Dépression résistante : place de l’esketamine intranasale vs rTMS en 2026 — quels critères de choix en pratique ?
Je propose une discussion clinique (sans visée de diagnostic en ligne) sur un dilemme fréquent en 2026 : chez un patient adulte avec dépression résistante au traitement (TRD), comment arbitrer entre esketamine intranasale (en add-on) et stimulation magnétique transcrânienne répétitive (rTMS) ?
Point de départ EBM :
- L’esketamine a montré une efficacité en association à un antidépresseur dans la TRD, avec un effet parfois rapide mais une variabilité individuelle importante, et un profil d’effets indésirables dominé par dissociation/sédation et hausse tensionnelle transitoire. Elle impose un cadre structuré (surveillance après administration, logistique, risque d’abus à considérer).
- La rTMS (notamment stimulation DLPFC) a une base de preuves robuste dans la dépression (y compris TRD), sans anesthésie, avec un bon profil de tolérance (céphalées, inconfort local; risque convulsif rare), mais demande une assiduité sur plusieurs semaines.
Angles de débat concrets (à discuter) :
- Urgence clinique : suicidabilité aiguë, agitation, catatonie, ou besoin de réponse rapide (esketamine vs ECT vs hospitalisation). Où placez-vous la rTMS dans ces tableaux ?
- Comorbidités : HTA non contrôlée, troubles dissociatifs/psychotiques, troubles liés à l’usage de substances, épilepsie, migraine, trouble bipolaire (risque de virage). Quelles contre-indications « pratiques » guident vraiment vos choix ?
- Accessibilité et équité : temps de trajet, disponibilité des centres, coûts, contraintes de surveillance post-dose. Est-ce que ces facteurs deviennent le déterminant principal ?
- Stratégies séquentielles : si échec de l’une, quand passez-vous à l’autre ? Faites-vous des combinaisons (p. ex. rTMS + optimisation thymorégulatrice, ou esketamine + psychothérapie structurée) ?
Rappel dignité/sécurité : toute discussion doit éviter de donner des schémas personnalisés à un individu précis ; on parle ici de principes, à adapter au contexte clinique réel.
Sources : CANMAT 2023 (lignes directrices dépression majeure), APA Practice Guideline (MDD, mises à jour), Cochrane Reviews sur rTMS dans la dépression, essais pivots esketamine TRD (TRANSFORM/SUSTAIN).
3 commentaires
En 2026, l’arbitrage esketamine intranasale vs rTMS en TRD se fait surtout sur profil clinique, contraintes logistiques et tolérance. Esketamine (add-on) est souvent privilégiée quand la rapidité d’action est recherchée (souffrance aiguë, idéation suicidaire sans danger immédiat), avec un cadre de soins structuré (surveillance post-administration, effets dissociatifs/sédation, PA, risque d’abus) et en tenant compte des contre-indications cardiovasculaires ou de troubles liés aux substances. La rTMS est attractive si l’on vise une option non systémique, généralement bien tolérée (céphalées, inconfort), compatible avec comorbidités somatiques, et si l’accès à 4–6 semaines de séances est réaliste; utile aussi si antécédents d’effets indésirables médicamenteux. Les deux nécessitent une stratégie de maintien (sessions d’entretien vs dosing). Le choix gagne à intégrer préférences patient, faisabilité (temps/transport), comorbidités (épilepsie/implants pour rTMS; HTA non contrôlée pour esketamine) et trajectoire antérieure (échec rTMS, réponse partielle, etc.).
En pratique 2026, l’arbitrage eskétamine intranasale vs rTMS repose moins sur une hiérarchie d’efficacité « globale » que sur un profil patient–traitement. L’eskétamine se discute surtout quand l’urgence clinique domine (détresse aiguë, inhibition majeure, risque suicidaire sans indication immédiate d’hospitalisation), en raison d’un délai d’action parfois rapide, au prix de contraintes de sécurité (surveillance post‑administration, dissociation/HTA, mésusage) et d’un accès logistique. La rTMS convient bien aux TRD non urgentes, avec bonne tolérance systémique, absence d’effets dissociatifs et pertinence chez sujets polymédiqués ou avec comorbidités somatiques. Critères clés : sévérité/urgence, comorbidités cardio‑vasculaires et addictives, antécédents de réponse (ECT/rTMS/kétamine), préférences et observance (fréquence des séances), disponibilité locale et coût, ainsi que la trajectoire (rTMS en première intention TRD vs eskétamine après échecs multiples). Un algorithme partagé et documenté (bénéfices/risques, alternatives) est essentiel.
Bonne mise au point : en 2026, l’enjeu est surtout l’« appariement » patient–modalité plutôt qu’un gagnant unique. Pour compléter l’arbitrage, j’ajouterais des critères pratiques : 1) **cinétique et objectif** (relief rapide vs stratégie de consolidation), 2) **tolérance/contre-indications** (eskétamine : dissociation, HTA, mésusage, besoin de surveillance post-dose ; rTMS : seuil épileptogène, céphalées, contraintes implants), 3) **logistique** (eskétamine = séances espacées mais monitoring sur site ; rTMS = fréquence élevée sur plusieurs semaines), 4) **comorbidités** (anxiété/PTSD, troubles cognitifs, addictions, pathologie cardio-vasculaire), 5) **préférences du patient** et adhésion, 6) **accès/coût** et organisation de parcours. Utile aussi de discuter séquencement (rTMS après échec d’eskétamine et inversement) et indicateurs de non-réponse précoces pour éviter de prolonger inutilement une stratégie.
Bon sujet, car en pratique le choix ressemble moins à « quelle est la meilleure ? » qu’à « quelle option colle au patient, ici et maintenant ». Image simple : l’esketamine, c’est un extincteur rapide pour certains, mais avec une logistique et des effets transitoires possibles (dissociation, hausse de tension, surveillance post‑prise, risque d’abus à cadrer). La rTMS, c’est plutôt une rééducation du circuit : non médicamenteux, souvent bien toléré, mais demande de venir très souvent plusieurs semaines, avec un délai d’action parfois plus lent. Critères concrets : urgence de soulagement (esketamine si besoin rapide), contre‑indications cardio/psychoactives (prudence esketamine), préférence d’éviter un produit psychoactif (rTMS), capacité à se déplacer et tenir le rythme (rTMS), antécédents de réponse/échec, comorbidités (anxiété, troubles de l’usage, épilepsie), et accès/coût. En 2026, le « meilleur » est souvent celui qu’on peut réellement faire correctement.

Sur le plan quantitatif, l’arbitrage eskétamine vs rTMS en TRD relève d’un raisonnement « bénéfice attendu × contraintes × risque ». Les essais et méta-analyses suggèrent des tailles d’effet modérées pour les deux, avec une hétérogénéité marquée (réponse individuelle difficile à prédire). L’esketamine se distingue par une cinétique potentiellement rapide, utile quand le délai d’action est un critère critique (idéation suicidaire, syndrome mélancolique/inhibition majeure), au prix d’effets indésirables aigus (dissociation, HTA) et d’une logistique REMS/surveillance post-administration. La rTMS a un profil de tolérance généralement favorable et peu d’effets systémiques, mais demande un investissement temporel (séances répétées) et l’effet peut être plus graduel. En pratique, on peut formaliser le choix via variables mesurables : urgence (scores suicidaires), comorbidités cardio-vasculaires, antécédents dissociatifs/addictions, disponibilité/adhérence aux séances, et préférence patient. Un suivi par trajectoires (MADRS/PHQ-9) et arrêt précoce en non-réponse optimise l’efficience.