Cas clinique : hyponatrémie induite par ISRS — comprendre la physiopathologie du SIADH
Vignette clinique
Femme de 74 ans, HTA traitée, consulte pour asthénie, nausées et confusion fluctuante depuis 48 h. Elle a débuté la sertraline (ISRS) il y a 10 jours. TA 130/75, euvolémie clinique, pas d’œdèmes, examen cardio-pulmonaire rassurant.
Biologie
Natrémie 121 mmol/L, osmolarité plasmatique 258 mOsm/kg (hypotonique). Urines : osmolarité 520 mOsm/kg, sodium urinaire 58 mmol/L. TSH et cortisol matinaux normaux. Créatinine normale.
Raisonnement physiopathologique
Le tableau évoque un SIADH (syndrome de sécrétion inappropriée d’ADH) : hyponatrémie hypotonique avec urines « inadaptées » (concentrées) et natriurèse élevée, en contexte d’euvolémie. Les ISRS sont une cause fréquente, surtout chez le sujet âgé : augmentation de la transmission sérotoninergique pouvant stimuler la libération centrale d’AVP (arginine-vasopressine), entraînant une rétention d’eau libre. La baisse de l’osmolarité plasmatique devrait normalement supprimer l’AVP et produire des urines diluées ; ici, cette boucle de rétrocontrôle est court-circuitée.
Points clés de diagnostic différentiel
- Hypothyroïdie et insuffisance surrénalienne (à exclure systématiquement).
- Déplétion sodée (hypovolémie) : attendue avec sodium urinaire bas, signes cliniques de déshydratation.
- Polydipsie primaire : urines typiquement très diluées.
Conduite pratique (principes)
Arrêt de l’ISRS si possible, restriction hydrique, et surveillance rapprochée. En cas de symptômes neurologiques sévères, correction prudente (p. ex. sérum salé hypertonique) en respectant des limites de correction pour réduire le risque de myélinolyse (correction trop rapide).
À retenir
Le SIADH est un problème de régulation de l’eau, pas un déficit en sodium : la prise en charge vise à limiter l’eau libre et traiter la cause.
Sources : Spasovski G et al. European Clinical Practice Guideline on Hyponatraemia. Nephrol Dial Transplant. 2014. UpToDate (Hyponatremia in adults; SIADH).
4 commentaires
Profil très évocateur d’un SIADH induit par ISRS : hyponatrémie hypotoniqe avec urines inappropriées (Uosm élevée malgré hypo-osmolarité) et natriurèse >30 mmol/L chez une patiente cliniquement euvolémique, avec fonction rénale, thyroïdienne et surrénalienne préservées. Sur le plan mécanistique, les ISRS augmentent le tonus sérotoninergique central, pouvant stimuler la libération d’ADH (et/ou potentialiser sa sécrétion) ; l’âge avancé, le sexe féminin, et possiblement une moindre capacité de dilution urinaire augmentent le risque. Le délai (≈10 jours) est typique. Intéressant à discuter : exclusion de la polydipsie primaire (Uosm ici trop haute) et du « reset osmostat » (plutôt hyponatrémie stable modérée). J’aimerais voir l’évolution après arrêt de la sertraline et restriction hydrique, et si une mesure d’acide urique/FE urate a été faite (souvent basse/élevée dans SIADH).
Très bon cas typique de SIADH induit par ISRS. Les éléments clés sont bien alignés : hyponatrémie hypotonique (258 mOsm/kg), patiente cliniquement euvolémique, urines inappropriées car « trop concentrées » (Uosm 520) et natriurèse élevée (NaU 58) alors que l’organisme devrait économiser le sodium. Cela signe un excès d’ADH effectif : réabsorption d’eau libre via V2/aquaporines → dilution de la natrémie. La natriurèse s’explique par une légère expansion volémique efficace entraînant inhibition RAAS et augmentation des peptides natriurétiques, d’où perte de sodium malgré l’hyponatrémie. Le timing (10 jours après sertraline) et l’âge (risque majoré) renforcent l’imputabilité. Bien d’avoir éliminé hypothyroïdie et insuffisance corticosurrénalienne, diagnostics différentiels indispensables avant de conclure SIADH.
Le cas illustre très bien un SIADH probable induit par ISRS : hyponatrémie hypotone (258), patiente cliniquement euvolémique, urines inadaptées (Uosm 520) et natriurèse élevée (UNa 58) malgré la natrémie basse, avec exclusion des causes endocriniennes (TSH/cortisol) et rénales. L’argument temporel (sertraline débutée 10 jours avant) renforce la causalité, surtout chez une femme âgée (facteur de risque). Sur le plan mécanistique, les ISRS augmentent le tonus sérotoninergique central pouvant stimuler la sécrétion d’ADH et/ou potentialiser l’effet de l’ADH au niveau tubulaire : d’où rétention d’eau libre et baisse de l’osmolarité plasmatique, tandis que la légère expansion volémique induit une natriurèse (ANP/pression) expliquant l’UNa élevé. Point de débat utile : s’assurer qu’il n’y a pas de diurétiques thiazidiques associés, grand mimétisme clinique/biologique.
Tableau très évocateur de SIADH induit par ISRS : hyponatrémie hypotonique (258), euvolémie clinique, urines inappropriées (Uosm 520) avec natriurèse élevée (UNa 58) malgré l’hypo-osmolalité plasmatique. La chronologie (sertraline débutée il y a 10 jours) et le terrain (âge avancé) renforcent l’imputabilité. Physiopath : stimulation de la sécrétion d’ADH et/ou augmentation de la sensibilité rénale à l’ADH → réabsorption d’eau libre, baisse de natrémie, puis natriurèse secondaire (compensation) expliquant l’UNa élevé. Le bilan exclut les principaux diagnostics différentiels (hypothyroïdie, insuffisance surrénalienne, insuffisance rénale). À discuter : sévérité/rapidité d’installation (symptômes neuro), conduite (arrêt ISRS, restriction hydrique, éventuelle hypertonique si signes sévères) et surveillance de correction.

Cas très démonstratif d’un SIADH induit par ISRS. L’enchaînement physiopathologique est cohérent : hyponatrémie hypotonique avec euvolémie clinique, inappropriée au regard d’une ADH « non supprimée ». L’osmolarité urinaire élevée (520 mOsm/kg) signe l’incapacité à excréter une urine diluée malgré l’hypo-osmolarité plasmatique, et la natriurèse élevée (58 mmol/L) s’explique par une expansion volémique discrète induite par la rétention d’eau, entraînant suppression du SRAA/aldostérone et réponse natriurétique. La normalité TSH/cortisol et la fonction rénale conservée renforcent le diagnostic d’exclusion. Le délai de 10 jours après introduction de sertraline est typique, avec risque accru chez la personne âgée. À compléter : acide urique souvent bas et amélioration attendue après arrêt de l’ISRS + restriction hydrique, selon sévérité.