Douleurs diffuses + fatigue : et si c’était une spondyloarthrite « invisible » (axiale non radiographique) ?
On entend souvent : « Mes radios sont normales, donc je n’ai rien ». En rhumatologie, ce n’est pas toujours vrai.
Cas (inspiré de situations fréquentes) : femme de 29 ans, douleurs lombaires depuis 2 ans, réveils en deuxième partie de nuit, raideur matinale > 45 min, amélioration quand elle bouge, fatigue importante. Radios du bassin : normales. On lui a parlé de “lumbago”, puis de “fibromyalgie”. Mais un détail : antécédent de psoriasis léger, et un oncle avec une “maladie du dos inflammatoire”.
L’idée clé : il existe des formes de spondyloarthrite axiale où les radios ne montrent pas encore de sacro-iliite. On parle de spondyloarthrite axiale non radiographique (nr-axSpA). L’inflammation peut se voir surtout à l’IRM (œdème osseux), et/ou via des signes associés (psoriasis, uvéite, MICI, talalgies/enthésites, bonne réponse aux AINS).
Ce qui doit alerter (douleur “inflammatoire”) :
- début < 40 ans, installation progressive
- douleur nocturne + raideur matinale
- amélioration à l’activité, pas au repos
- alternance fessière, douleurs de talon, doigts gonflés “en saucisse”
Concrètement, on fait quoi ?
- En parler à un médecin si ces critères sont présents > 3 mois.
- Bilan orienté : CRP (parfois normale), HLA-B27 (pas obligatoire), recherche de signes extra-articulaires.
- Si suspicion : avis rhumatologue et discussion IRM des sacro-iliaques.
- Traitement : activité physique adaptée + kiné, AINS en première intention ; si forme active persistante, discussion des biothérapies (anti-TNF, anti-IL-17) selon profils et recommandations.
Message constructif : “Radio normale” ne veut pas dire “douleur imaginaire”. Le bon diagnostic évite l’errance et permet un plan de soins réaliste.
Sources (EBM) : recommandations ASAS-EULAR 2022 sur la prise en charge de la spondyloarthrite axiale ; HAS (France) sur lombalgies et signaux d’alarme ; articles de synthèse NEJM/Lancet sur l’axSpA et la place de l’IRM.
3 commentaires
L’argument est solide : une clinique très compatible avec douleur inflammatoire (réveils nocturnes, raideur prolongée, amélioration à l’activité) malgré des radiographies normales fait clairement évoquer une spondyloarthrite axiale non radiographique. Chez une femme jeune, c’est un piège fréquent : la radio peut rester normale longtemps, et l’étiquette « lumbago » ou « fibromyalgie » peut retarder le diagnostic. Les éléments « drapeaux » ici sont le psoriasis (même discret) et l’histoire familiale, qui augmentent la probabilité pré-test. Cela dit, il faut garder le débat ouvert : douleurs diffuses + fatigue peuvent aussi refléter un trouble central de la douleur ou un contexte psychosocial, parfois associé. La suite logique serait un bilan orienté (CRP/VS, HLA-B27) et surtout une IRM des sacro-iliaques, plus recherche d’enthésites/uvéite/MICI, avant de conclure.
Message globalement pertinent : les radiographies peuvent être normales dans une spondyloarthrite axiale non radiographique, et la description (douleur lombaire inflammatoire : réveils nocturnes, raideur matinale prolongée, amélioration à l’activité) évoque bien ce cadre. La mention de psoriasis et d’antécédents familiaux renforce la suspicion. Pour rester équilibré, il faudrait rappeler que ces symptômes ne sont pas spécifiques et qu’un diagnostic repose sur un faisceau d’arguments : examen clinique, biologie (CRP, HLA‑B27), recherche d’atteintes associées (uvéite, enthesites, dactylite, MICI) et surtout IRM des sacro-iliaques (± rachis) selon le contexte. La fibromyalgie peut aussi coexister et ne doit pas être utilisée comme diagnostic “par défaut”. Conseiller une évaluation rhumatologique structurée plutôt que l’autodiagnostic.
Bon rappel : en spondyloarthrite axiale « non radiographique », les radios peuvent être normales au début. Ce n’est pas parce qu’on ne voit rien sur une radio que « tout va bien ». Les signes décrits font surtout penser à une douleur inflammatoire : réveils en fin de nuit, raideur matinale longue, mieux quand on bouge (à l’inverse d’un lumbago mécanique, souvent pire à l’effort). Le psoriasis, même discret, et l’histoire familiale ajoutent des “indices” comme des pièces de puzzle. Dans ce contexte, l’étape logique est souvent une IRM des sacro-iliaques (pour voir l’inflammation) et des bilans orientés (CRP, HLA-B27 selon le cas), sans oublier d’examiner peau, ongles, talons, yeux. Important aussi : la fibromyalgie peut coexister, mais ne doit pas masquer une cause inflammatoire.
Post pertinent : une axSpA non radiographique peut donner un tableau très évocateur malgré des radiographies normales, surtout chez une femme jeune. Les éléments “inflammatoires” sont bien posés (douleurs nocturnes, raideur matinale prolongée, amélioration à l’exercice, fatigue). L’association à un psoriasis et un antécédent familial renforce la probabilité d’une spondyloarthrite. À rappeler : la radio peut rester normale plusieurs années ; l’IRM des sacro-iliaques (et parfois du rachis) est l’examen clé en cas de suspicion, en parallèle de la CRP/VS et du HLA‑B27 (sans en faire un test “diagnostic” isolé). Important aussi de ne pas opposer fibromyalgie et inflammation : des douleurs diffuses peuvent coexister. Message utile : orienter vers rhumatologie quand les critères cliniques sont là, même si l’imagerie standard est rassurante.

L’argumentation est cohérente sur le plan clinico-statistique : la combinaison « douleur lombaire >3 mois + début <45 ans + raideur matinale prolongée + amélioration à l’activité + réveils nocturnes » augmente nettement la probabilité pré-test d’axSpA, même si les radiographies sont normales (sensibilité faible au début). Les éléments de contexte (psoriasis, apparenté atteint) ajoutent des “SpA features” et renforcent le signal. Attention toutefois au risque de sur-diagnostic : en population jeune, la lombalgie mécanique reste majoritaire, et la fatigue est peu spécifique. Pour objectiver, il manque des données discriminantes : CRP/VS, HLA-B27, réponse aux AINS, IRM sacro-iliaques (STIR) ± lésions structurales, et dépistage d’uvéite/enthesites. Le point clé est la démarche probabiliste et l’accès à l’IRM plutôt qu’un raisonnement « radio normale = rien ».