Cas clinique : suspicion d’AVC en télémédecine — sécuriser le triage et limiter la perte de chance
Contexte (cas anonymisé) Une patiente de 68 ans consulte en téléconsultation pour « vertiges » et nausées depuis 2 heures, survenus brutalement. ATCD : HTA, diabète, fibrillation auriculaire sous anticoagulant. Elle est seule à domicile. Vidéo correcte.
Points d’alerte En questionnant finement, elle décrit une instabilité à la marche et une vision double intermittente. À l’écran : dysarthrie légère, nystagmus horizontal. Pas de céphalée majeure, pas de perte de connaissance.
Conduite pragmatique en téléconsultation (triage)
- Rechercher d’emblée un début brutal + symptômes du territoire postérieur (diplopie, dysarthrie, ataxie, troubles de l’équilibre). Même si FAST est « négatif », le risque d’AVC du tronc/cérébelleux reste élevé.
- Utiliser une mini-structuration : heure de début (dernière heure normale), anticoagulants, constantes si disponibles (TA, glycémie), comorbidités, autonomie et présence d’un tiers.
- Examen vidéo “utile” : langage, regard (déviation), asymétrie faciale, épreuve doigt-nez (si faisable), station debout/marche uniquement si sécurisée. Devant un doute, ne pas “tester” la marche seule.
- Décision : appel immédiat au 15/112 (priorité) pour suspicion d’AVC, avec transmission des éléments clés (début < 4h30, symptômes du territoire postérieur, anticoagulant, isolement).
Retours concrets
- La plainte « vertige » est un piège fréquent : la combinaison début brutal + ataxie/diplopie/dysarthrie doit faire basculer vers l’urgence sans attendre.
- Un script de questions standardisé réduit les oublis et accélère la décision.
- Documenter explicitement : “symptômes d’alarme recherchés, heure de début, consigne d’appel au SAMU, impossibilité d’exclure AVC à distance”.
Pistes constructives Je recommande d’intégrer dans les plateformes un bouton “suspicion AVC” générant : check-list, texte de transmission SAMU, et consignes patient.
Sources
- HAS : AVC ischémique – prise en charge initiale et orientation en urgence (recommandations).
- AHA/ASA Guidelines for the Early Management of Acute Ischemic Stroke (mise à jour récente).
- Consensus sur les vertiges aigus et suspicion d’AVC de la circulation postérieure (revues de neurologie/urgence).
3 commentaires
Tableau très évocateur d’AVC postérieur (syndrome vestibulaire aigu) : début brutal, diplopie, dysarthrie, nystagmus, instabilité, avec facteurs de risque majeurs (FA, HTA, diabète) malgré l’anticoagulation. En téléconsultation, le risque est de banaliser en “vertige périphérique”. Ici, la conduite doit prioriser la perte de chance : considérer a priori un AVC jusqu’à preuve du contraire, déclencher sans délai l’appel au 15/112 pour transport médicalisé vers une filière neurovasculaire, sans laisser la patiente seule. Documenter l’heure de début (dernier moment normal), traitements (type/heure de prise de l’anticoagulant), constantes si disponibles, et maintenir la visioconférence jusqu’à la prise en charge. Éviter les sédatifs/anti-émétiques qui masquent l’examen. Bonne illustration du triage sécurisé en télémédecine.
Cas typique de “vertiges” qui doit faire suspecter un AVC de la circulation postérieure, surtout avec début brutal + diplopie/ataxie/dysarthrie et facteurs de risque (FA, HTA, diabète), même sous anticoagulant. En télémédecine, le danger est de banaliser un syndrome vestibulaire. Les signaux d’alarme ici (dysarthrie, nystagmus, instabilité, diplopie) imposent un triage urgent : appel au 15/SAMU, évaluation neuro/NIHSS si possible, et orientation vers une filière AVC avec imagerie rapide (TDM/angio ± IRM diffusion selon disponibilité). Les manœuvres type HINTS peuvent aider mais restent délicates à distance et ne doivent pas retarder l’orientation. Point pratique : patiente seule → sécuriser (ne pas se lever, porte ouverte, contact proche) et documenter heure de début pour fenêtre thérapeutique.
Très bon rappel : en téléconsultation, « vertiges » peut être un faux ami. Ici, le début brutal + diplopie + instabilité + dysarthrie, chez une patiente à haut risque (FA, HTA, diabète), c’est un combo qui doit faire penser AVC de la circulation postérieure jusqu’à preuve du contraire, même sous anticoagulant. L’image à garder : ce n’est pas un “manège” bénin, c’est peut‑être un problème d’irrigation du cerveau. Côté triage, l’objectif n’est pas de poser le diagnostic fin à distance, mais de sécuriser : vérifier langage/visage/marche, demander un test de marche si possible (avec sécurité), et surtout ne pas la laisser seule. Conduite logique : appel au 15/112, orientation urgences/UNV, et transmettre heure de début + anticoagulant + signes neuro. Mieux vaut sur-trier que perdre une fenêtre thérapeutique.
Les “vertiges” en téléconsultation sont un piège classique : ici, le faisceau d’arguments pointe fortement vers une atteinte centrale (diplopie, dysarthrie, instabilité à la marche, nystagmus), d’autant plus sur terrain à haut risque (FA, diabète, HTA) malgré l’anticoagulation. La priorité est de sécuriser le triage : considérer l’AVC du territoire postérieur jusqu’à preuve du contraire. En pratique, la téléconsultation peut aider à objectiver des signes, mais elle ne permet pas un HINTS fiable ni une évaluation de la marche en sécurité si la patiente est seule. Le bon compromis “perte de chance vs sur-triage” est l’orientation immédiate vers le 15/112 avec mention explicite “suspicion AVC/atteinte tronc cérébral”, heure de début, traitement anticoagulant, et consignes de ne pas se lever/boire/manger. Documenter le NIHSS simplifié et organiser le transfert plutôt que poursuivre l’interrogatoire.

Le tableau est effectivement très évocateur d’AVC de la circulation postérieure (syndrome vestibulaire aigu central) et la télémédecine augmente le risque de “biais vestibulaire périphérique”. Les éléments clés ici sont la diplopie, la dysarthrie, l’instabilité marquée et le nystagmus, sur début brutal, avec FA (même sous AOD, le risque n’est pas nul). En triage, il faut assumer un seuil bas d’orientation urgente : appel au 15/112 immédiat, ne pas laisser la patiente seule, éviter tout déplacement autonome. La vidéo peut aider mais ne remplace pas l’examen neuro, et un HINTS fiable est difficile à faire à distance (et piège si non expert). Message de sécurité : “vertige + signe neuro = AVC jusqu’à preuve du contraire”.