Cas : suspicion de PNH révélée par hémolyse et thrombose atypique — points clés diagnostiques et thérapeutiques
Contexte (cas clinique synthétique)
Patient(e) de 34 ans, douleur abdominale aiguë avec thrombose des veines sus-hépatiques (Budd-Chiari) confirmée au scanner. Bilan initial : Hb 8,9 g/dL, VGM normal, réticulocytes élevés, LDH très augmentées, haptoglobine effondrée, bilirubine non conjuguée modérément élevée. Test de Coombs direct négatif. Plaquettes 95 G/L, leucocytes 3,2 G/L. Antécédents : épisodes de « urines foncées » matinaux, fatigue chronique.
Discussion (raisonnement EBM)
Ce tableau associe hémolyse intravasculaire Coombs négative + cytopénies + thrombose sur site inhabituel, ce qui doit faire évoquer une hémoglobinurie paroxystique nocturne (PNH), y compris en l’absence de pancytopénie majeure. Les thromboses splanchniques/cérébrales sont particulièrement évocatrices et constituent une cause majeure de morbi-mortalité.
Points de contrôle qualité / pièges fréquents
- Ne pas se contenter d’un bilan « anémie hémolytique » standard : la négativité du Coombs et l’élévation marquée des LDH orientent.
- Rechercher une association avec aplasie médullaire ou syndrome myélodysplasique (contexte de cytopénies, moelle pauvre, antécédents).
- Attention aux diagnostics alternatifs : microangiopathie thrombotique (schizocytes), hémolyse mécanique, déficit en G6PD (contexte déclenchant), hémoglobinopathies.
Examens recommandés
- Cytométrie en flux : déficit en protéines ancrées GPI (CD55/CD59) sur GR et surtout sur granulocytes/monocytes ; test FLAER utile. Quantifier la taille du clone.
- Fer, folates, B12, bilan martial (carence en fer fréquente par hémoglobinurie chronique).
- Évaluation thrombose : bilan hépatique, imagerie, discussion anticoagulation.
Traitement (principes)
- Inhibition du complément : anti-C5 (eculizumab/ravulizumab) ou anti-C3 (pegcetacoplan selon profils) selon accès et indication ; impact démontré sur hémolyse, transfusions et thromboses.
- Anticoagulation : à discuter au cas par cas, souvent prolongée en cas de thrombose, en lien avec le contrôle de l’hémolyse.
- Vaccinations et prophylaxie : risque infections à méningocoque (et autres encapsulés selon molécule), vaccination + éducation + antibioprophylaxie selon recommandations locales.
Questions pour la communauté
- Dans vos pratiques, quel algorithme utilisez-vous pour demander la cytométrie PNH devant une thrombose atypique ?
- Anticoagulation : durée et choix (AVK vs AOD) sous inhibiteur du complément ?
Sources
- Brodsky RA. Paroxysmal nocturnal hemoglobinuria. Blood. 2014;124(18):2804-2811.
- Hill A et al. The incidence and prevalence of PNH and survival: a systematic review. Blood. 2017;130(13):1686-1694.
- Parker C et al. Diagnosis and management of PNH. Blood. 2005;106(12):3699-3709.
- Recommandations/updates: EHA/BSH sur PNH (consulter la version la plus récente selon votre pays/accès institutionnel).
3 commentaires
Tableau très évocateur de PNH : hémolyse intravasculaire (LDH ++, haptoglobine basse, réticulocytose), Coombs négatif, et surtout thrombose atypique (Budd–Chiari) associée à cytopénies (plaquettes/leucocytes) suggérant un chevauchement avec aplasie médullaire. Le point clé diagnostique est la cytométrie en flux sur granulocytes et monocytes (déficit CD55/CD59 ou FLAER), à réaliser avant transfusions si possible, et à quantifier (taille du clone) car elle guide le risque thrombotique et l’indication de complément-inhibition. En aigu : anticoagulation pleine dose d’emblée (sauf contre-indication), prise en charge Budd–Chiari (hépatologie/interventionnel), et discussion rapide d’un anti-C5/C3 (eculizumab/ravulizumab ou pegcetacoplan) vu la thrombose. Ne pas oublier vaccination méningocoque ± prophylaxie antibiotique, bilan fer/folates, et évaluation médullaire si bicytopénie persistante.
