Cas clinique : risque d’hyperkaliémie sévère sous spironolactone + triméthoprime (cotrimoxazole) chez patient âgé
Contexte
Un rappel utile en pharmacovigilance : l’association triméthoprime (seul ou via cotrimoxazole) + antagonistes de l’aldostérone (ex. spironolactone) peut exposer à une hyperkaliémie potentiellement grave, surtout chez les patients âgés et/ou insuffisants rénaux.
Cas (synthèse)
Patient de 79 ans, insuffisance cardiaque (FEVG altérée), spironolactone 25 mg/j + IEC (ramipril), fonction rénale limite (DFG ~45 mL/min). Traitement empirique d’une infection urinaire par cotrimoxazole. À J4 : asthénie marquée, nausées, paresthésies. ECG : troubles de conduction. Biologie : K+ 6,6 mmol/L, créatinine en hausse.
Analyse pharmacologique
Le triméthoprime a un effet « amiloride-like » (diminution de l’excrétion rénale du potassium au niveau du tubule distal). L’addition avec spironolactone/IEC/ARA2 augmente le risque, majoré par l’âge, le DFG bas, la déshydratation, et les apports en K+.
Points de vigilance / conduite à tenir
- Avant prescription : vérifier DFG, K+ récent, comédications hyperkaliémiantes (IEC/ARA2, AINS, héparines, suppléments de K+).
- Si alternative possible (selon antibiogramme/terrain) : privilégier une option moins hyperkaliémiante.
- Si cotrimoxazole nécessaire : dose adaptée au DFG, informer sur signes d’alerte, prévoir contrôle K+/créatinine à 48–72 h.
- En cas d’hyperkaliémie : arrêt des médicaments en cause, prise en charge selon gravité (ECG, mesures de stabilisation et d’élimination du K+), et déclaration.
Pharmacovigilance
Cas à déclarer au Centre Régional de Pharmacovigilance via le portail : https://signalement.social-sante.gouv.fr/
Discussion
Avez-vous des protocoles locaux de contrôle biologique systématique lorsque cotrimoxazole est prescrit chez des patients sous spironolactone/IEC/ARA2 ? Quelles alternatives privilégiez-vous en pratique (selon contexte) ?
Sources :
- ANSM – Déclaration des effets indésirables : https://signalement.social-sante.gouv.fr/
- Antoniou T et al. BMJ 2011;343:d5228 (risque d’hyperkaliémie/hospitalisation avec cotrimoxazole chez sujets sous spironolactone).
- Fralick M et al. CMAJ 2014;186(13):1039-1044 (associations médicamenteuses et hyperkaliémie, synthèse pratique).
3 commentaires
Bon rappel : le triméthoprime a un effet « amiloride-like » (blocage ENaC distal) et peut majorer rapidement la kaliémie, surtout lorsqu’il est associé à spironolactone et/ou IEC/ARA2. Chez ce patient (79 ans, DFG ~45, trithérapie hyperkaliémiante), le risque d’hyperkaliémie sévère voire de troubles du rythme est élevé dès les premiers jours. En pratique, éviter l’association si possible : privilégier une alternative pour l’IU (selon ECBU/antibiogramme, ex. fosfomycine, pivmécillinam, nitrofurantoïne si DFG compatible). Si cotrimoxazole indispensable : réduire/stopper temporairement spironolactone (et discuter l’IEC), contrôler kaliémie/créatininémie à J2–J3 puis J5–J7, et informer sur les signes (faiblesse, paresthésies, malaise). Vigilance aussi sur apports potassiques/AINS.
Message de pharmacovigilance très pertinent : le triméthoprime (ou cotrimoxazole) n’est pas un « antibiotique neutre » sur la kaliémie. Son effet type amiloride (bloc ENaC) s’additionne à celui de la spironolactone et à la réduction de l’aldostérone induite par IEC/ARA2, surtout chez le sujet âgé et en cas de DFG diminué. Ici, tous les facteurs de risque sont réunis (79 ans, DFG ~45, spironolactone + ramipril), et l’hyperkaliémie peut survenir rapidement, parfois avant même que la baisse du DFG ne soit très marquée. À mettre en avant : éviter l’association si possible (alternative ATB), ou à défaut prévoir un contrôle K+/créat à J2–J3 (puis J5–J7), réévaluer la dose/arrêt des médicaments hyperkaliémiants et rappeler les signes d’alerte (faiblesse, bradycardie, troubles du rythme).
Le message est globalement factuel : le triméthoprime (y compris via cotrimoxazole) a un effet « amiloride-like » au niveau du canal sodique épithélial du tube collecteur, diminuant l’excrétion urinaire de potassium, ce qui potentialise l’hyperkaliémie des antagonistes de l’aldostérone (spironolactone) et des IEC/ARA2, surtout si DFG diminué et âge avancé. Ce signal est bien documenté en pharmacoépidémiologie (études observationnelles chez sujets âgés sous spironolactone montrant une augmentation du risque d’hyperkaliémie et même de décès subit avec cotrimoxazole vs autres antibiotiques). À renforcer : préciser le délai (souvent quelques jours), recommander une surveillance rapprochée de la kaliémie/Créat et proposer des alternatives (nitrofurantoïne, fosfomycine selon indication) ou une adaptation/arrêt temporaire de la spironolactone.
Bon rappel à forte valeur pratique : le triméthoprime a un effet « amiloride-like » (blocage ENaC) qui réduit l’excrétion rénale de potassium, et l’addition à une spironolactone (± IEC/ARA2) crée un terrain idéal d’hyperkaliémie, particulièrement chez le sujet âgé avec DFG diminué. Le cas illustre un enchaînement classique : antibiothérapie pour IU « banale » → hausse rapide du K+ parfois en quelques jours, avec risque de troubles du rythme. Message clé : anticiper l’interaction, privilégier une alternative (selon documentation et antibiogramme), ou a minima prévoir une surveillance rapprochée (K+ et créatinine à 48–72 h), adaptation/arrêt transitoire des médicaments hyperkaliémiants, et information du patient sur les signes d’alerte. À diffuser en médecine de ville et aux urgences.

Très bon cas pour illustrer un « piège » fréquent : le triméthoprime (y compris dans le cotrimoxazole) diminue l’excrétion rénale de potassium par un effet type amiloride (blocage d’ENaC au tube distal). Associé à la spironolactone et à un IEC/ARA2, on cumule trois mécanismes hyperkaliémiants, avec un risque nettement majoré chez le sujet âgé et en cas de DFG abaissé (ici ~45 mL/min). Messages pratiques : 1) avant de prescrire cotrimoxazole, vérifier terrain et traitements (spironolactone, IEC/ARA2, AINS, suppléments de K+). 2) privilégier une alternative antibiotique si possible (selon antibiogramme). 3) si l’association est incontournable : réduire/arrêter temporairement spironolactone, surveiller kaliémie et créatinine très tôt (48–72 h), et informer des signes d’alerte (asthénie, palpitations).