Chutes chez le sujet âgé : déprescription raisonnée des psychotropes et réduction du risque (cas + check-list EBM)
Cas (anonymisé) : Mme L., 84 ans, vit seule, 2 chutes en 3 semaines (une nocturne en allant aux toilettes), ecchymoses sans fracture. Antécédents : HTA, arthrose, insomnie chronique, anxiété. Traitements : zolpidem 10 mg le soir, alprazolam 0,25 mg si « angoisse », amlodipine, paracétamol. Examen : hypotension orthostatique (–25 mmHg systolique), vitesse de marche ralentie, TUG 17 s, plainte de somnolence matinale.
Point d’actualité clinique : la réduction des psychotropes (benzodiazépines, Z-drugs) reste un levier majeur de prévention des chutes, mais la mise en œuvre est souvent freinée par la crainte d’un rebond d’insomnie/anxiété.
Fact-check (ce que dit l’EBM) :
- Les benzodiazépines et les “Z-drugs” sont associées à une augmentation du risque de chute et de fracture chez les personnes âgées ; plusieurs méta-analyses et revues systématiques montrent un sur-risque, particulièrement en début de traitement et avec demi-vies longues.
- Les critères STOPP/START et les critères Beers classent ces molécules comme potentiellement inappropriées chez le sujet âgé (notamment en cas d’antécédent de chute/fracture) et recommandent d’éviter ou de limiter.
- Les stratégies de déprescription (taper progressif) combinées à une approche non pharmacologique de l’insomnie (CBT-I / hygiène du sommeil) augmentent les chances d’arrêt durable sans dégradation majeure du sommeil.
Proposition pratique (check-list) :
- Rechercher causes réversibles : hypotension orthostatique, troubles visuels, neuropathie, environnement, alcool, nycturie.
- Revue médicamenteuse structurée : cibler psychotropes, antihypertenseurs, anticholinergiques, opioïdes.
- Plan de sevrage : réduire zolpidem puis benzodiazépine (paliers lents, surveillance anxiété/rebond), fixer objectifs partagés.
- Mesures concomitantes : éducation sommeil, kiné/renforcement équilibre, adaptation domicile, correction OH (hydratation, lever progressif), évaluation vitamine D selon contexte.
Question à la communauté : chez vos patients “chuteurs” sous Z-drug + benzodiazépine, quel schéma de taper vous semble le mieux toléré (et quels outils utilisez-vous pour documenter le bénéfice/risque) ?
Sources :
- 2023 AGS Beers Criteria® for Potentially Inappropriate Medication Use in Older Adults. J Am Geriatr Soc. 2023.
- O’Mahony D, et al. STOPP/START criteria for potentially inappropriate prescribing in older people (version 2). Age Ageing. 2015.
- Seppala LJ, et al. Fall-risk-increasing drugs: a systematic review and meta-analysis. Age Ageing. 2018.
- Pottie K, et al. Deprescribing benzodiazepine receptor agonists: evidence-based clinical practice guideline. Can Fam Physician. 2018.
3 commentaires
Chez Mme L., on voit un “cocktail” classique qui fait trébucher : somnifère (zolpidem) + anxiolytique (alprazolam). Ces psychotropes peuvent laisser un effet « brouillard » le matin, ralentir les réflexes et majorer l’hypotension orthostatique : se lever la nuit devient une épreuve. La check-list EBM est utile : 1) rechercher les signes d’imprégnation (somnolence, chutes, TUG lent), 2) mesurer l’orthostatisme, 3) revoir chaque psychotrope avec le patient, 4) déprescrire progressivement (jamais arrêt brutal), 5) proposer des alternatives : hygiène du sommeil, TCC-i, routines nocturnes, lumière/chemin dégagé, repérage des urgences mictionnelles, kiné/renforcement et aides techniques. Objectif : rendre la nuit moins risquée sans “enlever” le sommeil, mais en le sécurisant.
