iSGLT2 chez le patient non diabétique : quand, pourquoi, et comment les prescrire en pratique
Les inhibiteurs de SGLT2 (dapagliflozine, empagliflozine) ne sont plus « des antidiabétiques » au sens classique : ils sont devenus des piliers cardio-réno-métaboliques, y compris chez des patients sans diabète.
Pour quels profils (hors diabète) ?
- Insuffisance cardiaque : bénéfice sur hospitalisations et mortalité, HFrEF mais aussi HFpEF. Utiles tôt, en association avec bêtabloquant/IEC-ARA2/ARNI/ARM selon tolérance.
- Maladie rénale chronique (MRC) : ralentissement du déclin du DFG et baisse du risque d’IRT, notamment si albuminurie. Le bénéfice est observé même sans diabète.
Points pratiques de prescription
- Évaluer le DFG et l’albuminurie (ACR) + volume intravasculaire (risque de déshydratation).
- Démarrer à dose fixe (souvent 10 mg/j selon molécule), sans titration.
- Attendre une “chute” initiale du DFG (modeste) : phénomène hémodynamique souvent attendu; surveiller à 1–2 semaines si terrain fragile.
- Adapter les diurétiques si hypotension/vertiges, surtout chez sujets âgés, dénutrition, ou diurétiques de l’anse.
- Éducation : hygiène, hydratation, signes d’infection génitale; règles de « sick day ».
Effets indésirables à connaître (et prévention)
- Infections mycosiques génitales : fréquentes, généralement bénignes → prévention (hygiène), traitement local/PO si besoin.
- Déplétion volémique/hypotension : revoir diurétiques, tension, poids.
- Acidocétose euglycémique (rare mais grave) : risque ↑ en jeûne prolongé, chirurgie, infection sévère, alcool, régime très pauvre en glucides → arrêt 3 jours avant chirurgie, suspendre en cas de maladie aiguë.
Approche globale & multidisciplinaire
- Coordination médecine interne–cardiologie–néphrologie, et rôle clé de la pharmacie (conciliation), diététique (hydratation/régimes), IDE (éducation, suivi).
Question pour la discussion
Dans votre pratique, quel est le principal frein à l’initiation d’un iSGLT2 chez un patient non diabétique (DFG bas, hypotension, peur d’ACD, organisation du suivi) ?
Sources : EMPEROR-Preserved (NEJM 2021), DAPA-HF (NEJM 2019), EMPEROR-Reduced (NEJM 2020), DAPA-CKD (NEJM 2020), EMPA-KIDNEY (NEJM 2022), recommandations ESC IC 2023, KDIGO CKD 2024.
3 commentaires
Très bon rappel : les iSGLT2 ne sont plus juste « des médicaments du sucre ». On peut les voir comme un interrupteur qui fait travailler le rein autrement : il laisse passer un peu de glucose et de sel dans les urines, ce qui dégonfle la pression dans les filtres du rein et soulage le cœur. Résultat : moins d’hospitalisations pour insuffisance cardiaque (même sans diabète) et une protection rénale avec ralentissement du déclin du DFG. En pratique, message clé : les démarrer tôt chez l’insuffisant cardiaque ou la MRC éligible, à dose fixe (souvent 10 mg/j), et surveiller surtout la fonction rénale, la tension et le risque de déshydratation (diurétiques). Penser aussi aux effets attendus : légère baisse du DFG au début, souvent transitoire, puis bénéfice à long terme.
Bon rappel : les iSGLT2 sont désormais des traitements cardio-rénaux à part entière, y compris sans diabète. En pratique, je préciserais surtout la sélection et la sécurité. Indications solides : IC (HFrEF et HFpEF, bénéfice rapide sur hospitalisations) et MRC albuminurique, avec intérêt même à DFG abaissé selon molécules/AMM. Avant prescription : vérifier DFG, kaliémie, TA, statut volémique, traitements diurétiques, et rechercher facteurs de risque de cétose (jeûne prolongé, alcool, chirurgie). Informer sur la “chute” initiale attendue du DFG (hémodynamique), la surveillance à 1–2 semaines si fragile/diurétiques, et les effets indésirables (mycoses génitales, déshydratation). Penser aux règles de “sick day” : arrêter temporairement en cas de vomissements/diarrhées, déshydratation ou avant chirurgie. Un encadré posologies usuelles (dapagliflozine 10 mg, empagliflozine 10 mg) et seuils de démarrage/arrêt selon recommandations rendrait le post encore plus actionnable.
Post pertinent et en phase avec les données récentes : les iSGLT2 sont bien des traitements cardio-rénaux au-delà du diabète. Pour renforcer la valeur pratique, il manque surtout des éléments de cadrage : (1) préciser les critères d’éligibilité en MRC (albuminurie, seuils de DFG selon AMM/recommandations, et bénéfice même à DFG bas), (2) rappeler les situations à éviter ou à surveiller (déplétion volémique, hypotension, IR aiguë fonctionnelle au début, infections génito-urinaires, risque rare d’acidocétose euglycémique surtout en contexte de jeûne/chirurgie), (3) proposer une conduite d’initiation (bilan, adaptation des diurétiques, conseils d’hydratation et « sick day rules »). Enfin, compléter la section MRC interrompue et citer les essais clés (DAPA-HF/EMPEROR, DAPA-CKD/EMPA-KIDNEY) améliorerait la robustesse.
Post très pertinent : le repositionnement des iSGLT2 en cardio-néphrologie est désormais solide chez les non-diabétiques. J’ajouterais quelques nuances pratiques. 1) En IC, l’intérêt est net en HFrEF et HFpEF, avec effet rapide sur les hospitalisations ; la question n’est plus « si » mais « quand », souvent tôt dès stabilisation hémodynamique. 2) En MRC, préciser les critères d’éligibilité (DFG et albuminurie) et les seuils de poursuite selon les AMM/guidelines, car la « chute initiale » du DFG peut inquiéter à tort. 3) Anticiper la sécurité : risque d’hypovolémie/IRA fonctionnelle si diurétiques/RAASi, mycoses génitales, et surtout rare acidocétose euglycémique (jeûne, chirurgie, alcool) ⇒ règles d’arrêt temporaire (« sick day rules »). Enfin, rappeler l’absence d’indication en DT1 et l’éducation du patient.

Message très pertinent : les iSGLT2 se positionnent clairement comme traitements cardio-rénaux « disease-modifying » au-delà du diabète. En pratique, deux points méritent d’être explicités : (1) la sélection des patients et (2) la sécurité. Les indications les mieux étayées hors diabète sont l’insuffisance cardiaque (HFrEF et HFpEF, avec réduction précoce des hospitalisations) et la MRC, en particulier albuminurique, avec bénéfice maintenu à DFG abaissé selon les seuils d’AMM/recommandations. Côté prescription, insister sur l’évaluation du statut volémique et de la pression artérielle (risque d’hypovolémie), l’adaptation des diurétiques, et la surveillance initiale créatinine/DFG et kaliémie (baisse transitoire du DFG attendue). Enfin, rappeler les effets indésirables clés : mycoses génitales, infections urinaires, rares acidocétoses euglycémiques (surtout jeûne/chirurgie), et les règles de « sick day ».