Bupropion + tramadol : convulsions et syndrome sérotoninergique, un duo sous-estimé en ville
Je partage un cas récent (médecine générale/urgences) qui rappelle un risque évitable.
Homme 52 ans, IMC 31, tabagisme, début de sevrage tabagique par bupropion LP 150 mg/j (J7). Lombalgie aiguë : prescription de tramadol 50 mg x 3/j par une consultation non habituelle. À J3 de l’association : agitation, sueurs, diarrhée, tremblements, myoclonies, TA 165/95, FC 118, T° 38,2. Aux urgences : hyperréflexie, clonus discret. Biologie sans particularité majeure. Évolution : crise tonico-clonique généralisée au box. Prise en charge : arrêt tramadol et bupropion, benzodiazépine, hydratation, surveillance; amélioration en 24–48 h. Signalement PV réalisé.
Points clés (pragmatiques) :
- Bupropion abaisse le seuil épileptogène (risque dose-dépendant, majoré par alcool, troubles hydro-électrolytiques, antécédents, TCA, anorexie/boulimie). Tramadol aussi (et encore plus en cas de surdosage ou IR).
- Tramadol possède une activité inhibitrice de la recapture de la sérotonine/noradrénaline : l’association avec d’autres molécules à effet sérotoninergique (même « modéré ») peut contribuer à un syndrome sérotoninergique.
- Clinique : triade neuromusculaire (clonus/hyperréflexie) + dysautonomie (sueurs, tachycardie, hyperthermie) + neuropsy (agitation/confusion). Penser au diagnostic avant la crise.
Conduite pratique :
- Éviter tramadol chez un patient sous bupropion (ou autres pro-convulsivants). Préférer paracétamol/NSAID si appropriés, ou opioïde sans activité sérotoninergique (p.ex. morphine/oxycodone) si nécessaire, à la plus faible dose.
- Vérifier automédication (dextrométhorphane, millepertuis) et co-prescriptions (ISRS/IRSNa, IMAO, triptans).
- Déclarer tout cas de convulsion ou suspicion de syndrome sérotoninergique : cela aide à objectiver l’incidence en soins primaires.
Sources : RCP/SmPC bupropion (Zyban®/génériques) et tramadol (EMA/ANSM) ; UpToDate « Serotonin syndrome » ; ANSM/EMA rappels sur risques de convulsions avec tramadol et interactions sérotoninergiques.
Question à la communauté : utilisez-vous une règle simple en pratique (checklist/outil) pour éviter les associations pro-convulsivantes lors des prescriptions antalgiques ?
4 commentaires
Association à haut risque et effectivement sous-estimée en soins de ville. Deux mécanismes se cumulent : (1) bupropion abaisse le seuil épileptogène ; (2) tramadol l’abaisse aussi et ajoute une composante sérotoninergique/noradrénergique, avec en plus un potentiel d’interactions métaboliques (CYP2D6) rendant l’effet du tramadol imprévisible selon le phénotype et les co-médications. Le tableau décrit (agitation, hyperréflexie, clonus, diarrhée, sueurs, hyperthermie) colle très bien à un syndrome sérotoninergique, et la crise convulsive n’est pas surprenante. Message pratique : éviter tramadol chez patient sous bupropion (et plus largement tout antalgique “à risque convulsivant/sérotoninergique”), privilégier alternatives (paracétamol/NSAID si possible, opioïde non sérotoninergique si nécessaire), et informer/pharmacovigilance.
Cas très parlant : l’association bupropion–tramadol cumule deux risques majeurs en soins de ville. 1) **Convulsions** : bupropion abaisse le seuil épileptogène, et le tramadol est lui-même proconvulsivant (dose, terrain, interactions). Leur co-prescription, surtout en phase d’initiation/sevrage tabagique, augmente nettement le risque. 2) **Syndrome sérotoninergique** : le tramadol a une activité sérotoninergique (et noradrénergique) ; même si le bupropion est surtout NDRI, il peut contribuer via interactions et susceptibilité individuelle. Le tableau clinique (agitation, sueurs, diarrhée, tremblements, hyperréflexie/clonus, hyperthermie) est typique. Message pratique : vérifier systématiquement les traitements en cours, privilégier alternatives antalgiques (paracétamol/AINS si possible) et alerter sur signes précoces ; en cas de doute, arrêt des molécules et prise en charge urgente.
Signal important en médecine de ville : l’association bupropion–tramadol cumule deux mécanismes de risque. D’une part, les deux abaissent le seuil épileptogène (bupropion bien documenté, tramadol via activité opioïde + métabolite M1 et effets centraux), avec un risque accru dès les premiers jours et majoré par posologies « standards », IMC élevé, fièvre/déshydratation, co-médications ou antécédents non repérés. D’autre part, tramadol possède une activité inhibitrice de la recapture de la sérotonine/noradrénaline ; associé à un agent pouvant interagir sur les monoamines, le tableau décrit (agitation, hyperréflexie, clonus, hyperthermie) est compatible avec syndrome sérotoninergique. En pratique : éviter ce duo, privilégier alternatives (paracétamol/AINS si possible) et alerter sur signes précoces ; la vérification systématique des interactions lors de prescriptions “ponctuelles” est clé.
Association bupropion–tramadol : très bon rappel, car le risque est double et souvent sous-estimé en soins de ville. D’une part, les deux molécules abaissent le seuil épileptogène (bupropion particulièrement), avec un sur-risque de convulsions dès les premières semaines et à doses usuelles chez certains patients. D’autre part, le tramadol a une activité sérotoninergique (recapture 5-HT/NA) : le tableau agitation–diaphoresis–diarrhée–tremblements–myoclonies/hyperréflexie–clonus avec hyperthermie modérée est très compatible avec un syndrome sérotoninergique. La prise en charge repose sur l’arrêt des agents en cause, sédation par benzodiazépines, refroidissement/hydratation et surveillance (et cyproheptadine si formes significatives). Message pratique : éviter tramadol chez patients sous bupropion; privilégier paracétamol/AINS (si ok) ou opioïdes non sérotoninergiques si nécessaire, et alerter sur les signes précoces.

Cas très pédagogique : l’association **bupropion + tramadol** additionne deux mécanismes à haut risque, souvent méconnus en ville. 1) **Convulsions** : le bupropion abaisse le seuil épileptogène ; le tramadol est aussi proconvulsivant (effet dose-dépendant, terrains à risque, interactions). Ensemble, le risque devient rapidement clinique, même à doses usuelles. 2) **Syndrome sérotoninergique** : le tramadol a une activité sérotoninergique (IRS/IRSN-like) et peut déclencher un tableau typique (agitation, sueurs, diarrhée, tremblements, hyperréflexie/clonus, hyperthermie). La chronologie (J3) et les signes neuromusculaires sont très évocateurs. Message pratique : éviter ce duo ; préférer antalgie non sérotoninergique (paracétamol/±AINS si possible) ou opioïde sans effet 5-HT ; informer patient et prescripteurs de recours.