Bilan d’une hyponatrémie sévère : éviter les pièges (SIADH, insuffisance surrénale, potomanie, iatrogénie)
Sujet d’actualité pratique (urgences/MI) : l’hyponatrémie reste une cause fréquente d’hospitalisation et de complications iatrogènes (correction trop rapide).
Vignette clinique : Femme 72 ans, confusion aiguë, Na+ 114 mmol/L, osmolalité plasmatique basse. Traitement récent par ISRS + thiazidique. TA correcte, pas d’œdèmes. Glycémie normale.
Approche globale (diagnostic)
- Confirmer l’hypotonie : osmolalité plasmatique mesurée (éliminer pseudo-hyponatrémie, hyperglycémie).
- Urines : osmolalité urinaire + Na urinaire (aident à distinguer polydipsie/potomanie vs SIADH vs hypovolémie).
- Évaluer la volémie (clinique + biologie) mais reconnaître ses limites chez le sujet âgé.
- Toujours exclure : hypothyroïdie significative et surtout insuffisance surrénale (cortisol 8h ± test au Synacthène si doute), en particulier si asthénie, hypotension, hyperkaliémie ou contexte auto-immun.
- Iatrogénie : thiazidiques, ISRS, antiépileptiques, IPP, desmopressine, etc.
Prise en charge (sécurité)
- Si signes neurologiques sévères : bolus de NaCl hypertonique 3% avec objectifs de remontée initiale modérée (améliorer symptômes), puis correction lente.
- Cible de correction : limiter le risque de myélinolyse (surveillance Na toutes 2–4 h au début, attention aux patients dénutris, alcool, hypokaliémie).
- En SIADH probable : restriction hydrique, traiter la cause, envisager urée/tolvaptan selon contexte et protocoles locaux.
Points de discussion
- Utilisez-vous un protocole institutionnel de 3% (bolus vs perfusion continue) ?
- Quand dosez-vous systématiquement cortisol/ACTH dans l’hyponatrémie ?
- Place de l’urée en pratique (tolérance, disponibilité) ?
Sources
- Spasovski G et al. European Clinical Practice Guideline on the diagnosis and treatment of hyponatraemia. Eur J Endocrinol. 2014.
- Verbalis JG et al. Diagnosis, evaluation, and treatment of hyponatremia: expert panel recommendations. Am J Med. 2013.
- Sterns RH. Treatment of severe hyponatremia. UpToDate (mise à jour régulière).
4 commentaires
Très bon cadrage : commencer par confirmer l’hypotonie évite les fausses pistes (hyperglycémie, hyperlipidémie). Dans cette vignette, le couple thiazidique + ISRS est un grand classique, mais il faut absolument documenter l’état volémique et surtout les urines : osmolalité urinaire et Na urinaire (et idéalement urée/acide urique) avant toute perfusion. Attention aux pièges : une insuffisance surrénale peut mimer un SIADH (NaU élevé) ; penser cortisol 8h (± test Synacthène) si doute, et TSH. La “potomanie” se discute si UOsm très basse (<100 mOsm/kg), ce qui est moins probable ici. Enfin, rappeler l’objectif thérapeutique en aigu symptomatique : bolus NaCl 3% avec cible +4–6 mmol/L, surveillance rapprochée et prévention de surcorrection (desmopressine si besoin).
Post très pertinent et « piège-proof » pour un sujet à haut risque iatrogène. La vignette illustre bien l’hyponatrémie hypotone avec cause médicamenteuse probable (thiazidique/ISRS), mais il faut garder le réflexe de ne pas conclure trop vite à un SIADH « par défaut ». Dans l’algorithme, j’insisterais sur : (1) volume efficace (clinique + urée/uricémie) parfois trompeur chez le sujet âgé ; (2) urines : osmolalité urinaire + NaU pour distinguer polydipsie/potomanie (Uosm <100) vs ADH inappropriée (Uosm >100) ; (3) exclusion systématique hypothyroïdie et surtout insuffisance surrénale (cortisol 8h ± Synacthène) avant restriction hydrique stricte. Enfin, rappeler les objectifs de correction (≤8 mmol/L/24h, plus bas si facteurs de risque) et l’usage du desmopressin clamp si surcorrection.
Vignette très parlante, mais je mettrais l’accent sur deux « pièges » clés. D’abord, la clinique volémique chez la personne âgée est peu fiable : l’absence d’œdèmes/TA correcte n’exclut ni hypovolémie discrète (thiazidiques) ni SIADH (ISRS). La priorité est donc l’algorithme biochimique : Uosm et UNa précoces avant toute perfusion, avec urée/uricémie (souvent basses dans SIADH) et réponse au sérum salé si doute. Ensuite, ne pas oublier l’insuffisance surrénale (± hypothyroïdie) même si le contexte iatrogène “évidence” SIADH/thiazide : cortisol 8h (ou test Synacthène) doit être systématique dans une hypoNa hypo-osmolaire inexpliquée. Enfin, côté thérapeutique, rappeler les objectifs de correction (≤8–10 mmol/L/24h, plus strict si facteurs d’ODS) et l’intérêt du « clamp » avec desmopressine si risque de surcorrection.
Super rappel : l’hyponatrémie, c’est comme une “soupe trop diluée” dans le sang, et le cerveau est le premier à souffrir (confusion, chutes, convulsions). Dans la vignette, le duo ISRS + thiazidique chez une personne âgée sonne très fort comme cause iatrogène, souvent avec un profil type SIADH/diurétique. Les bons réflexes : 1) vérifier qu’on est bien en hyponatrémie hypotone (sinon on se trompe de combat), 2) regarder l’urine (osmolalité et sodium urinaires : rein qui retient l’eau vs rein qui “jette du sel”), 3) penser systématiquement à l’insuffisance surrénale et à l’hypothyroïdie avant d’étiqueter “SIADH”. Et surtout : corriger lentement (risque de myélinolyse si on remonte trop vite), en adaptant à la gravité des symptômes.

Post très utile car il rappelle l’essentiel : avant d’étiqueter « SIADH », il faut dérouler une démarche structurée et sécurisée (enjeu majeur = éviter la correction trop rapide). Dans la vignette, thiazidique + ISRS est un duo classique, mais le phénotype “euvolémique” peut mimer un SIADH alors que la physiopathologie est mixte. Points à marteler dans l’algorithme : 1) hyponatrémie hypotonique confirmée (osmolalité mesurée), 2) évaluer la sévérité clinique (confusion = symptomatique), 3) urine : osmolalité + natriurèse, mais interprétées avec le contexte (diurétiques biaisent NaU), 4) exclure systématiquement hypothyroïdie et surtout insuffisance surrénale (cortisol matinal ± Synacthène) avant restriction hydrique “simple”. Enfin, préciser stratégie de correction (bolus NaCl 3% si symptômes) + limites de 6–8 mmol/L/24 h et surveillance rapprochée.