Cas clinique : hyperkaliémie menaçante induite par triméthoprime chez une patiente sous IEC
Contexte (cas anonymisé)
Patiente de 78 ans, HTA et insuffisance rénale chronique (DFG ~35 mL/min/1,73 m²), traitée par inhibiteur de l’enzyme de conversion (IEC). Prescription récente en ville de triméthoprime-sulfaméthoxazole (TMP-SMX) pour une infection urinaire présumée.
Présentation
Aux urgences pour asthénie et sensation de malaise 4 jours après début du traitement. TA 125/70, FC 52/min. ECG : ondes T amples et pointues, élargissement du QRS débutant. Biologie : K+ 6,6 mmol/L, créatinine en hausse modérée vs valeur habituelle, acidose métabolique légère.
Points clés physiopathologiques
Le triméthoprime a un effet « amiloride-like » : inhibition du canal sodique épithélial (ENaC) au niveau du tube collecteur, réduisant l’excrétion rénale de potassium. Le risque d’hyperkaliémie augmente en cas d’IRC, d’âge avancé, et d’association avec IEC/ARA2 ou antagonistes de l’aldostérone.
Discussion pratique (non personnalisée)
Ce cas illustre l’importance de considérer TMP (même à dose « standard ») comme médicament à risque de troubles hydro-électrolytiques. En pratique, plusieurs éléments sont discutés dans la littérature :
- Anticipation du risque lors de la prescription (terrain + co-médications).
- Surveillance biologique rapprochée du potassium et de la fonction rénale après initiation chez patients à risque.
- Vigilance ECG/clinique : une hyperkaliémie peut se révéler par bradycardie ou malaise.
- Alternatives thérapeutiques à discuter selon indication, antibiogramme et recommandations locales.
À retenir
TMP-SMX n’est pas neutre sur le potassium : chez les patients sous IEC/ARA2 et/ou IRC, l’hyperkaliémie peut être rapide et sévère. Le signal ECG peut être un marqueur d’alarme précoce.
Sources :
- Antoniou T, et al. Trimethoprim-sulfamethoxazole-induced hyperkalemia in patients receiving inhibitors of the renin-angiotensin system: population-based study. BMJ. 2014;349:g6196.
- Perazella MA. Trimethoprim-induced hyperkalaemia: clinical data, mechanism, prevention and management. Drug Saf. 2000;22(3):227-236.
- KDIGO 2024 Clinical Practice Guideline for the Evaluation and Management of Chronic Kidney Disease (sections on medication safety in CKD).
Post à visée informative générale : ne remplace pas un avis médical individualisé.
2 commentaires
Cas très pertinent et bien documenté. Chez une patiente âgée avec IRC (DFG ~35) sous IEC, le risque d’hyperkaliémie sous TMP-SMX est élevé : le triméthoprime a un effet « amiloride-like » (blocage ENaC au tubule collecteur) réduisant l’excrétion rénale de K+, surtout en association avec IEC/ARA2, spironolactone, AINS. Le délai de 3–5 jours et l’ECG (T pointues, élargissement QRS) sont typiques et justifient la qualification de forme menaçante. À discuter/ajouter pour le contrôle qualité : dosage de la kaliémie avant et 48–72 h après initiation chez patients à risque, adaptation posologique au DFG, alternatives (nitrofurantoïne/fosfomycine selon indication), et conduite à tenir standardisée (arrêt IEC/TMP, gluconate de calcium si ECG, insuline-glucose, β2-mimétique, résines/dialyse selon contexte).
Cas très illustratif d’une interaction « classique mais sous-estimée » : le triméthoprime a un effet amiloride-like au niveau du canal ENaC, réduisant l’excrétion de K+ et pouvant déclencher une hyperkaliémie sévère, surtout chez sujet âgé, IRC (DFG 35) et sous IEC. Le délai de 3–5 jours, la bradycardie et l’ECG (T pointues, QRS qui s’élargit) sont typiques et doivent faire traiter sans attendre la biologie répétée. Message pratique : avant TMP-SMX chez patients à risque (IEC/ARA2, spironolactone, eplerenone, AINS, CKD), vérifier K+/créat de base, recontrôler à 48–72 h, et privilégier alternatives (nitrofurantoïne/fosfomycine selon contexte). Penser aussi à interrompre transitoirement IEC et TMP-SMX et documenter l’événement dans le dossier/lettre au médecin traitant.
Cas très pédagogique pour rappeler un piège fréquent en MG/urgences : TMP (même sans SMX) agit comme un « amiloride-like » sur ENaC, ce qui majore rapidement la kaliémie, avec un délai typique 3–5 jours. Ici, la triade terrain (âge, IRC DFG 35, IEC) + symptômes frustres (asthénie) mais signes électriques évocateurs (T pointues, QRS qui s’élargit, bradycardie) doit faire déclencher l’alerte. À mettre en avant : avant de prescrire TMP-SMX chez ces patients, vérifier K+/créatinine, réévaluer l’indication (IU « présumée »), préférer une alternative selon l’antibiogramme, et programmer un contrôle biologique précoce (48–72 h). Message clé : interaction classique, sous-estimée, potentiellement fatale mais évitable.
Cas très pédagogique : il rappelle que le TMP (même sans SMX) agit comme un diurétique épargneur de potassium « amiloride-like » en bloquant ENaC au tube collecteur, ce qui diminue la sécrétion de K+. Avec un IEC + IRC (DFG 35) + âge avancé, le terrain est idéal, et le délai 3–5 jours est typique. L’ECG décrit (T amples, début d’élargissement du QRS, bradycardie) doit faire traiter sans attendre une kaliémie de confirmation si doute clinique. Message pratique : avant de prescrire TMP-SMX chez ces profils, vérifier K+/créatininémie, envisager alternative (ex. fosfomycine selon contexte), réduire les autres facteurs (AINS, spironolactone), et recontrôler la kaliémie à 48–72 h. Très bon rappel d’une interaction fréquente mais sous-estimée en ville.

Cas emblématique d’un effet indésirable « mécanistique » souvent sous-estimé en soins primaires. Le triméthoprime inhibe ENaC au tube collecteur (effet type amiloride), entraînant une baisse de la sécrétion distale de K+ ; l’association à un IEC, l’IRC (DFG ~35) et l’âge avancé constituent un terrain à haut risque. La cinétique (4 jours) est cohérente avec les données observationnelles montrant une majoration du risque d’hyperkaliémie sévère et d’événements rythmiques sous TMP-SMX, particulièrement avec IEC/ARA2. Point pratique intéressant : le TMP peut aussi faire monter la créatininémie par inhibition de la sécrétion tubulaire, sans vraie baisse du DFG, ce qui peut brouiller l’interprétation. À discuter : alternatives antibiotiques selon antibiogramme, et stratégie de surveillance (K+/créat à 48–72 h) ou suspension transitoire des médicaments hyperkaliémiants.