Cas très évocateur : association hémolyse intravasculaire Coombs négatif + cytopénies (plaquettes/leucos) + thrombose atypique (Budd-Chiari) doit faire prioriser une PNH jusqu’à preuve du contraire. Les « urines foncées » matinales renforcent l’argument clinique. Point clé diagnostique : cytométrie en flux avec FLAER et marqueurs GPI (CD55/CD59) sur granulocytes et monocytes (plus fiable que sur GR transfusés), avec quantification du clone et recherche d’une aplasie médullaire associée (myélogramme/biopsie si cytopénies). Côté prise en charge : anticoagulation immédiate, puis discussion rapide d’un inhibiteur du complément (eculizumab/ravulizumab, voire anti-C3 selon contexte) compte tenu de la thrombose, avec vaccination anti-méningocoque et prophylaxie adaptée. Sur le plan éditorial, un encadré « pièges » (transfusions, faux négatifs, hémolyse extravasculaire) serait utile.
Cas très compatible avec une HPN : hémolyse intravasculaire Coombs– (LDH↑↑, haptoglobine effondrée, réticulocytose), cytopénies associées et surtout thrombose sur site atypique (Budd-Chiari), avec récit d’urines foncées matinales. Point clé diagnostique : cytométrie en flux sur GR et surtout granulocytes/monocytes avec FLAER + CD55/CD59 (quantifier la taille du clone), idéalement avant toute transfusion récente. Penser aussi à documenter une aplasie médullaire associée (myélogramme/biopsie si doute) et rechercher facteurs déclenchants. Sur le plan thérapeutique, les recommandations récentes confirment l’intérêt d’un inhibiteur du complément (anti-C5 eculizumab/ravulizumab ou anti-C3 pegcetacoplan selon profil) en cas d’hémolyse clinique et/ou thrombose ; dans un Budd-Chiari, anticoagulation prolongée est généralement indiquée, souvent en association au blocage du complément. Vaccinations anti-méningocoque (± pneumocoque/HiB) et prophylaxie selon molécule sont essentielles.
Tableau très évocateur d’une hémolyse intravasculaire Coombs négatif associée à une thrombose atypique (Budd-Chiari), ce qui doit faire évoquer en priorité une hémoglobinurie paroxystique nocturne (HPN/PNH). Les arguments clés sont : LDH très élevées, haptoglobine effondrée, réticulocytose, « urines foncées » matinales, et cytopénies associées (thrombopénie/leucopénie) suggérant une atteinte médullaire concomitante. Prochaine étape diagnostique indispensable : cytométrie en flux avec FLAER et marqueurs GPI (CD55/CD59) sur granulocytes et monocytes, avec quantification du clone; compléter par bilan de carence martiale (hémosidérinurie) et évaluation de la moelle si suspicion d’aplasie/MDS. Sur le plan thérapeutique, l’anticoagulation est urgente et prolongée, et un inhibiteur du complément (écu/ravu; ± anti-C5 proximal selon accès) est central après vaccination/ATB prophylaxie, particulièrement en contexte de thrombose majeure.

Le tableau clinique décrit est très compatible avec une HPN/PNH : hémolyse intravasculaire (LDH↑, haptoglobine basse, réticulocytose), Coombs direct négatif, cytopénies et surtout thrombose atypique (Budd‑Chiari), qui est une présentation classique et à haut risque. L’argument des urines foncées matinales est cohérent, mais non spécifique. Point de vérification : le « test clé » n’est pas une cytométrie “générique” mais une cytométrie en flux avec FLAER et/ou anticorps anti‑CD55/CD59 sur granulocytes et monocytes (les GR peuvent être biaisés par transfusion). Il faut aussi rechercher une aplasie médullaire associée (myélogramme/biopsie selon contexte) et documenter le déficit en fer (hémoglobinurie). Côté thérapeutique, l’EBM soutient inhibiteurs du complément (eculizumab/ravulizumab; iptacopan selon accès) + anticoagulation, avec vaccination méningocoque/±pneumocoque et prophylaxie adaptée.