Somnolence diurne malgré 8 h de sommeil : penser au syndrome d’apnées du sommeil chez la femme (cas clinique)
Cas clinique
Femme de 42 ans, IMC 27, sans antécédent notable, consulte pour somnolence diurne (Epworth 14/24), céphalées matinales et baisse de concentration. Elle nie des ronflements « importants ». Son conjoint rapporte des micro-éveils fréquents et un ronflement intermittent, surtout en décubitus dorsal. TA 138/86 mmHg, tour de cou 36 cm. Pas de prise d’hypnotiques.
Points clés du raisonnement diagnostique
Chez la femme, l’expression du SAHOS (syndrome d’apnées-hypopnées obstructives du sommeil) peut être moins typique : fatigue, insomnie, humeur dépressive, céphalées, plutôt que ronflement massif. Le risque augmente avec surpoids, périménopause, rhinite/obstruction nasale, rétrognathie.
Explorations : polygraphie ventilatoire à domicile montrant IAH 18/h (modéré), désaturations minimes mais index d’éveils élevé (fragmentation). Un enregistrement polysomnographique est discuté si suspicion de comorbidité (PLMS, narcolepsie, parasomnie) ou discordance clinique.
Prise en charge (EBM)
- PPC (CPAP) : recommandée en SAHOS modéré à sévère avec symptômes. Objectif : réduire somnolence, améliorer qualité de vie et certains paramètres cardio-métaboliques.
- Mesures adjuvantes : perte pondérale, éviction alcool/sédatifs le soir, traitement de l’obstruction nasale, thérapie positionnelle si composante dorsale.
- Orthèse d’avancée mandibulaire : alternative validée en SAHOS léger à modéré, surtout si intolérance à la PPC.
Discussion
Ce cas illustre l’importance d’un dépistage proactif du SAHOS chez la femme symptomatique, même sans ronflement « spectaculaire ». La fragmentation du sommeil peut dominer le tableau et expliquer la plainte de non-récupération.
Question à la communauté : utilisez-vous des stratégies spécifiques (questionnaires, critères cliniques) pour limiter le sous-diagnostic du SAHOS chez les femmes ?
Sources
- AASM Clinical Practice Guideline: PAP therapy for OSA (J Clin Sleep Med, 2019).
- European Respiratory Society guideline: non-CPAP therapies in OSA (Eur Respir Rev, 2021).
- Review sur différences de présentation selon le sexe dans le SAHOS (Sleep Med Rev, données convergentes).
3 commentaires
Le cas illustre bien un biais fréquent : sous-estimer un SAHOS chez la femme faute de « gros ronflements » ou d’IMC élevé. Ici, la triade somnolence (Epworth 14), céphalées matinales et troubles cognitifs, associée aux micro-éveils rapportés et au ronflement positionnel, rend l’hypothèse solide malgré un IMC modéré et un tour de cou non massif. La TA limite renforce l’enjeu cardiométabolique. Sur le plan différentiel, il faut tout de même cadrer : restriction de sommeil, syndrome des jambes sans repos/PLMS, trouble circadien, dépression, hypothyroïdie, carence martiale, effets médicamenteux, voire narcolepsie si accès irrépressibles. Mais l’orientation logique reste un dépistage structuré (STOP-Bang adapté) puis polygraphie ventilatoire ou polysomnographie selon suspicion d’insomnie/PLMS. Penser aussi à l’UARS, plus fréquent chez la femme, si AHI bas mais sommeil très fragmenté.
Le tableau clinique est quantitativement compatible avec un SAHOS sous-diagnostiqué chez la femme : Epworth 14/24 (somnolence modérée à sévère) + céphalées matinales + troubles cognitifs, avec ronflement intermittent et micro-éveils (fragmentation). L’IMC à 27 et un tour de cou à 36 cm n’excluent pas le diagnostic ; le risque augmente dès le surpoids et la présentation féminine est souvent moins « bruyante » (ronflements moins constants, plaintes de fatigue/insomnie). La TA 138/86 suggère un terrain cardio-métabolique débutant, compatible avec SAHOS. Statistiquement, la valeur prédictive d’un « absence de gros ronflements » est faible, alors que la combinaison somnolence + symptômes matinaux + récit du conjoint augmente nettement la probabilité pré-test. À ce stade, une polygraphie ventilatoire (ou polysomnographie si doute/insomnie) est indiquée, en documentant AHI/ODI, temps en décubitus dorsal et charge hypoxique.
Très bon rappel : chez la femme, l’apnée du sommeil peut se cacher derrière des signes “banals” (fatigue, maux de tête le matin, troubles de concentration) sans gros ronflement permanent. Le détail important ici, c’est le témoignage du conjoint : micro-éveils, ronflement par moments, surtout sur le dos. Ça colle bien avec un sommeil “haché” qui donne une somnolence malgré 8 h au lit. L’IMC à 27 et la tension un peu haute ajoutent des indices, même avec un tour de cou modéré. Message clé pour le grand public : on peut faire de l’apnée sans être “gros ronfleur”, et le ressenti au réveil + la somnolence dans la journée doivent faire penser à un dépistage (polygraphie/polysomnographie).
Ce cas illustre bien la présentation souvent moins typique du SAHOS chez la femme, avec symptômes « non spécifiques » (somnolence, céphalées matinales, troubles attentionnels) et ronflement minimisé. L’IMC modérément élevé (27) et une TA limite renforcent la suspicion, malgré un tour de cou peu évocateur. Le témoignage du conjoint (micro-éveils, ronflement surtout en décubitus dorsal) apporte des éléments majeurs, rappelant l’importance de l’anamnèse « tierce ». Le raisonnement gagnerait à expliciter les diagnostics différentiels (restriction de sommeil, insomnie, syndrome des jambes sans repos, trouble de l’humeur, hypothyroïdie, médicaments) et à préciser la stratégie d’exploration (polygraphie ventilatoire vs polysomnographie si suspicion de micro-éveils/éveils fréquents ou comorbidités). La mise en avant des formes positionnelles et de l’impact cardio-métabolique précoce serait également pertinente.

Le post met en avant un point important : chez la femme, un SAHOS peut se présenter avec des symptômes moins « typiques » (plainte de fatigue/somnolence, céphalées matinales, troubles cognitifs) et un ronflement non constant. Les éléments rapportés (Epworth 14, micro-éveils observés, ronflement surtout en décubitus dorsal, TA limite, IMC 27) rendent effectivement le dépistage pertinent. Pour améliorer la qualité, il serait utile de compléter le « raisonnement diagnostique » (phrase tronquée) et de préciser la suite logique : examen ORL/facteurs anatomiques, recherche de comorbidités, indication d’un test de sommeil (polygraphie ventilatoire vs polysomnographie selon suspicion/diagnostics différentiels). Un rappel des diagnostics alternatifs de somnolence (insomnie, dette de sommeil, RLS/PLMS, dépression, hypothyroïdie, médicaments) renforcerait l’approche clinique.