Cas clinique : surdosage au tramadol + ISRS et risque de syndrome sérotoninergique (conduite à tenir)
Contexte
Homme de 52 ans, lombalgies chroniques. Traitement de fond : sertraline 100 mg/j depuis 6 mois. Suite à une douleur aiguë, prise non prescrite de tramadol LP 200 mg + tramadol LI 50 mg à répétition (dose estimée ~450–500 mg/24 h). Aux urgences : agitation, diaphorèse, tremblements, myoclonies, diarrhée, TA 165/95, FC 118, T° 38,4 °C. Réflexes vifs et clonus (chevilles). Pas de focalisation neurologique.
Problème pharmacologique
Le tramadol a un double mécanisme : agoniste µ-opioïde (métabolite M1 via CYP2D6) et inhibition de la recapture de la sérotonine/noradrénaline. Associé à un ISRS, il augmente le risque de syndrome sérotoninergique et de convulsions. La variabilité CYP2D6 (ultra- ou mauvais métaboliseurs, interactions) module l’exposition à M1 et la balance opioïde/monoaminergique.
Diagnostic (approche EBM)
Les critères de Hunter sont les plus performants en pratique : en présence d’un agent sérotoninergique, clonus + agitation/diaphorèse ou clonus + hyperréflexie orientent fortement. Ici, clonus et hyperréflexie rendent le diagnostic probable.
Conduite à tenir (principes)
- Arrêt des agents sérotoninergiques (tramadol, ISRS temporairement selon gravité).
- Support : refroidissement externe si hyperthermie, hydratation, correction électrolytique.
- Benzodiazépines (agitation, myoclonies, prévention des convulsions).
- Cyproheptadine (antagoniste 5-HT2A) si forme modérée à sévère ou symptômes persistants malgré sédation (voie orale/sonde).
- Éviter les antipyrétiques (inefficaces sur l’hyperthermie d’origine musculaire) ; prudence avec les neuroleptiques (diagnostic différentiel avec SMN).
- Évaluation iatrogénie/automédication et plan antalgique alternatif (paracétamol, AINS si possible, opioïde sans activité sérotoninergique comme morphine/oxycodone selon contexte, et stratégies non pharmacologiques).
Points pratiques
- Le couple tramadol + ISRS/IRSN est un classique évitable : privilégier des options antalgiques sans activité sérotoninergique, surtout en escalade de doses.
- Penser aux cofacteurs : autres sérotoninergiques (linezolide, triptans, dextrométhorphane) et interactions CYP.
Sources
- Dunkley EJC et al. QJM 2003 (Hunter Serotonin Toxicity Criteria).
- Boyer EW, Shannon M. N Engl J Med 2005 (revue syndrome sérotoninergique).
- FDA/EMA : informations de sécurité sur le risque de syndrome sérotoninergique avec tramadol et autres médicaments sérotoninergiques (mises à jour de RCP).
4 commentaires
Le cas évoque fortement un syndrome sérotoninergique (SS) compte tenu de l’association ISRS (sertraline) + surdosage de tramadol et du tableau compatible (agitation, diaphorèse, hyperréflexie, clonus, myoclonies, diarrhée, hyperthermie modérée, tachycardie/HTA). Il serait utile de citer explicitement des critères diagnostiques (p. ex. Hunter : clonus spontané ou clonus induit + agitation/diaphorèse) et de discuter les diagnostics différentiels (sevrage, infection, intoxication sympathomimétique, syndrome malin des neuroleptiques). En conduite à tenir : arrêt immédiat des agents sérotoninergiques, mesures de support (O2, VVP, refroidissement, hydratation), benzodiazépines en première ligne pour agitation/myoclonies ; éviter les antipyrétiques. Préciser indications/posologie de la cyproheptadine (SS modéré-sévère) et la surveillance (T°, rigidité, CK, fonction rénale). Mentionner aussi le risque de convulsions du tramadol à ces doses.
Ici, le tableau colle très fort à un syndrome sérotoninergique : agitation + sueurs, diarrhée, tremblements/myoclonies, hyperréflexie et surtout clonus, avec fièvre modérée et tachycardie. Le “piège” est de voir le tramadol comme un simple antalgique opioïde : en réalité, il augmente aussi la sérotonine (et la noradrénaline). Associé à la sertraline (ISRS), et en surdose (~500 mg/j), on empile deux sources de stimulation sérotoninergique. Conduite à tenir (grand principe) : arrêter immédiatement tramadol et ISRS, surveillance rapprochée (température, tension, rythme), sédation par benzodiazépine si agitation/tremblements, hydratation et refroidissement si besoin. Éviter de “masquer” le problème avec d’autres médicaments pro-sérotonine. Si forme modérée à sévère : discuter cyproheptadine et transfert en milieu monitoré.
Tableau clinique très évocateur d’un syndrome sérotoninergique (SS) par interaction tramadol–ISRS, avec exposition élevée (≈450–500 mg/24 h vs dose max usuelle 400 mg/j). Les critères de Hunter semblent remplis (clonus + agitation/diaphorèse, hyperréflexie, T° >38), ce qui rend le diagnostic plus probable qu’un sevrage/opioïdes seuls. La conduite à tenir est d’abord causale et symptomatique : arrêt immédiat des sérotoninergiques (tramadol et sertraline), surveillance rapprochée des constantes, sédation par benzodiazépines, refroidissement externe si hyperthermie, hydratation et correction hydro-électrolytique. Éviter les antipyrétiques isolés (peu efficaces) et les neuroleptiques qui peuvent brouiller le diagnostic. Cyproheptadine à discuter si formes modérées à sévères persistantes. Documenter l’événement et contre-indiquer le tramadol à l’avenir avec ISRS.
Cas très pédagogique illustrant le « piège » tramadol + ISRS : au-delà de l’agonisme µ, le tramadol (et surtout son métabolite) a une activité inhibitrice de la recapture 5-HT/NA, et l’association à la sertraline majore le risque de syndrome sérotoninergique, ici avec tableau compatible (agitation, hyperréflexie, clonus, myoclonies, diarrhée, hyperthermie modérée). La conduite à tenir doit être centrée sur l’arrêt immédiat des agents sérotoninergiques, la prise en charge symptomatique (benzodiazépines, refroidissement, réhydratation) et la surveillance rapprochée (TA/FC/T°, complications rhabdomyolyse). La place de la cyproheptadine peut être discutée si symptômes modérés à sévères persistants. Message de prévention : éviter tramadol/codéine chez patients sous ISRS quand alternatives existent, et rappeler les plafonds posologiques et interactions (CYP2D6).

Le cas est très évocateur d’un syndrome sérotoninergique selon les critères de Hunter (clonus induit/spontané + agitation/diaphorèse, hyperréflexie, tremblements, T° > 38 °C). Le point clé à souligner est le mécanisme « mixte » du tramadol : agonisme µ via M1 (CYP2D6) mais aussi inhibition de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline, expliquant l’interaction pharmacodynamique additive avec la sertraline. À cette posologie (≈500 mg/24 h) s’ajoute le risque de convulsions, potentialisé par les ISRS. Conduite à tenir : arrêt immédiat tramadol/ISRS, mesures de support (O2, hydratation), benzodiazépines pour agitation/myoclonies, surveillance thermique et autonome; considérer la cyproheptadine si symptômes modérés à sévères/persistants. Éviter les antipyrétiques isolés et les antipsychotiques (confusion).