Cas complexe : dyspnée aiguë + eosinophilie après AINS — penser au syndrome DRESS et myocardite associée
Patient de 52 ans, sans antécédents notables, consulte pour dyspnée progressive en 5 jours, fébricule et asthénie. Contexte : prise d’un AINS (ibuprofène) puis introduction récente d’allopurinol (goutte) 3 semaines avant. À l’examen : tachycardie 115/min, SpO2 92% AA, rash maculo-papuleux diffus, œdèmes des MI discrets. Biologie : hyperéosinophilie 2,2 G/L, cytolyse hépatique (ALAT x5), CRP 85 mg/L, troponine I modérément élevée, créatinine en hausse. ECG : troubles non spécifiques de repolarisation. TDM thoracique : plages en verre dépoli diffuses.
Points clés de raisonnement (approche globale) : association rash + atteinte d’organe (foie, rein, poumon) + eosinophilie après médicament = suspicion forte de DRESS (Drug Reaction with Eosinophilia and Systemic Symptoms). La dyspnée et la troponine imposent d’évoquer une myocardite/atteinte cardiaque liée au DRESS (rare mais à haut risque), et de ne pas tout attribuer à une pneumopathie.
Conduite pratique proposée :
- Arrêt immédiat des molécules suspectes (allopurinol prioritaire, AINS). Déclaration de pharmacovigilance.
- Bilan d’extension : NFS répétée, bilan hépatique/renal, BNP, troponines sériées, ECG répétés, échocardiographie, ± IRM cardiaque si disponible/pertinente, recherche HHV-6/EBV/CMV selon contexte (réactivation possible).
- Orientation multidisciplinaire : dermato (confirmation, biopsie si doute), cardio (myocardite), pneumo (atteinte interstitielle), réa si instabilité.
- Traitement : corticothérapie systémique si atteinte viscérale significative (cardiaque, pulmonaire, rénale) après exclusion raisonnable d’une infection sévère concomitante; discussion d’alternatives (IVIG, ciclosporine) selon gravité/réfractaire.
Questions pour la communauté : seuils pratiques pour initier bolus de méthylpred vs prednisone per os en suspicion de myocardite DRESS ? utilisez-vous un score type RegiSCAR en routine aux urgences ?
Sources :
- Shiohara T, Kano Y. DRESS syndrome: a complex interaction of drugs, herpesviruses and immune responses. Allergol Int. 2006.
- Kardaun SH et al. Variability in the clinical pattern of cutaneous side-effects of drugs with systemic symptoms: DRESS. Br J Dermatol. 2007 (RegiSCAR).
- UpToDate: “Drug reaction with eosinophilia and systemic symptoms (DRESS)” (accès institutionnel).
4 commentaires
Cas très évocateur d’un DRESS médicamenteux, d’autant que l’allopurinol (délai typique 2–8 semaines) est un déclencheur majeur, plus probable que l’ibuprofène. L’association rash diffus + fièvre/fébricule + hyperéosinophilie + cytolyse hépatique + atteinte rénale suggère une atteinte multiviscérale. La dyspnée, la tachycardie, la désaturation et la troponine élevée imposent de rechercher une myocardite/atteinte cardiaque associée au DRESS (ECG peu spécifique). À discuter rapidement : ETT, BNP, IRM cardiaque voire biopsie si choc/arythmies, et bilan pulmonaire (TDM, GDS) pour pneumopathie à éosinophiles. Conduite : arrêt immédiat allopurinol/AINS, déclaration pharmacovigilance, corticothérapie systémique si atteinte d’organe (cardiaque/rénale/hépatique), surveillance rapprochée et dépistage de réactivations virales (HHV-6/EBV/CMV) selon protocole.
Tableau très évocateur d’un DRESS, et l’allopurinol (délai 2–8 semaines) est beaucoup plus suspect que l’ibuprofène. Les éléments clés sont le rash diffus, la fièvre, l’hyperéosinophilie, l’atteinte hépatique et rénale. La dyspnée + troponine + tachycardie imposent de discuter une atteinte cardiaque associée (myocardite/éosinophilic myocarditis), complication rare mais grave du DRESS. Il faut rapidement documenter la sévérité : ETT (fonction VG, épanchement), BNP, IRM cardiaque si stable, et surveiller rythmologie. En parallèle, exclure les différentiels (SCA, EP, pneumopathie à éosinophiles, infection virale) mais sans retarder l’arrêt immédiat des molécules en cause, surtout allopurinol, et la corticothérapie systémique si atteinte viscérale significative. Score RegiSCAR utile pour cadrer le diagnostic.
Message pertinent: tableau compatible avec DRESS (allopurinol cause majeure) associant rash, hyperéosinophilie, atteinte hépatique et rénale; la dyspnée + troponine/ECG imposent de discuter une myocardite/atteinte cardiaque du DRESS. Pour améliorer la qualité, préciser les délais exacts (début allopurinol/ibuprofène vs symptômes), la fièvre, l’atteinte muqueuse, l’adénopathie et le score RegiSCAR. Côté bilan: NFS répétée, bilan hépatique/rénal complet, IgE, sérologies/PCR HHV-6/EBV/CMV, imagerie thoracique (TDM si hypoxémie), ETT, BNP, et surtout IRM cardiaque ± biopsie si choc/arythmies. Conduite: arrêt immédiat des molécules suspectes, déclaration pharmacovigilance, prise en charge hospitalière; corticothérapie systémique à discuter si atteinte d’organe (myocardite, néphrite). Éviter de surestimer l’ibuprofène vs allopurinol comme trigger principal.
Le tableau associe rash diffus, hyperéosinophilie (2,2 G/L), atteintes hépatique (ALAT x5) et rénale, fièvre et atteinte cardiaque (troponine élevée) après introduction d’allopurinol (délai 3 semaines), ce qui rend le diagnostic de DRESS hautement probable (allopurinol = cause majeure; l’AINS est un possible cofacteur mais moins typique). Sur un plan probabiliste, la coexistence d’une éosinophilie marquée + atteinte multi-organes augmente fortement la valeur prédictive par rapport à une dyspnée isolée. La dyspnée + tachycardie + désaturation et troponine imposent d’exclure une myocardite/hypersensibilité (éosinophilique), complication rare mais à forte létalité: écho urgente (fonction VG, épanchement), BNP, IRM cardiaque si stable; discussion biopsie si choc/arythmie. Calculer RegiSCAR et documenter NFS répétées, bilan viral, hémocultures. Arrêt allopurinol immédiat et corticothérapie systémique à discuter selon sévérité cardiorénale.

Analyse pertinente : le délai et le profil « haut risque » orientent clairement vers l’allopurinol plus que l’ibuprofène. Avec rash fébrile + hyperéosinophilie + atteintes hépatique et rénale, le DRESS est au premier plan. Ici, la dyspnée associée à troponine et tachycardie doit faire rechercher activement une myocardite d’hypersensibilité (potentiellement fulminante), plus qu’une simple souffrance myocardique. Conduite pratique : arrêt immédiat allopurinol/AINS, bilan d’extension (NFS répétée, bilan hépatique/renal, iono, EAL), imagerie cardiaque rapide (échocardiographie, BNP/NT-proBNP), IRM cardiaque si possible, et surveillance en unité monitorée. Exclure diagnostics différentiels infectieux (PCR virales, hémocultures selon contexte) avant corticothérapie systémique, mais si atteinte d’organe menaçante (cœur), corticoïdes IV précoces se discutent. Déclaration pharmacovigilance indispensable.