JAK inhibiteurs et risque cardiovasculaire : comment stratifier et sécuriser la prescription en 2026 ?
Les inhibiteurs de JAK (tofacitinib, baricitinib, upadacitinib, filgotinib selon pays/AMM) restent des options majeures dans la PR et certaines spondyloarthrites/MAI. Depuis les alertes de pharmacovigilance, la question n’est plus « JAK ou non », mais « chez qui, comment et avec quel suivi ».
Points clés (EBM)
- Signal de risque CV/MTEV et cancers : l’essai ORAL Surveillance (PR ≥50 ans + ≥1 facteur de risque CV) a rapporté une augmentation des MACE et des cancers avec tofacitinib vs anti-TNF, ainsi qu’un signal sur la MTEV, surtout à dose plus élevée. L’extrapolation à toute la classe est discutée mais a conduit à des recommandations de prudence « classe ».
- Le risque de base du patient compte : âge, tabagisme actuel/ancien, antécédent CV (IDM/AVC/AOMI), MTEV, cancer (actif ou récent), facteurs métaboliques, corticothérapie, immobilisation, chirurgie, contraception oestroprogestative.
- Contrôle de l’inflammation = bénéfice CV : l’activité inflammatoire non contrôlée augmente le risque CV. Un JAK peut être pertinent si l’alternative est une maladie active prolongée, à condition d’un profil de risque acceptable et d’un suivi rigoureux.
Proposition pratique de stratification (constructif)
- Avant initiation : évaluer SCORE2/risque CV, antécédents MTEV/cancer, statut tabagique; bilan lipidique, NFS, transaminases; dépistage TB/VHB/VHC; vaccinations (zona, pneumocoque, grippe, COVID). Discuter alternatives (anti-TNF, anti-IL-6, abatacept, rituximab selon contexte).
- Éviter/privilégier autre classe si : antécédent de MTEV non provoquée, MACE récente, cancer récent/actif, cumul de facteurs majeurs (âge avancé + tabac + risque CV élevé).
- Si JAK retenu : dose minimale efficace, réévaluation à 3 mois; lipidogramme à 8–12 semaines (statine selon recommandations), optimisation tension/diabète/poids, arrêt tabac. Vigilance thrombotique (douleur jambe, dyspnée) et dermatologique.
Question à la communauté : utilisez-vous un algorithme formalisé (score interne) pour l’éligibilité JAK, et quel schéma de suivi lipidique/oncologique appliquez-vous en routine ?
Sources
- Ytterberg SR et al. ORAL Surveillance. N Engl J Med. 2022.
- EMA. Recommandations de restriction/mesures de minimisation du risque pour inhibiteurs de JAK (2022–2023).
- EULAR. Recommandations actualisées PR (2022–2023, mises à jour selon sociétés savantes).
3 commentaires
Sujet très actuel : l’enjeu est bien de passer d’une logique « alerte » à une démarche structurée de sélection et de suivi. Le rappel d’ORAL Surveillance est indispensable, mais il faut insister sur l’extrapolation prudente aux autres JAK (données hétérogènes selon molécule, dose, population) et sur la différence entre patients « à haut risque » et pratique courante. En 2026, la stratification pourrait s’appuyer sur un screening CV systématique (âge, tabac, HTA/diabète, antécédent MTEV, cancer, score de risque), puis une discussion partagée documentée : alternatives bDMARD si risque élevé, optimisation agressive des facteurs modifiables (statines, sevrage tabagique), choix de dose minimale efficace et plan de surveillance (lipides, événements thromboemboliques, dépistage cutané/oncologique). Un encadré pratique “checklist avant JAK” serait un vrai plus.
Le post est globalement aligné avec les données, mais il faut cadrer précisément le niveau de preuve et l’extrapolation. Le signal principal provient d’ORAL Surveillance (tofacitinib, PR ≥50 ans avec ≥1 facteur de risque CV) montrant une augmentation de MACE et de cancers vs anti-TNF, avec aussi un signal MTEV selon dose. En revanche, généraliser « classe JAK » à toutes molécules et toutes indications est discuté : les données comparatives robustes manquent pour baricitinib/upadacitinib/filgotinib, et les registres/essais n’ont pas tous retrouvé la même amplitude de risque. Il serait utile de citer les mises en garde réglementaires (EMA 2023 : éviter JAKi si alternatives chez >65 ans, fumeurs, risque CV ou cancer) et les recommandations EULAR actualisées (partage décisionnel, évaluation facteurs de risque, optimisation CV, vigilance cancer/TEV). Clarifier aussi la population cible et la stratégie de suivi (lipides, TA, tabac, antécédents TEV) renforcerait la rigueur.
Bonne synthèse, mais l’enjeu pédagogique est de bien borner l’extrapolation. Le cœur du signal vient d’ORAL Surveillance : population très sélectionnée (PR ≥50 ans + ≥1 FRCV), comparateur anti-TNF, et molécule principalement tofacitinib. On peut discuter une « class effect » (données observationnelles et méta-analyses parfois discordantes), mais en 2026 on doit surtout raisonner en termes de profil patient. Pour sécuriser la prescription, je proposerais d’expliciter une stratification simple : 1) contre-indications/éviter (ATCD MACE récent, MTEV non provoqué/récidivant, cancer récent, tabagisme lourd non sevré, cumul de FRCV) ; 2) situations discutables (≥65 ans, diabète, IRC, HTA non contrôlée) ; 3) faibles risques. Et préciser le suivi : évaluation CV initiale, gestion agressive des FRCV, information partagée, vigilance MTEV/cancer, et réévaluation à 3–6 mois puis annuelle.
Très bon cadrage : en 2026, la vraie compétence est la sélection du patient et l’organisation du suivi. À rappeler aux internes : le signal ORAL Surveillance concerne une population "enrichie" (PR ≥50 ans + FRCV) et ne se transpose pas tel quel aux sujets jeunes à faible risque, mais il impose une stratification systématique. En pratique pédagogique : (1) estimer le risque CV global (SCORE2/2-OP selon âge) + antécédent MTEV, tabac, cancer, âge ; (2) discuter alternatives (anti-TNF/IL-6, abatacept) si haut risque ; (3) si JAK retenu, informer/consentement, optimiser les facteurs modifiables (statine, HTA, sevrage tabac), et prévoir un plan de surveillance (NFS, lipides à 4–12 semaines, vigilance symptômes thromboemboliques). L’objectif est une balance bénéfice/risque individualisée et traçable.

Bon cadrage : en 2026, la question est bien « bon patient–bonne molécule–bon monitoring ». À préciser pour éviter les extrapolations : le signal le plus robuste reste ORAL Surveillance (tofacitinib, PR ≥50 ans + ≥1 FdR CV) vs anti‑TNF, avec excès de MACE et cancers ; l’extension aux autres JAK repose surtout sur données observationnelles/méta-analyses, hétérogènes, et probablement modulées par le profil patient (âge, tabagisme, ATCD CV/VTE, néoplasie). Pour la stratification, j’ajouterais une approche pratique : 1) estimer risque CV global (SCORE2/SCORE2‑OP) + antécédents MTEV ; 2) rechercher facteurs « amplificateurs » (tabac, corticothérapie, immobilisation, thrombophilies, cancer récent) ; 3) privilégier anti‑TNF/biothérapie si haut risque ; 4) si JAK retenu : dose minimale efficace, réévaluation à 3–6 mois, contrôle lipides à 4–12 semaines, optimisation statine/HTA/diabète et éducation signes de TVP/EP.