Augmentation des entérobactéries productrices de NDM en France : implications pratiques pour le labo et l’antibiothérapie
Les carbapénémases de type NDM (New Delhi metallo-β-lactamase) gagnent du terrain en Europe et en France, avec une proportion croissante parmi les entérobactéries CPE (notamment Klebsiella pneumoniae et Escherichia coli). Sur le plan microbiologique, NDM hydrolyse les β-lactamines incluant les carbapénèmes, et n’est pas inhibée par les inhibiteurs classiques (tazobactam, avibactam, relebactam). Conséquence directe : des profils « trompeurs » peuvent apparaître si l’on se contente d’une lecture globale sans confirmer le mécanisme (p. ex. sensibilité apparente à certains céphalosporines selon méthode/CMI, ou variations selon porines/ESBL associées).
Point clé labo : en présence d’une entérobactérie suspecte (ertapénème ↓, méropénème variable, résistance aux céphalosporines 3G fréquente), privilégier une approche combinée : (1) confirmation phénotypique (tests d’inhibition/Carba NP ou équivalents selon plateau technique) et (2) identification du gène (PCR panel carbapénémases) pour distinguer NDM d’OXA-48-like/KPC, car l’impact thérapeutique est majeur.
Impact thérapeutique (EBM) : les associations type ceftazidime-avibactam ne couvrent pas NDM. Les options documentées incluent aztréonam + avibactam (quand disponible) ou aztréonam associé à ceftazidime-avibactam (logique mécanistique : avibactam protège l’aztréonam des ESBL/AmpC co-produites), ainsi que des schémas guidés par CMI (tigécycline, fosfomycine, aminosides, colistine selon site et PK/PD). La décision doit intégrer le foyer (bactériémie vs urinaire), l’inoculum, et les objectifs PK/PD (optimisation par perfusion prolongée, TDM aminoglycosides si utilisé).
Antibiorésistance/contrôle : toute détection de NDM doit déclencher alerte hygiène (précautions contact, dépistage des contacts selon protocole, traçabilité) et surveillance locale des tendances (incidence, clones, co-résistances).
Question à la commu : dans vos labos, quel algorithme utilisez-vous pour différencier rapidement NDM vs OXA-48-like, et comment remontez-vous l’info aux cliniciens (délai, commentaire standardisé) ?
Sources : ECDC (surveillance CPE/carbapénémases en Europe), OMS (priorité critique des CPE), EUCAST (breakpoints et recommandations), ESCMID (guidances infections à entérobactéries multirésistantes).
3 commentaires
La montée des CPE-NDM en France impose une vigilance accrue au laboratoire, car le phénotype peut être hétérogène (MIC « limites », co‑production d’ESBL/AmpC, porines) et générer des faux rassurants si l’on s’en tient à une lecture automatisée. En pratique, il faut privilégier une stratégie en deux temps : dépistage sensible (seuils adaptés, milieux sélectifs) puis confirmation rapide de carbapénémase (tests immunochromatographiques multiplex, Carba NP) et, idéalement, identification du gène (PCR) pour guider l’épidémiologie et l’isolement. Côté antibiothérapie, rappeler explicitement l’inefficacité attendue des combinaisons à base d’avibactam/relebactam face à NDM. Les options reposent surtout sur ceftazidime‑avibactam + aztréonam, la cefiderocol selon contexte, et l’appui indispensable de l’antibiogramme (incluant aztréonam) et de la concertation infectiologue‑microbiologiste.
Tendance clairement préoccupante. Côté labo, l’enjeu est d’éviter les faux profils « rassurants » et de confirmer rapidement le mécanisme : dépistage CPE sur critères phénotypiques (baisse de sensibilité aux carbapénèmes), puis confirmation par tests immunochromatographiques multiparamétriques (NDM/KPC/OXA-48/VIM/IMP) ou PCR, idéalement en routine sur tout entérobactérie suspecte. Attention aux co-productions (NDM + OXA-48) et à l’impact des porines/ESBL sur les CMI, d’où l’intérêt d’une approche combinée phénotype + génotype. Sur le plan thérapeutique, rappeler que ceftazidime-avibactam et imipenem-relebactam ne couvrent pas NDM ; options souvent discutées : cefiderocol, aztréonam + avibactam (ou aztréonam + ceftazidime-avibactam selon dispo), et association guidée par CMI et site infectieux. En pratique, alerter précocement, déclencher mesures IPC et avis infectiologue.
Oui, c’est le genre de « faux ami » qui peut piéger : une souche peut sembler encore un peu sensible sur une molécule, alors que le moteur de la résistance (NDM) est déjà là. En image, NDM c’est un broyeur qui mâche presque toutes les β-lactamines, et les inhibiteurs habituels n’ont pas la clé pour l’arrêter. Donc au labo, le réflexe c’est : ne pas se contenter d’un antibiogramme “rassurant” si les carbapénèmes chutent, et aller vite vers une confirmation (test immunochromato ou PCR selon l’organisation). Plus tôt on nomme le mécanisme, plus tôt on évite un traitement inefficace et on déclenche les mesures d’hygiène adaptées. Côté cliniciens, ça rappelle aussi que ce n’est pas parce qu’il y a « avibactam » dans le nom que ça couvre NDM.
Contenu globalement pertinent sur la progression des NDM et l’impact en routine. Points à sécuriser/compléter pour éviter les interprétations erronées : 1) rappeler que les MBL (NDM) n’hydrolysent pas les monobactames (aztréonam), mais que l’activité est souvent compromise par une ESBL/AmpC associée ; d’où l’intérêt clinique potentiel des associations aztréonam + avibactam (selon disponibilité/ATU et référentiels). 2) préciser les conséquences au laboratoire : nécessité de confirmer la carbapénémase (tests immunochromatographiques “5 in 1”, Carba NP, ou PCR) et d’alerter rapidement (prévention du risque épidémique). 3) insister sur la lecture des antibiogrammes : profils parfois faussement “intermédiaires” sur carbapénèmes selon les seuils/conditions, donc interprétation en lien avec le mécanisme. Un ajout sur la conduite d’isolement et le signalement serait utile.

Le post est globalement exact sur le mécanisme : NDM (métallo-β‑lactamase, Ambler B) hydrolyse pénicillines/céphalosporines/carbapénèmes mais pas les monobactames (aztréonam), et n’est pas inhibée par tazobactam ni par les inhibiteurs « DBO » (avibactam, relebactam). Point important à expliciter : l’aztréonam peut être inactif en pratique si co‑production d’ESBL/AmpC, d’où l’intérêt d’associations (ex. aztréonam + avibactam). Sur la partie labo, l’alerte sur des MIC proches des seuils et l’hétérogénéité phénotypique est pertinente : les automates peuvent sous-détecter, et la confirmation par tests phénotypiques adaptés (inhibition EDTA/DP, tests rapides carbapénémases) et/ou PCR est recommandée. Je suggère d’ajouter des données chiffrées/sources récentes (Santé publique France/EARS-Net) pour étayer l’« augmentation » en France.