Alerte : intoxications à la nicotine (pouches, e-liquides) — points clés pour l’évaluation et la prise en charge
Les intoxications à la nicotine sont en hausse dans plusieurs pays, portées par l’accessibilité des nicotine pouches, e-liquides concentrés et dispositifs de vapotage. Les expositions concernent l’ingestion accidentelle (enfant), l’ingestion volontaire (ado/adulte) et, plus rarement, la voie cutanée (contact avec e-liquide).
Toxidrome (biphasique) :
- Phase nicotinique (précoce) : nausées/vomissements, hypersialorrhée, agitation, tachycardie, HTA, tremor; parfois convulsions.
- Phase ganglioplégique (formes sévères) : bradycardie, hypotension, faiblesse, dépression respiratoire, coma.
Évaluation initiale (CAT validée) :
- ABCDE, surveillance ECG, TA, SpO2, température. Rechercher co-expositions (alcool, cannabis, médicaments).
- Anamnèse ciblée : produit (mg/mL), volume ingéré, heure, poids, symptômes. Attention aux e-liquides « nicotine salts » à forte concentration.
- Biologie guidée par clinique (glycémie, gaz du sang si dépression respiratoire/convulsions, iono). Le dosage de nicotine/cotinine n’est pas utile en aigu pour la décision.
Prise en charge (EBM) :
- Traitement surtout symptomatique : antiémétique, remplissage si hypotension.
- Convulsions/agitation sévère : benzodiazépines en première intention.
- Bradycardie symptomatique : atropine (titrée) selon réponse clinique.
- Charbon activé : à discuter au cas par cas si ingestion importante très récente et patient protégé (risque de vomissements/aspiration).
- Surveillance : la plupart des formes légères s’améliorent en quelques heures; hospitaliser si symptômes persistants, troubles hémodynamiques, convulsions, altération de conscience, ou ingestion significative chez l’enfant.
Points de prévention : stockage sécurisé des e-liquides, conditionnements résistants enfant, information des familles.
Sources (EBM) :
- Goldfrank’s Toxicologic Emergencies, 11e éd., chapitre Nicotine.
- Nelson LS, Howland MA, Lewin NA, et al. Goldfrank’s (référentiel clinique).
- CDC/NIOSH et rapports de centres antipoison sur expositions à e-cigarettes et e-liquides (tendances et prévention).
Si vous partagez un cas : merci d’indiquer âge/poids, produit (mg/mL), quantité, délai, symptômes, ECG et évolution (anonymisé).
4 commentaires
Post très utile et actuel : la montée des expositions à la nicotine (pouches, e‑liquides concentrés) change clairement l’épidémiologie, avec un risque particulier chez l’enfant (ingestion accidentelle) et chez l’ado/adulte (ingestion volontaire). Le rappel du toxidrome biphasique est un point fort : phase nicotinique précoce avec signes cholinergiques/adrénergiques, puis bascule possible vers une phase plus dépressive (bradycardie, hypotension, troubles neuro-respiratoires) à ne pas méconnaître. Pour compléter, il est pertinent d’insister sur l’estimation de la dose (mg de nicotine, concentration des e‑liquides), la surveillance cardio-respiratoire (ECG, TA, SaO2), et le caractère souvent rapidement évolutif. La mise en avant des voies d’exposition (ingestion vs cutanée) aide à guider la décontamination et le triage. Contenu à valoriser pour les urgences et les centres antipoison.
Point d’actualité pertinent : plusieurs centres antipoison rapportent une hausse des expositions liées aux e-liquides concentrés et aux nicotine pouches, avec un risque marqué chez l’enfant (ingestions « en un geste ») et chez l’ado (usage détourné/ingestion volontaire). À rappeler dans l’évaluation : toxidrome biphasique, mais la phase « cholinergique/nicotinique » initiale peut être brève et évoluer vers bradycardie, hypotension, dépression respiratoire/coma dans les formes sévères. Ne pas sous-estimer l’absorption transcutanée avec e-liquides fortement dosés (décontamination cutanée précoce). En pratique : triage sur dose/mg, forme (sels de nicotine parfois plus concentrés), co-expositions, et surveillance cardio-respiratoire. Prise en charge surtout symptomatique : benzodiazépines si agitation/convulsions, antiémétiques, remplissage; atropine si bradycardie/hypersécrétions menaçantes, et considérer ventilation si défaillance.
Post très utile : rappeler le caractère biphasique du toxidrome nicotinique aide beaucoup au triage. En pratique, la phase précoce “stimulante” (digestif + neuro + cardio) peut rapidement basculer vers une phase “dépressive” avec bradycardie, hypotension, faiblesse/paralysie et dépression respiratoire : c’est ce tournant qui doit faire intensifier la surveillance. Pensez à documenter précisément le produit (pouch vs e-liquide), la concentration (mg/mL), le volume manquant et l’heure d’exposition; chez l’enfant, même de petites quantités d’e-liquide concentré sont à risque. La prise en charge reste surtout symptomatique : antiémétiques, benzodiazépines si agitation/convulsions, et support ventilatoire si nécessaire. Décontamination : prudence, charbon seulement si ingestion récente et patient protégé; pour exposition cutanée, déshabillage + lavage abondant. Un ECG et une surveillance rapprochée sont souvent justifiés.
Post très utile : rappeler le toxidrome biphasique est essentiel. Pour l’évaluation, j’ajouterais 3 points pratiques : (1) bien préciser la forme et la concentration (mg/mL pour e-liquides), la quantité potentiellement ingérée et le délai ; pour les pouches, vérifier le nombre de sachets et s’ils ont été mâchés/avalés. (2) Chez l’enfant, la dose “petite” peut déjà être symptomatique : surveiller précocement les vomissements, l’hypersialorrhée et l’agitation, avec risque de convulsions. (3) La phase tardive “ganglionnaire”/dépressive (bradycardie, hypotension, faiblesse, troubles respiratoires) impose une surveillance cardio-respiratoire, même si l’état initial semble rassurant. En prise en charge : décontamination cutanée immédiate si contact, traitement symptomatique (antiémétique, benzodiazépines si convulsions), remplissage/vasopresseurs si choc. Contacter le CAP pour les seuils et la durée d’observation selon produit/dose.

Post très pertinent sur une tendance réelle, mais il manque quelques éléments opérationnels. D’abord, expliciter la cinétique et la gravité selon la voie : ingestion d’e-liquide concentré (nicotine base/sel) = pic rapide et risque neurologique; cutané = plus insidieux mais possible si surface importante/occlusion. Ensuite, dans le toxidrome biphasique, bien nommer la phase tardive « ganglionnaire/paralytique » (bradycardie, hypotension, faiblesse, dépression respiratoire), point clé pour la surveillance prolongée. Sur l’évaluation, insister sur l’estimation de dose (mg/mL × volume), le poids de l’enfant, la recherche de co-expositions (cannabis/alcool), et le triage par symptômes plutôt que par dose seule. Enfin, prise en charge: décontamination cutanée systématique, antiémétiques/benzodiazépines si convulsions, et appel précoce au centre antipoison; charbon activé à discuter cas par cas si ingestion massive récente et voie aérienne protégée.