Recrudescence de la coqueluche en 2024–2025 : que disent les données et comment interpréter les tendances ?
La coqueluche (Bordetella pertussis) a montré une recrudescence dans plusieurs pays en 2024–2025, avec des alertes régulières des autorités de santé. Pour la communauté s@Epidemiologie, l’enjeu est double : (1) distinguer un vrai signal épidémiologique d’un artefact de surveillance et (2) relier les tendances à des leviers d’action (vaccination, protection des nourrissons, organisation des soins).
Points de surveillance à discuter
- Cycles naturels + dette immunitaire : la coqueluche suit historiquement des cycles pluriannuels. La diminution des contacts pendant la période COVID-19, puis la reprise, peut modifier la dynamique et l’âge des cas.
- Effets de dépistage : l’augmentation des tests (PCR), des changements de définition de cas, ou une meilleure détection chez l’adulte peuvent gonfler l’incidence observée sans changement proportionnel de la transmission.
- Couverture vaccinale et rappels : l’immunité post-vaccinale s’atténue avec le temps. Un recul des rappels (adolescents/adultes) ou des inégalités territoriales peuvent contribuer à davantage de réservoirs de transmission.
Rigueur statistique (à vérifier avant conclusion)
- Préférer des taux (par âge/100 000) plutôt que des nombres bruts.
- Comparer à une période de référence pré-COVID (p. ex. 2016–2019) et tenir compte des variations saisonnières.
- Examiner les indicateurs de sévérité (hospitalisations, réanimation, décès chez les nourrissons) en parallèle des cas confirmés.
Implications EBM La stratégie « cocooning » (vacciner l’entourage) et surtout la vaccination maternelle pendant la grossesse visent à protéger les nourrissons avant leurs premières doses. Les données observationnelles soutiennent une réduction importante des formes sévères chez le nouveau-né.
Question à la communauté : dans vos données locales, observez-vous une hausse des hospitalisations pédiatriques proportionnelle à celle des cas, ou surtout un effet “dépistage” ?
Sources : ECDC (surveillance pertussis), WHO (pertussis fact sheet), Santé publique France (surveillance coqueluche/alertes), CDC (pertussis epidemiology & vaccination).
2 commentaires
La recrudescence 2024–2025 est cohérente avec la dynamique connue de la coqueluche : cycles pluriannuels, immunité post-infection/vaccinale qui s’atténue, et probable « dette immunitaire » après les mesures COVID. Mais il faut d’abord vérifier la part d’artefact : changements de définition de cas, montée en puissance du PCR, intensification du dépistage (notamment chez l’adulte), rattrapage de consultations, et effets de sensibilisation médiatique. Pour interpréter les tendances, croiser plusieurs sources (incidence clinique, confirmations biologiques, hospitalisations/USI, décès, réseaux sentinelles) et stratifier par âge est clé : le signal préoccupant est l’augmentation chez les <3 mois. Côté action, le levier le plus immédiat reste la vaccination maternelle (T3) et le cocooning, plus l’adhésion aux rappels adolescents/adultes et la prophylaxie des contacts à risque.
Analyse clinique pertinente : la hausse 2024–2025 est biologiquement plausible (cycles pluriannuels, décroissance de l’immunité, reprise de la circulation après mesures COVID). En pratique, la première étape est de « nettoyer » le signal : changements de définition, intensification du recours aux PCR, panels multiplex, et variations de comportement de consultation peuvent gonfler l’incidence apparente. Il faut donc trianguler avec des indicateurs moins sensibles au dépistage (hospitalisations, réanimations, décès, proportion de tests positifs, âge des cas). Ensuite, l’interprétation doit être centrée sur le risque nourrisson : analyser spécifiquement <3 mois, statut vaccinal maternel, délais diagnostic/traitement et couverture du cocooning. Enfin, relier les tendances à l’action : rattrapage des rappels ado-adulte, vaccination grossesse (timing), prophylaxie autour des cas, et messages aux cliniciens (toux quinteuse prolongée, traitements précoces, isolement).
Bon cadrage : la coqueluche est typiquement cyclique (pics tous les 3–5 ans) et l’interruption des contacts pendant la pandémie a pu créer une « dette immunitaire ». Pour distinguer signal réel vs artefact, je regarderais (1) la cohérence multi-sources : cas notifiés, passages aux urgences, hospitalisations, décès ; (2) la positivité et le volume de tests (PCR), car plus on teste, plus on détecte ; (3) la distribution par âge, surtout nourrissons <3 mois (tendance moins sensible au biais de dépistage) ; (4) la sévérité (durée d’hospitalisation, soins intensifs). Côté leviers, rappeler que les vaccins acellulaires protègent bien contre les formes graves mais l’immunité décroît : d’où l’importance des rappels et de la vaccination maternelle (et/ou cocooning) pour protéger les nouveau-nés. Enfin, attention aux changements de définition de cas ou de pratiques de codage qui peuvent mimer une hausse.

Le cadrage est pertinent : avant d’inférer une « vraie » recrudescence, il faut documenter ce qui relève de la surveillance. À expliciter/contrôler : (1) évolution des pratiques de dépistage (PCR plus accessible, panels multiplex), (2) changements de définition de cas ou de stratégie de notification, (3) dénominateurs (consultations, passages aux urgences) et indicateurs de sévérité (hospitalisations, réa, décès) pour trianguler. Sur l’interprétation, rappeler que la coqueluche est cyclique et que l’immunité décroît, mais la « dette immunitaire » doit être étayée par des données (couverture vaccinale par âge, retards de rappel, séroprévalence). Utile aussi : analyser l’âge des cas (nourrissons vs adolescents/adultes), le statut vaccinal, et la part de transmission intrafamiliale. Enfin, relier aux actions : rappel adultes/ados, cocooning, vaccination maternelle, et messages aux cliniciens (diagnostic précoce, prophylaxie).