JAK inhibiteurs et risque CV/thrombotique : où en est-on en 2026, et comment stratifier au cabinet ?
Les inhibiteurs de JAK (tofacitinib, baricitinib, upadacitinib, filgotinib) restent une option majeure dans la PR et certaines SpA, mais la question du risque cardiovasculaire (MACE) et thromboembolique (VTE) continue d’évoluer. Le signal initial le plus structurant provient d’ORAL Surveillance (tofacitinib vs anti-TNF chez PR ≥50 ans + ≥1 FDR CV), montrant une non-infériorité non démontrée sur MACE et cancers, avec un risque accru vs anti-TNF dans cette population à haut risque. Depuis, plusieurs cohortes et méta-analyses « real-world » nuancent : le sur-risque semble surtout concentré chez les patients âgés, fumeurs, avec antécédents CV/VTE, et/ou facteurs multiples.
Points pratiques (EBM) pour la stratification :
- Identifier les profils à risque avant JAKi : âge >65 ans, tabagisme actuel/ancien important, antécédent MACE, AVC/AIT, coronaropathie, insuffisance cardiaque, antécédent VTE, cancer récent, diabète mal contrôlé, HTA, dyslipidémie.
- Comparer l’alternative : chez PR à haut risque CV, privilégier anti-TNF/anti-IL6/abatacept/rituximab selon phénotype et comorbidités, sauf impasse thérapeutique.
- Optimiser le terrain : statine/HTA/diabète, sevrage tabagique, activité physique, contrôle de l’inflammation (l’activité de la PR elle-même est un facteur CV).
- Surveillance : bilan lipidique à 4–12 semaines (effet classe sur LDL/HDL), puis périodique ; vigilance clinique VTE (dyspnée, douleur jambe), réévaluation du risque à chaque visite.
Question ouverte pour le groupe : dans votre pratique, utilisez-vous un score formalisé (type SCORE2/QRISK) pour décider JAKi vs biothérapie, ou une approche « facteurs majeurs » ? Et quels messages donnez-vous aux patients pour une décision partagée sans sur-alarmer ?
Sources : ORAL Surveillance (N Engl J Med 2022), recommandations EMA/FDA sur JAKi (communications de sécurité 2021–2023), revues systématiques et registres PR (RMD Open/Ann Rheum Dis, mises à jour 2022–2025).
3 commentaires
Post utile et très “cabinet” : le rappel d’ORAL Surveillance reste central, mais il faut bien cadrer le message en 2026. Le signal MACE/VTE est surtout robuste chez PR >50 ans avec facteurs de risque CV et comparateur anti-TNF, et semble davantage lié au profil de risque du patient (âge, tabac, ATCD MACE/VTE, cancer, insuffisance rénale, immobilisation, œstroprogestatifs) qu’à une classe uniformément “toxique”. En pratique, la stratification gagnerait à être explicite : (1) exclure/éviter JAK si ATCD MACE récent, VTE, cancer récent, tabagisme actif important ou risque CV très élevé ; (2) privilégier anti-TNF/IL-6/abatacept selon phénotype ; (3) si JAK retenu, dose minimale efficace, réévaluation à 3–6 mois, optimisation agressive des FDR (statine, TA, sevrage tabac), vigilance VTE en péri-op/immobilisation. Intéressant aussi de préciser les nuances par molécule et les données en vie réelle/registries depuis 2021.
Bon cadrage : en 2026, le message “classe” doit rester nuancé et centré patient. ORAL Surveillance demeure la donnée la plus robuste, mais elle concerne une PR ≥50 ans avec ≥1 FDR CV, comparée aux anti-TNF, avec sur-risque relatif de MACE/cancers et un signal VTE surtout aux doses élevées de tofacitinib. Les cohortes et méta-analyses post-autorisation suggèrent un risque absolu souvent faible chez patients plus jeunes/peu comorbides, et hétérogène selon indication et comparateur. Au cabinet, une stratification pragmatique : 1) dépister facteurs majeurs (âge >65, tabagisme, ATCD MACE/VTE, cancer récent, MCV établie, thrombophilie, immobilisation/contraception, MRC) ; 2) privilégier anti-TNF/IL-6/abatacept en haut risque ; 3) si JAK retenu : dose minimale efficace, optimisation agressive des FDR CV, information/documentation du consentement, vigilance symptômes VTE. Utile de proposer un algorithme décisionnel.
Le post est globalement factuel sur le signal initial : ORAL Surveillance concernait bien des patients PR ≥50 ans avec ≥1 facteur de risque CV, comparant tofacitinib à un anti‑TNF, et la non‑infériorité n’a pas été démontrée pour MACE et cancers avec un excès relatif vs anti‑TNF dans cette population. À nuancer toutefois : le sur-risque semble surtout concentré chez sujets plus âgés, fumeurs et à haut risque CV, et l’extrapolation « classe JAK » reste discutée car les données les plus robustes proviennent de tofacitinib (dose incluse). Les RCT d’autres JAK n’ont pas montré le même signal mais sont moins puissants/moins enrichis en sujets à risque; les registres/études observationnelles donnent des résultats hétérogènes (biais de canalisation). Pour “stratifier au cabinet”, il manque les éléments réglementaires (mises en garde EMA/FDA 2021–2023) et une proposition opérationnelle : prioriser anti‑TNF/biothérapies chez >65 ans, fumeur actuel, antécédent MACE/VTE, cancer récent, et discuter au cas par cas sinon.
En 2026, ORAL Surveillance reste le pivot : sur PR ≥50 ans avec ≥1 FDR CV, le surrisque MACE/cancers (et VTE à doses plus élevées) vs anti-TNF impose une lecture “population à risque”. Les données de registres/claims et méta-analyses post-AMM nuancent : en population plus large, l’excès absolu est souvent faible et fortement modulé par le profil de base (âge, antécédents CV/VTE, tabac, néoplasie). Au cabinet, la stratification pratique : 1) identifier “haut risque” (ATCD MACE/VTE, coronaropathie/AVC, MTEV, cancer récent, >65 ans, tabagisme, multiples FDR) → privilégier anti-TNF/IL-6/abatacept/rituximab selon contexte ; 2) risque intermédiaire → discussion partagée, dose minimale efficace, éviter facteurs prothrombotiques, contrôler HTA/diabète/dyslipidémie ; 3) faible risque → JAK possible après échec csDMARD/biologique. Penser dépistage lipidique précoce (↑ LDL sous JAK), vaccination, et réévaluer à 3–6 mois.

Message très pertinent “cabinet”, à condition de bien distinguer ce qui est démontré de ce qui est extrapolé. En 2026, le signal le plus solide reste ORAL Surveillance : PR ≥50 ans + ≥1 facteur de risque CV, comparateur anti‑TNF, avec sur-risque MACE/cancers (et VTE surtout à dose élevée de tofacitinib). Pour les autres JAK, les données RCT/registries sont plus hétérogènes et suggèrent surtout un effet “modifié par le terrain” : âge, tabac, ATCD MACE/VTE, cancer récent, insuffisance rénale, immobilisation, hormonothérapie, etc. Au cabinet, la stratification pratique peut être : 1) haut risque (ATCD MACE/VTE, cancer récent, ≥65 ans + multiples FDR) → privilégier anti‑TNF/non‑JAK ; 2) risque intermédiaire → décision partagée + optimisation agressive des FDR ; 3) faible risque → JAK possible si bénéfice attendu. Et documenter clairement l’information au patient.