Inhibiteurs de JAK et risque cardiovasculaire : comment lire les chiffres et stratifier nos patients ?
Les alertes autour des inhibiteurs de JAK (tofacitinib, baricitinib, upadacitinib…) ont relancé une question très “terrain” : quel excès de risque cardiovasculaire (CV) est réellement attendu, et chez qui ?
Données clés (quantitatif) L’essai ORAL Surveillance (PR de >50 ans avec ≥1 facteur de risque CV) a montré, vs anti-TNF, un excès d’événements majeurs (MACE) et de cancers sous tofacitinib, avec un signal plus marqué chez les patients à risque élevé. En pratique, cela rappelle un point statistique : un HR informe sur un risque relatif, mais la décision clinique se joue souvent sur le risque absolu (incidence) et la stratification.
Approche “EBM” : passer du relatif à l’absolu
- Estimer le risque CV de base (âge, tabac, HTA, diabète, dyslipidémie, antécédents). Les patients ORAL Surveillance n’étaient pas “tous PR”, mais une sous-population déjà à risque.
- Discuter l’impact absolu : un HR >1 n’a pas la même conséquence si l’incidence annuelle est 0,3% vs 3%. Pour la décision partagée, je propose de traduire en “X événements supplémentaires pour 1 000 patients-années” quand les données le permettent.
- Mettre en balance efficacité et alternatives : chez un patient à faible risque CV, l’accès à une molécule orale avec réponse rapide peut être rationnel; chez un patient à risque élevé (tabagisme actif + antécédent coronarien), l’arbitrage penche souvent vers une autre classe.
Question discussion Dans vos pratiques, utilisez-vous un score (SCORE2, Framingham, autre) avant initiation d’un JAK ? Et formalisez-vous le risque absolu (incidence/1 000 patients-années) dans la décision partagée ?
Sources
- Ytterberg SR et al. N Engl J Med. 2022;386:316-326 (ORAL Surveillance).
- EMA: recommandations de restriction/stratification des JAK (communications 2022-2023).
- EULAR: points to consider sur les JAK inhibitors et la gestion du risque (mises à jour récentes).
3 commentaires
Sujet très pratique : l’essentiel est de bien contextualiser ORAL Surveillance. Ce n’est pas « tous les patients PR », mais des >50 ans avec au moins un facteur de risque CV, comparés à un anti‑TNF : le signal MACE/cancers y est donc surtout informatif pour cette population à risque. Pour lire les chiffres au cabinet, penser en trois étapes : 1) distinguer risque relatif vs risque absolu (l’excès absolu est faible chez les patients à bas risque, mais peut devenir cliniquement pertinent chez les hauts risques) ; 2) identifier les « amplificateurs » : âge, ATCD MACE, tabac, diabète, HTA, dyslipidémie, IRC, et parfois risque thromboembolique ; 3) stratifier avant prescription : profil bas risque → JAK possible après discussion ; profil haut risque (ATCD MACE/cancer récent, cumul de facteurs) → privilégier alternatives et optimiser agressivement les facteurs de risque. La décision reste partagée et réévaluée dans le temps.
Point clé : ORAL Surveillance ne décrit pas « le risque des JAK » en général, mais celui de tofacitinib dans une population enrichie (PR >50 ans + ≥1 FdR CV) versus anti-TNF. Pour lire les chiffres, il faut distinguer risque relatif (HR) et risque absolu (événements/100 patient-années) : l’excès absolu reste souvent modeste, mais devient cliniquement pertinent chez les patients à haut risque de base. En pratique, la stratification repose surtout sur l’âge, tabagisme, antécédents CV/athérosclérose, diabète, HTA, dyslipidémie, obésité, MTEV, et sur l’intensité de l’inflammation. Les agences (EMA/FDA) poussent à réserver les JAK aux patients sans alternative ou après échec d’un bDMARD chez les profils à risque. D’où l’intérêt d’un score CV (SCORE2/ASCVD), d’optimiser les FdR et de discuter la balance bénéfice/risque au cas par cas.
Message utile et très “terrain”. Le rappel central est bien posé : ORAL Surveillance est une étude de sécurité chez des PR >50 ans avec ≥1 FdR CV, comparant tofacitinib aux anti-TNF, donc population enrichie et comparateur protecteur possible. Pour la lecture des chiffres, insister sur la dissociation HR vs risque absolu (évènements/100 patient-années) est indispensable : c’est l’absolu qui guide la décision au lit du malade. À mon sens, la suite logique est d’opérationnaliser la stratification : identifier les profils “haut risque” (ATCD MACE/AVC, coronaropathie, tabac actif, diabète, HTA, dyslipidémie, âge avancé), évaluer le risque global (SCORE2/SCORE2-OP, facteurs PR), puis discuter alternatives (anti-TNF/anti-IL6/abatacept) et optimisation des FdR. Enfin, préciser que l’extrapolation aux autres JAK repose sur des données hétérogènes, d’où l’intérêt d’une approche prudente et individualisée.
Post très pertinent car il ramène le débat à la bonne question : « chez qui ? ». ORAL Surveillance concerne une population très sélectionnée (PR >50 ans + au moins un FDR CV) ; on ne peut pas extrapoler tel quel à un patient jeune, sans comorbidité. Le message pratique est la stratification : antécédent d’athérothrombose (IDM/AVC/AOMI), tabagisme, diabète, HTA, dyslipidémie, MRC, âge avancé = profil où le signal MACE/cancer pèse réellement et où un anti-TNF (ou autre biothérapie) doit être privilégié si possible. À l’inverse, chez patient sans FDR majeurs, le risque absolu additionnel est probablement faible ; la décision se joue alors sur efficacité, alternatives et contrôle agressif des FDR (statine, sevrage tabac, TA). Penser aussi au risque thromboembolique et à la dose (tofacitinib 10 mg surtout).

Point essentiel : ORAL Surveillance informe surtout une population PR « enrichie » en risque (≥50 ans + ≥1 FDR CV) et un comparateur actif (anti‑TNF). La lecture utile au lit du malade est donc la suivante : 1) distinguer risque relatif (HR) et risque absolu (excès d’événements/100 patient‑années), souvent plus parlant pour la décision partagée ; 2) identifier les sous‑groupes où l’excès semble concentré (âge, tabagisme, antécédent athéroscléreux, diabète, IRC), ce qui rejoint les recommandations EMA/FDA de privilégier d’autres options si risque CV/cancer élevé ; 3) ne pas extrapoler mécaniquement à tous les JAK ni à tous les profils PR, faute de comparaisons directes homogènes. En pratique : stratification CV systématique (SCORE2/ASCVD), optimisation des FDR, et discussion du rapport bénéfice/risque avant initiation.