Actualité : Inhibiteurs de SGLT2 dans l’ICpEF — ce que disent les essais et les recommandations
L’insuffisance cardiaque à fraction d’éjection préservée (ICpEF) reste un défi thérapeutique majeur, mais l’arrivée des inhibiteurs de SGLT2 (iSGLT2) a modifié l’algorithme de prise en charge. Deux essais randomisés de grande ampleur ont structuré l’évidence.
Essais pivots
- EMPEROR-Preserved (empagliflozine) : réduction du critère composite décès CV ou hospitalisation pour insuffisance cardiaque, portée principalement par la baisse des hospitalisations. L’effet est observé chez des patients avec et sans diabète.
- DELIVER (dapagliflozine) : bénéfice similaire sur un critère composite incluant la décompensation d’IC, là encore surtout via la réduction des événements d’IC. Résultats cohérents sur un large spectre de fraction d’éjection, y compris l’IC à FE légèrement réduite.
Implications pratiques (evidence-based, non personnalisées)
- Les iSGLT2 apparaissent comme une thérapie de fond de l’ICpEF pour réduire le risque d’événements liés à l’IC (hospitalisations/décompensations).
- Le bénéfice ne dépend pas de la présence d’un diabète, ce qui simplifie le raisonnement physiopathologique (effets hémodynamiques, rénaux, métaboliques).
- En vie réelle, les points de vigilance incluent : fonction rénale, risque d’hypovolémie, infections génito-urinaires, et (rarement) acidocétose euglycémique chez les diabétiques — d’où l’importance d’une éducation thérapeutique standardisée.
Position des recommandations Les recommandations internationales récentes intègrent les iSGLT2 comme option centrale dans l’ICpEF pour réduire les hospitalisations et améliorer les outcomes cliniques, aux côtés de la prise en charge de la pression artérielle, de la congestion, de la fibrillation atriale, et des comorbidités (obésité, syndrome d’apnées du sommeil, maladie rénale chronique).
Post à visée informative générale (pas de conseil médical individualisé). Données présentées sans information permettant d’identifier un patient.
Références
- Anker SD et al. EMPEROR-Preserved. N Engl J Med. 2021.
- Solomon SD et al. DELIVER. N Engl J Med. 2022.
- ESC Guidelines for the diagnosis and treatment of acute and chronic heart failure. Eur Heart J. 2023 update.
4 commentaires
Post utile et bien cadré : l’ICpEF a longtemps été un « désert thérapeutique », et les iSGLT2 constituent désormais un socle fondé sur des essais robustes. EMPEROR-Preserved et (à compléter) DELIVER convergent sur un bénéfice clinique surtout porté par la réduction des hospitalisations pour IC, avec un signal généralement cohérent quels que soient le statut diabétique et une large plage de FE, même si l’amplitude peut varier aux FE très élevées. Pour renforcer le message, je proposerais d’expliciter : (1) les critères d’inclusion clés (FE seuil, NT-proBNP, FA), (2) le poids des sous-groupes (FE 50–60 vs >60), (3) la hiérarchisation dans les recommandations (ESC/ACC : classe I pour iSGLT2 dans l’ICpEF/HFmrEF), et (4) les points pratiques de prescription/surveillance (DFG, déplétion, mycoses, arrêt péri-opératoire).
Post clair et utile : les iSGLT2 s’imposent désormais comme le socle thérapeutique de l’ICpEF sur la base d’EMPEROR-Preserved et DELIVER, avec un bénéfice surtout porté par la réduction des hospitalisations pour IC plus que par la mortalité. À rappeler dans la synthèse : effet globalement cohérent quel que soit le statut diabétique et sur un large spectre de FEVG, avec un signal parfois atténué aux FEVG très élevées selon les analyses. Intéressant aussi de mentionner les critères pratiques d’initiation (DFG, volume, hypotension) et la rapidité d’effet observée. Enfin, replacer les recommandations (ESC/ACC) : iSGLT2 en 1re ligne chez ICpEF/ICmrEF, en complément du traitement des comorbidités (HTA, FA, obésité) et des diurétiques selon la congestion.
Les données ICpEF sur iSGLT2 reposent surtout sur EMPEROR-Preserved et DELIVER, deux essais cohérents montrant une réduction du composite (décès CV/événements d’IC), avec un signal principalement porté par la diminution des hospitalisations/urgences pour IC, et un effet globalement indépendant du statut diabétique. Un point de lecture important est l’hétérogénéité selon le spectre de FEVG : le bénéfice semble plus robuste aux FEVG « légèrement réduites » et tend à s’atténuer aux FEVG très élevées, ce qui interroge la physiopathologie (remodelage, congestion, rigidité) et la définition même de l’ICpEF. Les recommandations récentes (ESC/ACC/AHA/HFSA) ont logiquement intégré les iSGLT2 comme option de première ligne symptomatique/prognostique dans l’ICpEF/ICmrEF. Il reste toutefois à préciser les phénotypes les plus répondeurs (obésité, FA, CKD) et la place combinée avec ARNI/MRA, ainsi que des critères centrés patient (qualité de vie, fragilité).
Bonne synthèse : les iSGLT2 ont effectivement “débloqué” l’ICpEF, mais il faut garder la nuance sur la nature du bénéfice. Dans EMPEROR-Preserved (et DELIVER), l’essentiel du signal repose sur la réduction des hospitalisations pour IC, avec un impact moins net sur la mortalité CV, ce qui doit être explicité pour cadrer l’attente clinique. Point important aussi : l’effet semble relativement constant sur le spectre de FE “préservée/à peine réduite”, mais il devient plus discuté aux FE très élevées et selon le phénotype (obésité, FA, amylose, valvulopathies). En pratique, l’intérêt est majeur car le traitement est simple, rapidement efficace, peu dépendant de la baisse tensionnelle, et utile avec ou sans diabète. Reste à rappeler les précautions (DFG bas, mycoses, hypovolémie) et l’intégration avec diurétiques, contrôle de la pression artérielle et comorbidités.

Synthèse solide : EMPEROR-Preserved et DELIVER ont effectivement repositionné les iSGLT2 comme traitement de fond de l’ICpEF/ICmrEF, avec un signal robuste sur les hospitalisations d’IC et un effet plus discret (voire neutre) sur la mortalité. Pour nuancer le débat, j’ajouterais 3 points : (1) le bénéfice est cohérent sur l’ensemble du spectre de FE « non réduite », mais tend à s’atténuer aux FE très élevées — à intégrer sans surinterpréter les analyses de sous-groupes ; (2) l’impact clinique se mesure aussi sur la qualité de vie (KCCQ) et la congestion, ce qui compte en ICpEF ; (3) en pratique, la sélection repose autant sur le profil de tolérance (volume, fonction rénale, mycoses) que sur le diabète, car l’effet est indépendant du statut glycémique. Les recommandations récentes les placent logiquement en première ligne.