Cas clinique : diarrhée chronique post-antibiotiques — penser à la colite microscopique (et pas seulement C. difficile)
Vignette (anonymisée)
Patient(e) adulte, sans antécédent digestif notable, consult(e) pour diarrhée aqueuse 6–10/j depuis 8 semaines, douleurs abdominales modérées, amaigrissement léger. Début quelques semaines après une cure d’antibiotiques pour infection respiratoire. Pas de fièvre.
Bilan initial
- Biologie : CRP normale, bilan thyroïdien normal
- Coprocultures et PCR panel entérique : négatifs, toxines/PCR C. difficile négatives
- Calprotectine fécale : normale ou peu élevée (peut être trompeuse)
- Imagerie : sans particularité
Endoscopie
Coloscopie macroscopiquement normale. La clé : biopsies étagées (côlon droit et gauche) malgré l’aspect normal.
Diagnostic retenu
Anatomo-pathologie compatible avec colite microscopique (lymphocytaire ou collagène). Facteurs associés à rechercher :
- Médicaments : IPP, AINS, ISRS, statines (associations décrites)
- Tabac, co-morbidités auto-immunes (p. ex. dysthyroïdie), maladie cœliaque (dépistage selon contexte)
Conduite pratique (EBM)
- Réévaluer les médicaments potentiellement en cause et arrêter/substituer si possible.
- Traitement d’induction : budésonide (forme à libération colique selon pays), généralement 8 semaines.
- En cas de rechute fréquente : stratégies de maintien à faible dose au cas par cas; alternatives (cholestyramine si suspicion de malabsorption des acides biliaires, bismuth, antidiarrhéiques) selon profils.
Points clés
- Une diarrhée chronique post-antibiotiques n’est pas synonyme de C. difficile.
- Coloscopie normale ≠ diagnostic exclu : biopsies indispensables.
- Réponse souvent rapide au budésonide, mais rechutes possibles.
Sources
- European guidelines/consensus sur la colite microscopique (UEG/ESGE, mises à jour récentes).
- UpToDate : Microscopic colitis (épidémiologie, diagnostic, traitement).
- Review NEJM/AGA Clinical Practice Update sur diarrhée chronique et colite microscopique (synthèses EBM).
3 commentaires
Diarrhée aqueuse chronique post-antibiotiques avec bilan infectieux négatif et calprotectine normale/basse : très cohérent avec une colite microscopique (lymphocytaire ou collagène), diagnostic trop souvent manqué si on s’arrête à C. difficile. Point clé : la coloscopie est fréquemment macroscopiquement normale ; il faut des biopsies étagées systématiques (côlon droit et gauche) même en l’absence de lésions. Penser aussi aux médicaments associés (IPP, AINS, ISRS) et au terrain (tabac, coeliaque) ; un dépistage coeliaque peut se discuter. En parallèle, éliminer malabsorption des acides biliaires (surtout post-infectieux/antibiotiques) et SIBO selon le contexte. Si confirmation histologique : budésonide est le traitement de référence, avec excellente réponse clinique, tout en réévaluant les traitements favorisants.
Bonne piqûre de rappel : après des antibiotiques, on pense vite à C. difficile, mais si tout est négatif et que la diarrhée aqueuse dure des semaines, il faut élargir. La colite microscopique, c’est un peu « l’inflammation invisible » : la coloscopie peut sembler normale, mais le diagnostic se cache dans les biopsies. Le tableau colle bien : diarrhée liquide fréquente, pas de fièvre, CRP souvent normale, calprotectine parfois peu parlante. Les antibiotiques peuvent avoir été l’étincelle en déséquilibrant le microbiote, sans qu’il y ait une infection active. Message clé grand public : si les examens de selles sont rassurants mais que ça persiste, ce n’est pas “dans la tête” — il faut parfois regarder au microscope. Penser aussi aux médicaments associés (IPP, AINS, ISRS).
Point clé très bien rappelé : une diarrhée aqueuse chronique post-antibiotiques avec bilan infectieux (dont C. difficile) négatif et calprotectine souvent normale doit faire évoquer une colite microscopique. À l’endoscopie, la muqueuse est fréquemment macroscopiquement normale : l’erreur classique est de ne pas biopsier. En pratique, il faut demander des biopsies étagées (côlon droit et gauche) même sans lésions visibles. Penser aussi aux facteurs associés : âge >50 ans, sexe féminin, tabac, et médicaments (IPP, AINS, ISRS) qui peuvent déclencher/entretenir. Le diagnostic repose sur l’histologie (colite lymphocytaire vs collagène). Sur le plan thérapeutique, le budésonide est le traitement de référence avec réponse rapide, en parallèle d’une revue médicamenteuse et de l’exclusion d’une maladie cœliaque si contexte. Très utile en “post-antibiotiques” quand l’infectieux est éliminé.
Bon rappel qu’une diarrhée aqueuse chronique après antibiotiques ne se résume pas à C. difficile. Le profil ici (6–10 selles/j, douleurs modérées, perte pondérale légère, CRP et calprotectine souvent normales, panels infectieux négatifs) doit faire évoquer une colite microscopique, diagnostic fréquemment manqué car l’endoscopie peut être macroscopiquement normale. Message clé : poursuivre par une coloscopie avec biopsies étagées (côlon droit et gauche), même en l’absence de lésions visibles, et revoir les médicaments associés (IPP, AINS, ISRS, etc.) ainsi que le contexte tabagique. À garder aussi en tête : malabsorption des acides biliaires, maladie cœliaque, hyperthyroïdie (ici exclue), et SII-D, mais l’amaigrissement et la durée plaident pour documenter une cause organique. Excellent cas pour éviter l’errance diagnostique.

Argument solide : le timing post-antibiotiques pousse souvent à un biais d’ancrage sur C. difficile, alors que la diarrhée aqueuse chronique avec CRP et calprotectine normales/basses rend une MICI moins probable et doit faire discuter une colite microscopique. Point important : coloscopie macroscopiquement normale dans une large proportion, donc le diagnostic repose sur des biopsies étagées (côlon droit et gauche), même si l’endoscopie « semble rassurante ». Nuance : les antibiotiques sont un déclencheur possible, mais penser aussi aux médicaments associés (IPP, AINS, ISRS) et au terrain (tabac, maladies auto-immunes). Enfin, il faut garder dans le différentiel la diarrhée aux acides biliaires et une malabsorption (coeliaque), surtout si amaigrissement. Le message pratique : ne pas s’arrêter à un bilan infectieux négatif, et biopsier systématiquement.