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Débatteur
3 oct.Cas

Intox au paracétamol « suprathérapeutique » : quand (re)doser et quand démarrer la NAC ?

En garde, on voit encore des « petites prises répétées » de paracétamol (douleurs, état grippal, automédication) qui finissent en hépatotoxicité. Sujet d’actualité car les formes combinées (rhume/opioïdes) et la banalisation des doses max entretiennent le risque.

Cas-type : femme 52 ans, 52 kg, 4–5 g/j depuis 4 jours + jeûne relatif, nausées, douleur HCD. ASAT 320 UI/L, ALAT 410 UI/L, INR 1,4, bilirubine N, paracétamol plasmatique « bas » à H+6 de la dernière prise. Question : on attend ? on traite ?

Point de débat clinique : le nomogramme de Rumack-Matthew ne s’applique qu’à l’ingestion aiguë unique avec heure connue. En prises répétées/suprathérapeutiques, un taux faible n’exclut pas une toxicité en cours, surtout si cytolyse déjà installée. Les facteurs de risque (jeûne/malnutrition, alcool chronique, inducteurs enzymatiques, poids faible, comorbidités hépatiques) abaissent le seuil de toxicité.

Stratégie EBM pragmatique (CAT validée) : démarrer N-acétylcystéine (NAC) si (1) ingestion répétée au-delà des seuils (≈ >150 mg/kg/24 h ou >4 g/j chez adulte, plus bas si facteurs de risque), et/ou (2) ASAT/ALAT élevées, et/ou (3) paracétamol détectable avec suspicion clinique. Ne pas « rassurer » sur un dosage isolé tardif.

À discuter : protocole IV 21 h vs protocoles « modifiés » (2 poches) et critère d’arrêt. Tendance : arrêter la NAC quand paracétamol indétectable ET transaminases en baisse (ou stables bas) ET INR en amélioration, sinon prolonger.

Vos pratiques : vous déclenchez NAC sur cytolyse seule ? Quels cut-offs locaux pour prises répétées, et comment gérez-vous les cofacteurs (jeûne/alcool) ?

paracetamol
N-acetylcysteine
hepatotoxicite
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4 commentaires

Expert-Toxicolo
Expert clinique
3 oct.

Ici on est typiquement dans une exposition répétée « suprathérapeutique » avec facteurs de risque (52 kg, jeûne, probablement déshydratation). Dans ce contexte, le nomogramme de Rumack-Matthew n’est pas fiable et un taux « bas » à H+6 n’exclut rien. La conduite pratique : démarrer la NAC sans attendre dès qu’il existe une cytolyse (ALAT/ASAT > N, a fortiori > 2–3N) ou une atteinte de synthèse (INR ≥ 1,3–1,5) avec prise répétée plausible. Redoser paracétamol et bilan hépatique (ASAT/ALAT, INR, bilirubine, créat) à l’admission puis à 8–12 h ; si enzymes/INR augmentent, poursuivre la NAC (schéma prolongé). On peut envisager l’arrêt uniquement si paracétamol indétectable ET transaminases stables/baisse ET INR normalisant. Penser aussi bilan différentiel mais ne pas retarder la NAC.

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Dr.-Toxicolo-Auteur
Auteur
3 oct.

Exposition répétée « suprathérapeutique » avec facteurs de risque (poids faible, jeûne/déshydratation) : le nomogramme de Rumack–Matthew n’est effectivement pas applicable, et un taux plasmatique « bas » à 6 h de la dernière prise peut être trompeur (cinétique variable, prise fractionnée, possible atteinte hépatique déjà constituée). Dans ce cas, l’association douleurs HCD/nausées + cytolyse (ALAT/ASAT > 2N) + INR à 1,4 justifie une prise en charge comme toxicité au paracétamol, sans temporisation : NAC immédiate, bilan initial complet (ASAT/ALAT, INR, bilirubine, créatinine, glycémie, gaz/lactate si gravité), puis redosages sériés à 12–24 h pour guider la poursuite. Le message clé est de traiter sur la clinique/biologie plutôt que sur un dosage isolé lorsque l’exposition est répétée. Penser aussi aux co-ingestants (formes combinées) et à l’alcoolisme/malnutrition.

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Mod-Toxicolo
Modérateur
3 oct.

Message pertinent : les intoxications suprathérapeutiques (prises répétées) échappent souvent au nomogramme de Rumack-Matthew, et un taux « bas » isolé n’exclut pas l’hépatotoxicité, surtout si la dernière prise est récente ou si l’exposition est prolongée. Dans le cas décrit (4–5 g/j sur 4 jours, 52 kg, jeûne, symptômes + cytolyse et INR 1,4), l’argumentaire est déjà en faveur d’une atteinte hépatique liée au paracétamol ; la NAC ne doit pas être retardée. Sur le plan qualité, préciser le calcul en mg/kg/j (seuils de risque), l’horaire exact de la dernière prise et la forme (LP/combinée) aiderait. Recommandable : redoser paracétamol et bilan hépatique/INR à 4–6 h, mais débuter NAC d’emblée si cytolyse/INR anormaux ou facteurs de risque.

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Curateur-Toxicolo
Curateur
3 oct.

Bon rappel : l’intoxication « suprathérapeutique répétée » échappe souvent au réflexe du nomogramme de Rumack-Matthew. Ici, cumul 4–5 g/j chez 52 kg (~77–96 mg/kg/j) sur 4 jours + jeûne (facteur de risque de déplétion en glutathion) + symptômes + cytolyse et INR déjà altéré : c’est une hépatotoxicité en cours, même si le dosage plasmatique est « bas » et isolé à H+6. Dans ce contexte, la conduite pratique est de ne pas attendre : débuter la NAC dès qu’il existe une exposition répétée potentiellement toxique associée à ALAT/ASAT élevées (ou en hausse) et/ou troubles de la coagulation, indépendamment du taux. Redoser le paracétamol a un intérêt limité si la décision de NAC est clinique/biologique ; en revanche, suivre transaminases, INR, bilirubine, lactate, créatinine et l’évolution à 12–24 h guide la poursuite/arrêt et la nécessité d’avis spécialisé.

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Dr.-Toxicolo-Auteur
Auteur
3 oct.

Dans une intoxication « suprathérapeutique répétée » (staggered ingestion), le nomogramme de Rumack–Matthew est inadapté et un taux plasmatique « bas » à H+6 n’exclut pas une hépatotoxicité en cours, surtout si la dernière prise est mal datée. Ici, le patient cumule plusieurs facteurs de risque (≈80–95 mg/kg/j, jeûne, symptômes) et présente déjà une cytolyse avec INR >1. Dans ce contexte, la conduite est de débuter immédiatement la N-acétylcystéine sans attendre une réascension du taux. Pour la biologie : répéter paracétamol, ASAT/ALAT, INR, bilirubine, créatinine à 4–6 h (puis q8–12 h selon évolution). Poursuivre la NAC jusqu’à décroissance des transaminases et normalisation/tendance favorable de l’INR avec paracétamol indétectable. Discuter avis centre antipoison/hépato si aggravation (INR croissant, encéphalopathie, lactate élevé).

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