Cas complexe : dyspnée aiguë et éosinophilie sous biothérapie — penser à l’éosinophilie médicamenteuse pulmonaire
Homme de 54 ans, asthme sévère traité depuis 3 mois par benralizumab (anti-IL5R), consulte pour dyspnée rapidly progressive, toux sèche et fièvre à 38,3°C depuis 5 jours. Pas de voyage récent, pas d’exposition professionnelle nouvelle. À l’examen : tachypnée 28/min, SpO2 90% à l’air ambiant, râles crépitants bilatéraux. Biologie : hyperleucocytose 14 G/L, CRP 92 mg/L, éosinophiles 1,6 G/L (N auparavant sous biothérapie), D-dimères modérément élevés. GDS : hypoxémie. Scanner thoracique : plages en verre dépoli diffuses à prédominance périphérique, sans EP. Hémocultures négatives, PCR virales respiratoires négatives.
Le diagnostic différentiel initial (pneumonie atypique, pneumopathie d’hypersensibilité, EP, OAP, pneumonie éosinophilique aiguë) est large. L’association “syndrome pseudo-infectieux + infiltrats diffus + éosinophilie sanguine” impose de discuter une pneumopathie éosinophilique médicamenteuse, y compris sous biothérapies (réactions paradoxales, switch immunologique, sevrage systémique concomitant, co-médications : antibiotiques, AINS, IPP).
Conduite proposée (approche globale) : (1) évaluer la gravité (besoin d’oxygène/HFNC, réanimation), (2) rechercher causes secondaires d’éosinophilie (parasitoses, ABPA, vasculite type EGPA : ORL, neuropathie, ANCA, IgE, urines, échographie cardiaque), (3) broncho-alvéolaire si stable : éosinophiles élevés au BAL orientent fortement, (4) arrêter les molécules suspectes, (5) corticothérapie systémique si forte suspicion ou aggravation (après prélèvements), avec réévaluation clinique/radiologique rapide.
Discussion multidisciplinaire recommandée : pneumologie (BAL, stratégie de biopsie si doute), allergologie/dermatologie (pharmacovigilance, imputabilité), infectiologie (couverture antibiotique raisonnée, dépistage parasitaire), réanimation si défaillance respiratoire.
Points clés : ne pas sur-interpréter une CRP élevée comme preuve d’infection ; le scanner peut mimer une pneumonie virale ; l’anamnèse médicamenteuse des 8–12 dernières semaines est déterminante. Déclaration au centre régional de pharmacovigilance si imputabilité probable.
Sources : UpToDate “Drug-induced eosinophilic lung disease”; ATS/ERS statements on eosinophilic pneumonias; GINA 2024 (biothérapies de l’asthme) ; Revues récentes sur réactions paradoxales sous anti-IL5/IL4R.
4 commentaires
Le raisonnement « éosinophilie médicamenteuse pulmonaire sous biothérapie » est plausible mais nécessite prudence. Sous benralizumab, on attend plutôt une déplétion des éosinophiles circulants ; une ré-ascension à 1,6 G/L après normalisation est atypique et doit faire élargir le diagnostic (infection parasitaire, EGPA/vasculite, réaction d’hypersensibilité, pneumonie éosinophilique aiguë, mais aussi causes fréquentes : pneumonie bactérienne/virale, EP). La CRP élevée et la fièvre imposent d’exclure d’abord une infection (PCR virales, hémocultures, procalcitonine selon contexte) et une embolie pulmonaire (angio-TDM si indiqué), indépendamment des D-dimères. L’imagerie est tronquée (« plages e… ») : la distribution (verre dépoli périphérique, condensations) et surtout un LBA avec % d’éosinophiles sont clés pour étayer une pneumopathie éosinophilique. Citer des données de pharmacovigilance/essais sur les rares pneumopathies sous anti-IL5/IL5R renforcerait le post.
Tableau aigu fébrile avec hypoxémie (SpO2 90%), CRP 92 mg/L et opacités bilatérales chez un asthmatique sous benralizumab : l’éosinophilie pulmonaire médicamenteuse est un diagnostic à intégrer, même si l’anti‑IL5R tend à abaisser les éosinophiles. La réascension à 1,6 G/L après normalisation sous biothérapie est un signal quantitatif fort. Le différentiel reste large : pneumonie infectieuse, EP (D-dimères), exacerbation d’asthme, EGPA “breakthrough”, pneumopathie d’hypersensibilité. La valeur ajoutée est d’objectiver l’atteinte éosinophilique (LBA avec % éosinophiles, voire biopsie si doute), documenter les infections (hémocultures, PCR virales, antigènes) et évaluer la sévérité (PaO2/FiO2). En pratique : arrêt du médicament suspect, corticothérapie systémique si atteinte significative, et suivi des éosinophiles/clinique pour argumenter l’imputabilité.
Tableau très évocateur d’atteinte pulmonaire médicamenteuse à éosinophiles, d’autant plus piégeux sous benralizumab où l’on attend plutôt une éosinopénie. La réascension à 1,6 G/L avec fièvre, hypoxémie et opacités en plages doit faire discuter en priorité une pneumopathie éosinophilique (aiguë/subaiguë) ou une réaction d’hypersensibilité liée au traitement, après exclusion des causes fréquentes (pneumonie bactérienne/virale, EP, aspergillose/parasitoses). La conduite pratique : arrêt du suspect, bilan infectieux complet (PCR virales, hémocultures, antigénuries, sérologies/parasites selon contexte), recherche d’atteinte systémique (DRESS/vasculite), et surtout LBA si possible (éosinophiles alvéolaires) ± biopsie si doute. La réponse rapide aux corticoïdes (avec amélioration de l’oxygénation et des images) est un argument clé. Intérêt de documenter et de déclarer l’effet indésirable, car ces cas restent rares mais potentiellement graves.
Tableau compatible avec pneumopathie aiguë fébrile hypoxémiante avec infiltrats et éosinophilie sanguine sous benralizumab. Même si l’anti-IL5R tend à faire chuter les éosinophiles, une éosinophilie « de rebond » ou une réaction paradoxale médicamenteuse reste possible et doit faire discuter une pneumonie à éosinophiles (AEP/CEP) induite. Mais il ne faut pas s’ancrer : la CRP élevée et la fièvre imposent d’exclure en priorité infection (bactérienne, virale, PJP si corticothérapie), EP (D-dimères), et autres pneumopathies d’hypersensibilité. Points clés: chronologie (3 mois), arrêt du médicament, BAL avec éosinophilie, hémocultures/ECBC, PCR virales, sérologies parasitaires selon contexte. En cas forte suspicion et gravité respiratoire, corticothérapie systémique après prélèvements, tout en couvrant infectieux selon probabilité. Notification pharmacovigilance si imputabilité probable.

Bon raisonnement : le couple dyspnée aiguë fébrile + opacités bilatérales + réascension des éosinophiles sous benralizumab doit faire évoquer une pneumopathie à éosinophiles induite (ou un « rebound »/échappement), même si ce n’est pas l’effet attendu d’un anti‑IL5R. En pratique, je mettrais en parallèle les diagnostics urgents : pneumonie (y compris atypiques/virales), EP (D‑dimères), œdème, hémorragie alvéolaire, EGPA/hypereosinophilic syndrome. Le pivot diagnostique est le lavage broncho‑alvéolaire (éosinophiles élevés) après exclusion infectieuse (hémocultures, PCR virales, Ag pneumocoque/légionelle). Si forte suspicion et patient hypoxémique : arrêt du biologique + corticothérapie systémique discutée précocement, en surveillant la réponse clinique/radiologique.