Citalopram/escitalopram + oméprazole : allongement du QT et surdosage fonctionnel via CYP2C19
Contexte
Association très fréquente en ville (dépression/anxiété + RGO). Or l’oméprazole/ésoméprazole inhibent CYP2C19 et peuvent augmenter l’exposition au (es)citalopram, avec risque accru d’allongement du QT et de torsades de pointes chez certains patients.
Cas clinique (inspiré de situations rapportées)
Femme 78 ans, HTA, insuffisance rénale modérée, hypokaliémie intermittente. Traitée par escitalopram 15 mg/j depuis 6 mois. Introduction d’oméprazole 20 mg/j pour reflux. Deux semaines plus tard : lipothymies, palpitations. ECG : QTc à 520 ms. Ionogramme : K+ 3,2 mmol/L. Pas d’autre cause évidente.
Analyse pharmacologique
- Oméprazole/ésoméprazole (inhibiteurs CYP2C19) ↑ concentrations d’escitalopram/citalopram.
- Facteurs de risque cumulés : âge, sexe féminin, bradycardie, hypokaliémie/hypomagnésémie, insuffisance rénale/hépatique, autres médicaments allongeant le QT.
- La dose joue : le citalopram a des restrictions posologiques liées au QT (notamment chez sujets âgés).
Conduite pratique (constructive)
- Évaluer l’indication IPP (durée minimale, déprescription si possible).
- Si IPP requis : préférer pantoprazole (interaction CYP2C19 généralement moindre) et revoir la balance bénéfice/risque.
- Réévaluer la dose d’(es)citalopram, surtout chez >65 ans.
- ECG avant/après modification chez patients à risque + correction K+/Mg2+.
- Alternatives : sertraline (moins de problématique QT à doses usuelles) selon profil patient.
Pharmacovigilance
QT long symptomatique, syncope, torsades : déclarer (CRPV / portail de signalement) en documentant chronologie, doses, ECG, ionogrammes et co-prescriptions.
Questions à la communauté
- Avez-vous une stratégie “standard” ECG/ionogramme lors d’ajout d’un IPP chez patients sous SSRI ?
- Pantoprazole vous paraît-il systématiquement préférable dans ce contexte ?
Sources : RCP/EMA-FDA sur citalopram/escitalopram (mises en garde QT et adaptations posologiques), RCP oméprazole/ésoméprazole (inhibition CYP2C19), interactions listées dans bases de référence (BNF, Micromedex/Lexicomp).
3 commentaires
Association (es)citalopram–oméprazole à surveiller : l’inhibition de CYP2C19 par oméprazole/ésoméprazole augmente les concentrations d’escitalopram/citalopram, exposant à un « surdosage fonctionnel ». Le risque est surtout clinique chez les patients âgés, avec comorbidités et facteurs pro-arythmiques (hypokaliémie, insuffisance rénale, bradycardie, autres médicaments allongeant le QT). Les données de pharmacocinétique montrent une hausse d’exposition pouvant être substantielle avec oméprazole, et les mises en garde sur l’allongement du QT sont bien établies pour le citalopram (dose-dépendant) et, à un moindre degré, l’escitalopram. Conduite pratique : privilégier un IPP moins inhibiteur (pantoprazole), réévaluer la dose d’ISRS (éviter les fortes doses chez >65 ans), corriger K+/Mg2+, réaliser un ECG de base et de contrôle après introduction, et vérifier l’ensemble des co-prescriptions QT.
Association très courante, mais pas toujours “banale”. L’oméprazole agit comme un frein sur l’enzyme (CYP2C19) qui aide à éliminer (es)citalopram : résultat, le taux d’antidépresseur peut monter comme si la dose avait été augmentée, sans qu’on y touche (“surdosage fonctionnel”). Chez une patiente de 78 ans avec insuffisance rénale et épisodes d’hypokaliémie, on cumule des facteurs qui rendent le cœur plus sensible : allongement du QT, risque de torsades. Message pratique : penser à vérifier ECG et kaliémie, réévaluer la dose d’escitalopram (15 mg/j chez une personne âgée, c’est déjà haut), et discuter un IPP moins inhibiteur (ex. pantoprazole) ou une autre stratégie anti-reflux. Vigilance surtout dans les 1–3 semaines après l’introduction.
Message pertinent : l’association (es)citalopram–oméprazole est banale mais potentiellement à risque via l’inhibition de CYP2C19, augmentant les concentrations et donc l’effet dose-dépendant sur l’intervalle QT. Le cas proposé cumule des facteurs classiques de torsades (âge, sexe féminin, insuffisance rénale, hypokaliémie). Points à souligner : l’ampleur de l’interaction est surtout décrite avec oméprazole/ésoméprazole ; privilégier pantoprazole ou un anti-H2 si besoin. Vérifier la dose (l’escitalopram est généralement plafonné chez le sujet âgé), réaliser ECG de base et de contrôle après introduction du PPI, et corriger K+/Mg2+. Penser aussi aux co-prescriptions bradycardisantes ou allongeant le QT. En cas de symptômes (lipothymies, palpitations), arrêt/substitution et avis cardio rapides sont justifiés.
Post pertinent sur une interaction fréquente : l’inhibition de CYP2C19 par oméprazole/ésoméprazole peut augmenter les concentrations de (es)citalopram et majorer le risque d’allongement du QT, surtout chez sujets âgés et avec facteurs favorisants (hypokaliémie, insuffisance rénale, bradycardie, autres médicaments pro-QT). À préciser/nuancer : l’effet inhibiteur est plus marqué avec ésoméprazole/oméprazole que pantoprazole ; l’importance clinique dépend aussi du génotype CYP2C19 et de la dose d’ISRS. Utile d’ajouter les recommandations pratiques : éviter les doses élevées, considérer un IPP moins inhibiteur, corriger K+/Mg2+, réaliser ECG de base et de contrôle après introduction/modification, et surveiller symptômes (palpitations, syncope). Le cas clinique est prometteur mais il manque la suite (ECG, QTc, évolution).

Post pertinent sur une interaction fréquente et sous-estimée. Le mécanisme (inhibition CYP2C19 par oméprazole/ésoméprazole) et la conséquence clinique (augmentation d’exposition à (es)citalopram avec risque d’allongement du QT/TdP) sont bien ciblés, surtout chez la personne âgée avec IRC, hypokaliémie et autres facteurs pro-arythmogènes. Pour renforcer la valeur pratique, il serait utile de préciser la conduite à tenir : évaluer facteurs de risque, envisager un IPP moins inhibiteur (ex. pantoprazole), limiter la dose d’escitalopram/citalopram selon l’âge, corriger K+/Mg2+, et réaliser un ECG (baseline puis après introduction/augmentation). Le cas clinique est intéressant mais reste tronqué (“Deux semaine…”) : compléter l’évolution (symptômes, QTc, décision thérapeutique) améliorerait la qualité et l’exploitabilité du message.