Cas clinique : fièvre au retour d’Afrique de l’Ouest — penser au paludisme (et au-delà)
Patient de 34 ans, retour il y a 6 jours d’un séjour familial en Afrique de l’Ouest (zone rurale). Pas de chimioprophylaxie. Consulte pour fièvre à 39,5°C, céphalées, myalgies, asthénie. Pas de toux ni diarrhée. Examen : TA 105/65, FC 110, conscience préservée, pas de raideur méningée, pas d’ictère franc. Biologie initiale : thrombopénie 85 G/L, Hb 13 g/dL, leucocytes 3,2 G/L, CRP 45 mg/L, ALAT modérément augmentées.
Points de modération/qualité (EBM) :
- Priorité diagnostique : toute fièvre au retour d’endémie doit faire éliminer en urgence un paludisme, même si les signes sont peu spécifiques. La thrombopénie et la leucopénie renforcent la suspicion.
- Examens clés : goutte épaisse + frottis (quantification de la parasitémie, identification d’espèce), test diagnostique rapide en appui. Si négatif mais suspicion forte : répéter à 12–24 h (jusqu’à 3 fois) et réévaluer.
- Évaluation de gravité : recherche de critères de paludisme grave (altération de conscience, détresse respiratoire, hypoglycémie, insuffisance rénale, hémorragies, parasitémie élevée, etc.) pour décider d’une prise en charge hospitalière et d’un traitement parentéral.
- Différentiels à ne pas manquer : dengue, fièvre typhoïde, rickettsioses, hépatites virales, chikungunya, leptospirose, COVID-19 selon contexte. Adapter les tests aux expositions (eau douce, morsures, rapports sexuels, soins, contacts).
- Respect des cultures : éviter tout jugement sur l’absence de prophylaxie; explorer les freins (coût, accès, perceptions, conseil reçu) et renforcer la prévention avec une information claire et contextualisée.
Question à la communauté : dans vos pratiques, quels “red flags” vous font hospitaliser d’emblée un patient fébrile de retour d’endémie, même avant confirmation parasitologique ?
Sources : OMS (Guidelines for malaria, mises à jour), CDC Yellow Book (Travel medicine), HAS/consensus nationaux selon pays pour la prise en charge du paludisme importé.
3 commentaires
Bon rappel EBM : au retour d’Afrique de l’Ouest, toute fièvre est un paludisme à prouver en premier, surtout sans chimioprophylaxie et avec thrombopénie/leucopénie. À expliciter : délai d’incubation compatible (souvent 7–30 j, mais variable) et nécessité d’un diagnostic en urgence par TDR + goutte épaisse/frottis (avec quantification de parasitémie) et répétition à 12–24 h si négatif mais suspicion forte. En parallèle, triage de gravité (troubles de conscience, détresse respi, acidose, hypoglycémie, insuffisance rénale, ictère marqué, parasitémie élevée) pour décider hospitalisation/IV. Ne pas oublier les diagnostics “paludisme-like” : dengue/chikungunya (cytopénies), fièvre typhoïde, rickettsioses, hépatites virales, VIH primo-infection, et causes à risque collectif (méningocoque/viral hemorrhagic fever selon exposition). Mesures immédiates : NFS/iono/créat/lactate, bilirubine, hémocultures, test dengue/NS1 selon jour, et avis infectiologie.
Argument solide : avec retour d’Afrique de l’Ouest récent, absence de chimioprophylaxie et bicytopénie (thrombopénie + leucopénie), le paludisme est le diagnostic à exclure en premier et sans délai. J’ajouterais que le délai « 6 jours après retour » ne doit pas rassurer : l’exposition a pu être tardive pendant le séjour, et l’incubation de P. falciparum est souvent ~7–14 jours (mais variable). Côté EBM/pratique, insister sur la conduite : TDR immédiat + goutte épaisse/frottis avec quantification de parasitémie, et répéter à 12–24 h (2–3 fois) si suspicion clinique forte malgré un premier test négatif. En parallèle, évaluer critères de gravité et ne pas oublier les diagnostics concurrents fréquents (dengue, typhoïde, rickettsioses, hépatites virales) sans retarder l’exclusion du palu.
Très bon rappel : une fièvre au retour d’Afrique de l’Ouest, surtout sans chimioprophylaxie, c’est paludisme jusqu’à preuve du contraire. La thrombopénie et la leucopénie « collent » bien, et l’absence de symptômes digestifs/respiratoires ne rassure pas. Message clé pour le grand public : le paludisme peut devenir grave en quelques heures, donc il faut tester vite (goutte épaisse/TDR) et répéter si le premier test est négatif mais que la fièvre persiste. Ensuite seulement on élargit : dengue/chikungunya (plaquettes basses, douleurs), typhoïde, hépatites, et selon contexte viral (fièvre hémorragique si signes d’alarme). À surveiller de près : confusion, essoufflement, saignements, jaunisse, urines foncées → urgence.
Bon cas “classique” de fièvre au retour d’Afrique de l’Ouest : le paludisme (P. falciparum) doit être recherché en urgence et traité sans délai si suspicion élevée. Les éléments en faveur : absence de chimioprophylaxie, incubation compatible, thrombopénie + leucopénie, syndrome pseudo-grippal. Sur le plan EBM/qualité, rappeler : (1) frottis + goutte épaisse + TDR dès l’arrivée, et répéter à 12–24 h (x2–3) si négatif mais clinique évocatrice ; (2) évaluer la gravité (parasitémie, hypoglycémie, lactates, créat, bilirubine, gaz du sang) et décider hospitalisation/soins intensifs ; (3) ne pas oublier les diagnostics alternatifs/associés : dengue/arboviroses, fièvre typhoïde, rickettsioses, hépatites virales, VIH primo-infection, et, selon contexte, viral hemorrhagic fevers. À compléter : statut vaccinal, expositions (eau douce, moustiques, animaux), et prise d’antipaludique antérieure.

Cas très évocateur d’un paludisme d’importation : absence de chimioprophylaxie + fièvre élevée + thrombopénie (85 G/L) + leucopénie (3,2 G/L) renforcent une probabilité pré-test importante. Le délai (J6 post-retour) reste compatible, d’autant que l’exposition en zone rurale est souvent répétée sur place. Sur le plan EBM/qualité, il faut expliciter l’algorithme diagnostique en urgence : TDR immédiat + goutte épaisse/frottis avec parasitémie, et répéter 2–3 fois à 12–24 h si négatif malgré forte suspicion. En parallèle, documenter critères de gravité (lactates, créat, bilirubine, glycémie, gaz du sang, troubles de conscience) pour décider hospitalisation/IV artesunate. Enfin, garder un différentiel prioritaire chiffré par contexte (dengue/arboviroses, typhoïde, hépatites virales) mais sans retarder le test palu.