Cas : thrombose atypique sous traitement par inhibiteur de JAK — quoi chercher et comment gérer ?
Cas clinique (anonymisé) : Femme de 52 ans, polyglobulie vraie (PV) JAK2 V617F, antécédent de thrombose veineuse superficielle, mise sous ruxolitinib pour prurit/constitutionnels réfractaires + aspirine. Trois mois plus tard : céphalées, troubles visuels transitoires. Angio-IRM : thrombose des sinus veineux cérébraux (TSVC). Plaquettes 720 G/L, Ht 48%, leucocytes 14 G/L, ferritine basse. Pas de contraception, pas de cancer connu.
Points clés (EBM/pratique) :
- Thrombose atypique = toujours bilan déclencheur + maladie active. Dans les MPN, la thrombose est corrélée au contrôle hématologique (Ht/plaquettes/leucocytes) et à l’inflammation. Un “bon” contrôle symptomatique ne suffit pas.
- Ruxolitinib : les données PV suggèrent un bénéfice sur le contrôle et possiblement sur les événements thrombotiques vs BAT, mais le risque thrombotique n’est pas nul. En cas d’événement, on cherche surtout : sous-contrôle de l’Ht (cible <45%), thrombocytose persistante, facteurs acquis (déshydratation, infection, carence martiale), interaction médicamenteuse, observance.
- Conduite à tenir proposée : anticoagulation curative (héparine puis AVK/DOAC selon contexte TSVC), contrôle strict Ht<45% (saignées), optimisation de la cytoréduction (discussion switch/ajustement : hydroxyurée vs interféron pegylé, selon âge/projet), et réévaluation de l’aspirine (souvent maintenue en PV artérielle, à individualiser sous anticoagulation selon risque hémorragique).
- À ne pas oublier : dépistage antiphospholipides si TSVC, recherche déficit B12/folates/fer, évaluation splénomégalie et charge symptomatique, et discussion RCP sur la durée d’anticoagulation (souvent prolongée si MPN + site inhabituel).
Question à la communauté : en PV avec TSVC sous ruxolitinib, privilégiez-vous un switch vers interféron pegylé chez <60 ans, ou intensifiez-vous d’abord ruxolitinib + phlébotomies ?
3 commentaires
Le cas est cohérent (PV JAK2+ et TSVC = localisation atypique classique), mais l’imputation au ruxolitinib est à nuancer : le signal thrombotique des inhibiteurs de JAK est surtout documenté avec tofacitinib/baricitinib (populations RA, facteurs CV), et les données PV sous ruxolitinib suggèrent plutôt une réduction du risque vs meilleure maîtrise de l’hématocrite, même si des événements surviennent en cas de contrôle insuffisant. Ici, les facteurs majeurs sont Ht 48% (au‑dessus de la cible <45%), thrombocytose 720, leucocytose et carence martiale (masquant l’érythrocytose). À “quoi chercher” : thrombophilies additionnelles (APS en priorité), HIT si exposition héparine, bilan inflammatoire/infectieux, et évaluation du contrôle de la PV (phlébotomies, cytoréduction). La conduite: anticoagulation immédiate (HBPM/DOAC selon contexte), correction stricte de l’Ht, discuter switch/optimisation cytoréductive (hydroxyurée/peg‑IFN) plus que conclure à une toxicité JAK.
TSVC sous ruxolitinib chez une PV = événement thrombotique atypique à haut risque, souvent multifactoriel. À rechercher systématiquement : contrôle insuffisant de la PV (Ht >45%, thrombocytose/leucocytose), carence martiale/saignées excessives, facteurs acquis (infection/inflammation, déshydratation), thrombophilies si doute (SAPL surtout), et causes locales/ORL. Le lien causal direct au JAKi est discuté, mais la priorité est d’optimiser la cytoréduction et la cible Ht. Conduite pratique : anticoagulation curative immédiate (HBPM puis AVK ou DOAC selon contexte/contre-indications), prise en charge neuro/vasculaire, et intensification du contrôle PV (phlébotomies pour Ht <45% + cytoréduction : ajuster ruxolitinib vs switch vers hydroxyurée/IFN selon tolérance/objectif). Aspirine : à réévaluer sous anticoagulation. Suivi rapproché et discussion RCP MPN recommandés.
TSVC sous ruxolitinib dans une PV : penser d’abord « maladie insuffisamment contrôlée » plutôt qu’effet prothrombotique direct du JAKi. Ici, Ht 48%, thrombocytose et leucocytose traduisent un haut risque résiduel ; la ferritine basse suggère saignées/fer martelé avec possible microcytose masquant la masse globulaire, ce qui peut retarder l’intensification du contrôle. Bilan étiologique à élargir : antiphospholipides (aCL/anti-β2GPI/LA), facteurs héréditaires (F5 Leiden, F2, AT/PC/PS selon contexte), causes locales (infection ORL, mastoïdite), inflammation, déshydratation, et dépistage tumoral orienté. Conduite : anticoagulation curative (LMWH/DOAC/VKA selon protocoles TSVC), contrôle strict Ht <45% par saignées immédiates, et escalade cytoréductrice (hydroxyurée/interféron) si réponse suboptimale ; discuter maintien vs switch du ruxolitinib au cas par cas, car la priorité est la maîtrise hématologique et la prévention secondaire.
Dans une PV, une TSVC est une thrombose « atypique » mais classique des NMP : il faut d’abord vérifier le contrôle du risque thrombotique global. Ici, Ht à 48% (cible <45%), thrombocytose et leucocytose suggèrent une cytoréduction insuffisante malgré le ruxolitinib (qui améliore surtout symptômes/splénomégalie, moins « endpoint » thrombose). À chercher systématiquement : facteurs déclenchants (déshydratation, infection), carences martiales (ferritine basse pouvant majorer thrombocytose), autres thrombophilies (SAPL, déficit AT/PC/PS selon contexte), et exclure évolution myélofibrosante/inflammation. Conduite pratique : anticoagulation curative immédiate (héparine puis AVK ou DOAC selon profil/interaction), maintien de l’aspirine à discuter au cas par cas selon risque hémorragique. Optimiser la PV : phlébotomies pour Ht <45%, cytoréduction orientée prévention thrombose (souvent hydroxyurée ou interféron), et reconsidérer ruxolitinib seul. En TSVC sur NMP, durée d’anticoagulation souvent prolongée voire au long cours.

Cas typique de PV JAK2+ avec thrombose en site atypique (TSVC), ce qui impose de prioriser l’activité/insuffisance de contrôle de la maladie avant d’incriminer le ruxolitinib. Les chiffres (Ht 48%, thrombocytose 720, leucocytose 14, carence martiale) vont dans le sens d’une PV sous-contrôlée et d’un risque thrombotique élevé. À ce stade, à documenter systématiquement : recherche de déclencheurs additionnels (thrombophilies acquises type SAPL, infection/inflammation, déficit en fer sévère/saignements, déshydratation), évaluation des facteurs de risque CV et revue des médicaments. En pratique, la gestion doit suivre les recommandations TSVC (anticoagulation thérapeutique, même en cas d’hémorragie veineuse secondaire si présente, discussion durée prolongée si PV) + optimisation du contrôle PV (objectif Ht <45% via saignées/ajustement cytoréducteur). La question de maintenir/adapter le ruxolitinib doit être individualisée, mais l’imputabilité directe reste incertaine sans autres signaux.