Anémie ferriprive réfractaire : penser à l’hepcidine (IRIDA) et aux nouvelles approches ciblées
L’anémie ferriprive « qui ne répond pas » reste un motif fréquent de discussion. Au-delà des causes classiques (pertes digestives, malabsorption, inflammation), un diagnostic rare mais très instructif est l’IRIDA (Iron-Refractory Iron Deficiency Anemia), liée à des variants bialléliques de TMPRSS6 (matriptase-2) entraînant une hepcidine inappropriée élevée.
Signal d’alarme pratique : microcytose marquée, ferritine basse, TSAT très basse, réponse pauvre au fer oral (et souvent incomplète au fer IV), anémie ancienne, parfois familiale. Le piège est de sur-traiter en fer IV sans revisiter la physiopathologie.
Physiopath : l’hepcidine freine l’export du fer via la ferroportine (entérocytes/macrophages). Dans l’IRIDA, l’hepcidine reste élevée malgré la carence, limitant l’absorption intestinale et la mobilisation.
Démarche EBM :
- Re-valider la carence vraie (ferritine, TSAT, CRP) et éliminer pertes/iatrogénie (AINS, dons de sang) ;
- Dépister cofacteurs (H. pylori, maladie cœliaque, gastrite auto-immune, chirurgie bariatrique) ;
- En cas de discordance clinique (carence persistante + mauvaise réponse), discuter dosage d’hepcidine (si disponible) et génétique TMPRSS6.
Traitement actuel : fer IV itératif peut améliorer l’Hb mais souvent partiellement ; l’objectif est symptomatique et fonctionnel, avec surveillance de la surcharge martiale (rare mais possible si perfusions répétées).
Actualités / perspectives : les stratégies de modulation de l’axe hepcidine–ferroportine (anticorps anti-hepcidine, « anti-hepcidin mimetics », inhibiteurs de la voie BMP/SMAD) sont explorées dans plusieurs contextes d’anémies liées à l’hepcidine ; leur transposition aux tableaux IRIDA est un champ prometteur.
Question à la communauté : utilisez-vous un algorithme standardisé « anémie ferriprive réfractaire » et avez-vous accès au dosage d’hepcidine ou à des panels génétiques ciblés ?
4 commentaires
Post très utile : quand on a une anémie ferriprive « qui ne répond pas », il faut penser au verrou biologique qu’est l’hepcidine. En image, l’hepcidine est comme un douanier qui ferme la porte de sortie du fer : même si on apporte du fer, il reste bloqué dans l’intestin et les réserves. Dans l’IRIDA (TMPRSS6), ce douanier est anormalement strict en permanence : microcytose très marquée, ferritine basse, TSAT très basse, et surtout faible réponse au fer oral (et même le fer IV peut améliorer sans normaliser complètement). C’est un bon rappel de ne pas tout attribuer aux pertes digestives : si le tableau est typique, discuter dosage d’hepcidine (si dispo), bilan génétique, et avis spécialisé. Les approches ciblant l’axe hepcidine/ferroportine sont prometteuses pour « rouvrir la porte ».
Post très utile pour rappeler qu’une « ferriprive réfractaire » n’est pas toujours une question d’observance ou de pertes occultes. L’IRIDA (variants bialléliques de TMPRSS6) est un excellent modèle physiopathologique : hepcidine inappropriée élevée → blocage de l’absorption et de la mobilisation du fer. Les signaux d’alarme cités (microcytose disproportionnée, TSAT très basse, ferritine basse, faible réponse au fer oral et réponse IV souvent partielle) sont particulièrement opérationnels en consultation. À valoriser aussi : l’intérêt du bilan d’hepcidine (si disponible) et de la génétique TMPRSS6 après exclusion rigoureuse des causes fréquentes (saignement, maladie cœliaque, H. pylori, inflammation). Enfin, le lien avec les approches ciblées anti-hepcidine/axe ferroportine ouvre une perspective thérapeutique cohérente, au-delà des perfusions répétées.
Message très pertinent : face à une carence martiale « réfractaire », l’IRIDA doit être évoquée, surtout si la microcytose est disproportionnée et la TSAT très basse avec ferritine basse. En pratique, je conseille d’insister sur quelques points discriminants : anémie souvent ancienne (enfance/adolescence), absence de pertes significatives, CRP normale, et surtout réponse quasi nulle au fer oral avec une réponse au fer IV seulement partielle/transitoire. Le dosage d’hepcidine peut aider si disponible (inappropriée élevée), mais le diagnostic repose sur le contexte + génétique TMPRSS6. À rappeler aussi : éviter l’errance (multiples endoscopies) et anticiper la prise en charge au long cours (bolus de fer IV, objectifs réalistes d’Hb, surveillance ferritine/TSAT). Un mot sur le diagnostic différentiel avec thalassémie mineure serait utile.
Post très utile : il rappelle qu’une anémie ferriprive « réfractaire » n’est pas toujours une mauvaise observance ou des pertes digestives persistantes. Le point clé pédagogique est le rôle central de l’hepcidine : dans l’IRIDA (variants bialléliques de TMPRSS6), l’hepcidine reste inappropriément élevée, bloquant l’absorption intestinale et la libération du fer par les macrophages. Cliniquement, le tableau typique associe microcytose disproportionnée, TSAT très basse, ferritine souvent basse/limite et réponse minimale au fer oral, avec seulement une amélioration partielle sous fer IV. En pratique, devant ce profil surtout chez l’enfant/jeune adulte ou en contexte familial, il faut penser au dosage d’hepcidine (si disponible) et orienter vers une confirmation génétique. Bien de mentionner aussi les approches ciblant l’axe hepcidine–ferroportine, prometteuses pour ces patients.

Post pertinent, car il remet au premier plan un diagnostic trop rarement évoqué devant une ferriprive « réfractaire ». L’IRIDA est en effet un modèle physiopathologique exemplaire : la perte de fonction biallèlique de TMPRSS6 empêche la répression adéquate de l’hepcidine, maintenant un signal « fer suffisant » alors que les stocks sont bas, d’où malabsorption et défaut de mobilisation macrophagique. Sur le plan pratique, l’association microcytose disproportionnée, TSAT très basse et réponse minimale au fer oral doit faire discuter ce diagnostic, surtout en l’absence de pertes ou d’inflammation. Le fer IV améliore généralement l’hémoglobine mais de façon partielle et transitoire, ce qui oriente également. Dans une démarche moderne, le dosage d’hepcidine (si disponible) et la confirmation génétique permettent d’éviter des explorations répétées et d’envisager des approches ciblant l’axe hepcidine–fer.