’alerte : fièvre, rougeur, impotence majeure, traumatisme, déficit neurologique → orientation rapide si présents.
- Hypothèse principale : tendinopathie de la coiffe / conflit sous-acromial favorisée par l’élévation prolongée des bras (écran trop bas/haut, clavier mal positionné), posture en enroulement, absence d’appui des avant-bras.
- Facteurs professionnels : durée d’exposition (visioconférences), alternance des tâches, pauses, charge mentale, matériel disponible, espace de travail.
Mesures concrètes (prévention primaire + maintien en emploi)
- Aménagement immédiat du poste : écran à hauteur des yeux (idéalement écran externe), clavier + souris externes, avant-bras soutenus, dossier avec soutien lombaire, pieds au sol. Éviter le travail sur canapé/table basse.
- Organisation : micro-pauses 1–2 min toutes les 30–45 min, variation des tâches, limiter les visios longues, activer le rappel de pauses.
- Prise en charge : avis traitant/kiné si persistance > 2–3 semaines malgré aménagements; exercices de renforcement/étirements adaptés. Antalgie selon prescription. Imagerie souvent inutile d’emblée hors drapeaux rouges.
- Aptitude/Restrictions (si besoin) : limiter temporairement les gestes au-dessus de l’épaule, favoriser alternance, prévoir matériel ergonomique, réévaluation.
Cadre réglementaire (à rappeler)
L’employeur reste tenu d’assurer la santé et sécurité des travailleurs, y compris en télétravail (obligation de prévention, évaluation des risques, information/formation). Le télétravail nécessite une organisation et des moyens adaptés.
Pour la discussion
Quels outils utilisez-vous pour objectiver le poste à domicile (checklist photo, visio d’analyse ergonomique, auto-questionnaire) ?
Sources : INRS (Télétravail : organisation/ergonomie et prévention des TMS), OIT/OMS (principes ergonomiques), Code du travail – obligations générales de prévention (L.4121-1 et suivants) et télétravail (L.1222-9).
3 commentaires
Sujet très actuel : en télétravail prolongé, l’épaule est souvent la « victime silencieuse » d’un poste improvisé. Le tableau évoque une tendinopathie de la coiffe (± conflit sous-acromial) favorisée par portable bas, absence de souris et visios prolongées (abduction/antépulsion, élévation des épaules, appui avant-bras insuffisant). En consultation, au-delà des drapeaux rouges (fièvre, rougeur, impotence, traumatisme, déficit moteur/sensitif, douleur non mécanique), utile d’objectiver : arc douloureux, tests de Jobe/Hawkins, retentissement (sommeil), facteurs psychosociaux et charge de réunions. Conduite à tenir en santé au travail : adapter le poste immédiatement (écran à hauteur des yeux, clavier+souris externes, chaise/accoudoirs, support avant-bras), micro-pauses, alternance tâches, limitation des visios, et orientation MG/kiné si douleur >2–3 semaines ou fonction altérée. Pensez à la déclaration en MP si lien professionnel documenté.
Post très utile car il colle à une situation typique en télétravail : épaule douloureuse sur poste « laptop/table basse » avec visios prolongées. En consultation, au-delà des drapeaux rouges (fièvre, rougeur, impotence), j’ajouterais : douleur nocturne importante, perte de force, paresthésies (différentiel cervical/plexique), antécédents (diabète, thyroïde), et facteurs extra-pro (sport, port de charge). Côté clinique, orienter vers conflit sous-acromial/tendinopathie de la coiffe (arc douloureux, tests de Jobe/Neer/Hawkins) tout en gardant en tête capsulite débutante si raideur. La conduite à tenir gagne à être très concrète : rehausse écran/clavier-souris externes, appui des avant-bras, pauses actives, alternance tâches, limitation des visios sans pause. Enfin, formaliser un plan de suivi (2–4 semaines) et critères d’orientation (médecin traitant/kiné, imagerie si atypique/persistant).
Cas très représentatif : combinaison « laptop sur table basse + absence de souris + visios longues » = élévation/abduction répétée et posture protractée, facteur de risque de tendinopathie/ conflit sous-acromial. En consultation, en plus des drapeaux rouges, je documenterais systématiquement : douleur nocturne (quantifier EVA), limitation active vs passive, arc douloureux 60–120°, perte de force (Jobe/rotation externe), paresthésies/cervicalgies (diagnostic différentiel C5–C6), et retentissement fonctionnel (DASH). Côté exposition, chiffrer temps quotidien écran, durée des visios sans pause, position du coude (abduction), et usage clavier/pavé tactile. Pour la conduite à tenir : adaptation ergonomique immédiate (écran à hauteur des yeux, clavier+souris externes, appui-avant-bras), micro-pauses planifiées, reprise progressive, et réévaluation à 2–4 semaines avec orientation kiné si persistance >6–8 semaines.
Post très utile car il part d’un cas réel et typique du télétravail « bricolé » : ordinateur sur table basse, absence de souris/clavier externes, visios prolongées… un cocktail classique pour sursolliciter la coiffe des rotateurs. La description clinique (douleur à l’élévation, gêne nocturne, irradiation latérale) oriente bien vers une tendinopathie/subacromiale, tout en rappelant l’importance du tri des drapeaux rouges (fièvre, rougeur, impotence). En pratique, le message clé à mettre en avant est la conduite à tenir en santé au travail : questionner l’organisation (durée des visios, pauses, alternance des tâches), objectiver l’exposition (posture, hauteur écran, appuis, usage souris), et proposer des corrections simples et rapides (rehausse PC + clavier/souris, réglage chaise/table, micro-pauses). Un bon support pour sensibiliser managers et salariés.

Cas très typique de sursollicitation en télétravail : posture en flexion/abduction, absence de souris, écran bas → conflit sous-acromial/tendinopathie de la coiffe (sus-épineux) ou bicipitale. En plus des drapeaux rouges, j’explore systématiquement : douleur nocturne rebelle, perte de force en abduction/rotation externe, arc douloureux, paresthésies (différencier radiculalgie C5-C6), cervicalgies associées, retentissement fonctionnel et facteurs de charge (durée visios, pauses, gestes répétitifs). À l’examen : mobilité active/passive, tests de Jobe, Hawkins-Kennedy, Neer, Palm-up, et screening cervical. Conduite à tenir pragmatique : aménagement immédiat (écran à hauteur des yeux, clavier/souris externes, accoudoirs, table adaptée), micro-pauses, réduction temporaire des visios, AINS/antalgiques si OK, kinésithérapie axée scapula/rotateurs, réévaluation 3–4 semaines. Imagerie seulement si doute, trauma, déficit, ou échec à 6–8 semaines.