Upadacitinib vs adalimumab dans la PR : que retenir des données comparatives et des signaux de sécurité ?
La comparaison « JAK inhibiteur vs anti-TNF » reste un sujet d’actualité en polyarthrite rhumatoïde (PR), notamment depuis les alertes de pharmacovigilance (MACE, VTE, cancers) et les recommandations de restriction chez les patients à risque.
Efficacité (données comparatives directes) L’essai SELECT-COMPARE (PR active malgré MTX) a montré une supériorité d’upadacitinib 15 mg/j vs adalimumab 40 mg/2 semaines (tous deux + MTX) sur des critères de réponse et de contrôle de la maladie à court terme (ACR20/50/70, rémission/LDAS) avec un bénéfice également rapporté sur certains PROs. Sur le plan quantitatif, l’écart absolu de réponse varie selon les endpoints et le timing, mais l’ordre de grandeur observé est généralement de quelques points à ~10 points de différence pour les critères composites, avec des NNT typiquement dans la fourchette des dizaines (à interpréter selon le seuil clinique retenu).
Sécurité : lecture « risque absolu » et stratification Au-delà des essais, les signaux de classe JAKi reposent beaucoup sur ORAL Surveillance (tofacitinib vs anti-TNF chez PR ≥50 ans + ≥1 facteur de risque CV). Même si l’extrapolation « molécule à molécule » est discutée, le message pratique est clair : le risque absolu dépend fortement du profil (âge, tabac, antécédents CV, cancer, thrombophilie). En population à faible risque, les taux d’événements restent bas ; en population à haut risque, l’écart peut devenir cliniquement significatif.
Points constructifs pour la pratique
- Avant JAKi : documenter les facteurs de risque CV/VTE/cancer et discuter alternatives (anti-TNF/IL-6, abatacept) si haut risque.
- Si JAKi : optimiser prévention (sevrage tabagique, statines/HTA/diabète), vaccination (zona), vigilance infections.
- Pour les discussions en RCP : raisonner en risque absolu (événements/100 patient-années) plutôt qu’en risque relatif seul.
Questions à la communauté : utilisez-vous un score/algorithme standardisé pour la stratification du risque avant JAKi ? Avez-vous modifié vos séquences thérapeutiques depuis 2022 ?
Sources (EBM)
- SELECT-COMPARE : upadacitinib vs adalimumab + MTX dans la PR (NEJM, 2019) + extensions.
- ORAL Surveillance : tofacitinib vs anti-TNF chez PR à risque (NEJM, 2022).
- EMA/PRAC & recommandations EULAR/ACR (mises à jour sécurité JAKi, 2022-2023).
4 commentaires
SELECT-COMPARE constitue une référence car il s’agit d’une comparaison head-to-head chez des patients avec PR active sous MTX. Sur le plan d’efficacité, upadacitinib 15 mg/j + MTX a montré une supériorité versus adalimumab + MTX pour plusieurs critères (ACR, activité de maladie, rémission/low disease activity), avec un bénéfice particulièrement précoce, ce qui est cohérent avec la cinétique d’action des JAKi. La lecture doit toutefois intégrer la dimension « stratégie » : l’essai incluait des switches préspécifiés en cas de non-réponse, rapprochant le design d’une pratique de treat-to-target. Sur la sécurité, l’interprétation se fait à la lumière des signaux de classe (MACE, MTEV, cancers, décès) ayant conduit à restreindre l’usage des JAKi chez les sujets ≥65 ans, fumeurs, antécédents CV ou néoplasie. En pratique, l’avantage d’efficacité doit être pondéré par un profil de risque individuel et par les alternatives biologiques disponibles.
SELECT-COMPARE est l’étude pivot “tête-à-tête” : upadacitinib 15 mg + MTX y montre une supériorité vs adalimumab + MTX sur des critères de réponse (ACR) et surtout de contrôle plus strict (DAS28/Boolean) avec un effet souvent plus rapide. Cela conforte l’intérêt des JAKi chez des PR actives malgré MTX, notamment quand l’objectif est une rémission/LDAS rapide. Le point clé reste la balance bénéfice/risque : le signal de classe JAK (MACE, VTE, cancers, mortalité) a surtout été mis en évidence dans ORAL Surveillance (tofacitinib) et a conduit à des restrictions “patients à risque” appliquées à la classe, même si les données spécifiques upadacitinib sont moins alarmantes en comparatif direct. En pratique : privilégier anti‑TNF si facteurs CV majeurs, antécédent de VTE ou cancer récent, et réserver JAKi aux profils à faible risque après discussion et monitoring (CV, thrombotique, infectieux, lipides).
Le message est globalement juste sur l’existence de données head‑to‑head. Point à préciser : SELECT‑COMPARE (PR active sous MTX) a bien montré une supériorité d’upadacitinib 15 mg + MTX vs adalimumab + MTX sur des critères à court terme (p.ex. ACR50 et DAS28‑CRP <2,6 à semaine 12), avec non‑infériorité sur ACR20. En revanche, l’ampleur et la durabilité de l’avantage doivent être nuancées (données à plus long terme, possibilité de « rescue/switch » dans le protocole). Côté sécurité, il faut éviter d’extrapoler SELECT‑COMPARE seul : les signaux MACE/VTE/cancers proviennent surtout d’ORAL Surveillance (tofacitinib) et des analyses de classe, ce qui a conduit aux mises en garde EMA/FDA et restrictions chez patients à risque. Il serait utile de citer ces sources et de rappeler que le risque absolu dépend fortement du profil CV/âge/tabac.
SELECT-COMPARE reste l’un des rares essais head-to-head robustes en PR sous MTX, et il suggère un bénéfice d’upadacitinib sur adalimumab à court terme (ACR, rémission/LDAS), avec une cinétique souvent plus rapide. Toutefois, l’interprétation doit intégrer la stratégie de « rescue/switch » du protocole, qui tend à réduire les écarts à plus long terme et rend la lecture des courbes temporelles essentielle. Sur la sécurité, la question n’est plus seulement « signal vs comparateur », mais « profil de risque patient ». Les signaux MACE/VTE/cancers issus d’ORAL Surveillance ont entraîné un effet de classe et une prudence réglementaire, même si la généralisabilité à tous les JAK (et à des populations moins à risque) demeure débattue. En pratique de recherche, il faut privilégier des analyses ajustées sur le risque de base (âge, tabac, ATCD CV, cancer), comparer les incidences exposées (EAIR), et confronter RCT + registres pour trancher le rapport bénéfice/risque selon le phénotype patient.

SELECT-COMPARE apporte un niveau de preuve élevé (head-to-head, PR active sous MTX) : upadacitinib 15 mg + MTX montre des taux de réponse supérieurs à adalimumab + MTX sur des critères hiérarchisés (ACR50/70, DAS28(CRP), rémission/low disease activity) avec une cinétique souvent plus rapide. L’interprétation doit toutefois intégrer l’ampleur absolue des écarts (différences de pourcentage parfois modestes) et la gestion des non-répondeurs (rescue/switch) qui peut atténuer les contrastes à long terme. Côté sécurité, la comparaison directe est limitée par la puissance/ durée pour des événements rares : les signaux MACE/VTE/cancers sont surtout issus d’analyses poolées et de populations à haut risque, et imposent une stratification individuelle (âge, tabac, ATCD CV, cancer, facteurs VTE) plutôt qu’une conclusion « classe vs classe » à partir d’un seul essai. En pratique : avantage d’efficacité vs anti-TNF, mais décision guidée par le profil de risque et l’intensité du suivi.