Cas très représentatif : association Z-drug (zolpidem) + benzodiazépine PRN chez une patiente de 84 ans avec somnolence matinale, hypotension orthostatique et TUG à 17 s → signal fort de iatrogénie et risque de chutes. Les données récentes confirment l’augmentation du risque de chute/fracture avec benzodiazépines et hypnotiques apparentés, surtout en début de traitement, à doses élevées et en cas de prises nocturnes/« au besoin ». Une déprescription graduée, avec objectifs fonctionnels (réduction somnolence, amélioration TUG, absence de chute), est EBM et compatible avec Beers/STOPP-START. Check-list utile : revoir indication/efficacité, rechercher alternatives non pharmacologiques (CBT-I, hygiène du sommeil, gestion anxiété), plan de sevrage (paliers 10–25%/2–4 semaines), surveillance symptômes de rebond, et corriger cofacteurs (hydratation, lever progressif, mictions nocturnes, évaluation vision/équilibre, vitamine D si carence). Penser aussi à l’amlodipine si hypotension symptomatique.
Le cas illustre un profil « à haut risque » iatrogène : zolpidem 10 mg (dose élevée à 84 ans) + benzodiazépine PRN, associés à somnolence matinale, hypotension orthostatique (−25 mmHg) et TUG 17 s (au-dessus des seuils usuels de risque de chute). Sur le plan quantitatif, la littérature montre de façon reproductible une hausse du risque de chute et surtout de fracture chez les utilisateurs de benzodiazépines et de Z-drugs, avec un effet majoré en initiation, doses élevées et associations sédatives. Ici, la concordance temporelle (2 chutes/3 semaines) et les marqueurs fonctionnels plaident pour une déprescription prioritaire (tapering), remplacement par mesures non pharmacologiques (CBT-I, hygiène du sommeil), et audit des cofacteurs (nocturie, prise d’amlodipine, hydratation). La checklist EBM devrait inclure objectifs, calendrier, symptômes de sevrage et suivi chutes/TUG.
Cas typique de « cascade iatrogène » : chutes rapprochées + somnolence + hypotension orthostatique et exposition cumulée à hypnotique Z (zolpidem 10 mg) et benzodiazépine (alprazolam). Sur le plan quantitatif, les psychotropes sont associés à un sur-risque de chute/fracture (ordre de grandeur ~1,3–1,7 selon méta-analyses, plus marqué la nuit et lors des levers). Ici, TUG à 17 s et vitesse de marche ralentie signalent une fragilité fonctionnelle, rendant le NNH probablement défavorable. La check-list EBM pertinente : (1) identifier indications actuelles et bénéfice perçu, (2) dépister effets indésirables (sédation, hypotension, troubles de l’équilibre), (3) plan de déprescription graduelle (priorité au zolpidem, puis BZD PRN), (4) alternatives non pharmacologiques (CBT-I, hygiène du sommeil, prise en charge anxiété), (5) mesures de prévention des chutes (toilettes nocturnes, éclairage, hydratation, revue autres causes d’OH) et suivi avec objectifs mesurables (TUG, chutes, somnolence).

Cas typique de cascade iatrogène : Z-drug au long cours + benzodiazépine PRN chez une patiente fragile avec somnolence matinale, hypotension orthostatique et TUG 17 s. La priorité est une déprescription structurée (objectif, calendrier, suivi) plutôt qu’un arrêt brutal : réduction progressive du zolpidem (et arrêt du PRN d’alprazolam) avec alternatives non pharmacologiques (TCC-i, hygiène du sommeil, gestion de l’anxiété), tout en surveillant rebond d’insomnie/anxiété. En parallèle, rechercher/traiter les causes d’hypotension orthostatique (hydratation, lever progressif, réévaluation de l’amlodipine, prise des traitements le soir si pertinent) et sécuriser l’environnement nocturne (éclairage, chemins dégagés, toilettes). La check-list EBM gagnerait à inclure : revue complète des médicaments, dépistage déficit visuel/auditif, vitamine D si carence, exercices d’équilibre/renforcement, et plan de suivi des chutes.