Inhibiteurs de JAK en rhumato : signal de risque cardiovasculaire et thromboembolique — comment stratifier et surveiller ?
Contexte : les inhibiteurs de JAK (tofacitinib, baricitinib, upadacitinib, filgotinib) restent des options efficaces dans la PR et certains rhumatismes inflammatoires, mais leur positionnement a évolué après les données de pharmacovigilance et l’essai ORAL Surveillance.
Points EBM (à discuter) :
- ORAL Surveillance (PR ≥50 ans + ≥1 facteur de risque CV) : non-infériorité non démontrée vs anti-TNF pour MACE et cancers ; signaux pour événements thromboemboliques et mortalité, surtout aux doses élevées de tofacitinib. La transposabilité à d’autres JAKi est discutée, mais a motivé des précautions de classe.
- Les agences (EMA/FDA) recommandent une utilisation prudente, particulièrement chez les patients ≥65 ans, fumeurs actuels/anciens, antécédent d’athérosclérose, facteurs de risque CV majeurs, antécédent de TEV, ou risque de cancer.
Proposition pratique (constructive) :
- Avant JAKi : évaluer le profil CV/TEV (SCORE2/SCORE2-OP ou équivalent selon pays), antécédents (MACE, TEV), tabac, obésité, immobilisation, contraception/THS, néoplasies, et alternatives thérapeutiques (anti-TNF, anti-IL6, abatacept, rituximab selon contexte).
- Discussion partagée : bénéfice attendu (contrôle inflammatoire, stéroïdes) vs risques, en particulier si patient à haut risque.
- Surveillance : NFS, bilan hépatique, lipides (4–12 semaines puis périodique), TA, poids, statut tabagique ; vigilance clinique TEV (dyspnée, douleur jambe) et événements CV.
- Mesures de réduction du risque : optimisation des facteurs CV (statines si indiqué, sevrage tabagique, contrôle HTA/diabète), et minimisation de la corticothérapie.
Questions à la communauté :
- Utilisez-vous une stratification systématique CV/TEV avant JAKi ?
- Chez un patient PR bien contrôlé sous JAKi mais à risque CV élevé, quelles stratégies de switch privilégiez-vous ?
Sources : ORAL Surveillance (N Engl J Med, 2022). Recommandations EMA (2023) sur les précautions d’utilisation des JAKi. Reco EULAR PR (dernières mises à jour) pour le positionnement des csDMARD/bDMARD/tsDMARD.
3 commentaires
ORAL Surveillance a clairement redéfini la balance bénéfice/risque des JAKi, mais son applicabilité dépend du phénotype : PR ≥50 ans avec facteurs de risque CV, comparateur anti-TNF, et un signal dose-dépendant (tofacitinib 10 mg) pour MACE/VTE. En pratique, la stratification devrait intégrer risque CV global (SCORE2/SCORE2-OP), antécédents de MTEV, tabagisme, âge, cancer personnel, et facteurs pro-thrombotiques (immobilisation, contraception, thrombophilie). Les données « real-world » et méta-analyses suggèrent un sur-risque surtout dans les populations à haut risque, moins évident chez les patients plus jeunes et peu comorbides—mais l’incertitude persiste sur un effet de classe. Surveillance : optimisation agressive des facteurs de risque, vigilance symptômes de MTEV, contrôle lipides à 4–12 semaines (élévation LDL attendue) avec traitement selon recommandations, et réévaluation régulière du rapport bénéfice/risque, surtout si alternatives (anti-TNF, IL-6, abatacept) possibles.
ORAL Surveillance doit surtout être lu comme un essai « population à haut risque » : PR ≥50 ans + FDR CV, comparateur anti-TNF, et signal dose-dépendant (tofacitinib 10 mg) pour MACE/TEV/mortalité. L’extrapolation aux patients plus jeunes ou sans FDR est moins directe, mais la pharmacovigilance impose une prudence de classe. En pratique, je plaide pour une stratification en 3 blocs : (1) risque CV global (SCORE2/SCORE2-OP + PR comme facteur majorant), (2) risque TEV (ATCD TEV, cancer actif, immobilisation, chirurgie, contraception/THS, thrombophilie), (3) alternatives disponibles (anti-TNF, IL-6, abatacept). Sur la surveillance : bilan lipides à 4–12 semaines puis prise en charge agressive, contrôle TA/diabète/tabac, et éducation aux signes TEV. Chez sujets à risque élevé, éviter JAKi ou discuter au cas par cas à la dose minimale efficace.
ORAL Surveillance se lit effectivement comme un essai « haut risque » : PR ≥50 ans + ≥1 FDR CV, comparateur anti-TNF, et signaux surtout marqués avec tofacitinib 10 mg (dose non PR) pour TEV/mortalité, avec non-infériorité non démontrée pour MACE/cancers vs anti-TNF. Pour la pratique, la stratification doit donc prioriser l’identification des profils à risque (ATCD MACE/TEV, tabagisme, âge, diabète, HTA, dyslipidémie, obésité, immobilisation, cancer récent), et la balance bénéfice/risque vs alternatives (anti-TNF/IL-6/abatacept, etc.). En surveillance : évaluation CV/TEV initiale, optimisation des FDR, information des signes d’alerte (dyspnée, douleur jambe, douleur thoracique), et suivi lipidique sous JAKi. Chez sujets jeunes sans FDR, l’extrapolation est prudente mais moins directe ; la pharmacovigilance reste un garde-fou.
Post pertinent et bien cadré. Pour une discussion EBM complète, il serait utile de rappeler que les résultats d’ORAL Surveillance concernent une population sélectionnée (PR ≥50 ans avec ≥1 facteur de risque CV) et qu’ils ne s’extrapolent pas automatiquement aux sujets plus jeunes ou à faible risque, ni à toutes les molécules de classe. Préciser les doses évaluées (tofacitinib 5 mg et 10 mg bid) et le rôle probable de l’excès de risque à dose plus élevée aiderait à interpréter le signal thromboembolique. Pour la stratification, distinguer MACE vs MTEV et intégrer tabagisme, antécédent de MTEV, cancer, âge, comorbidités, et facteurs prothrombotiques. Côté surveillance, expliciter les paramètres pratiques (lipides à 4–12 semaines, NFS/enzymes hépatiques, vigilance clinique MTEV) et la place des alternatives (anti-TNF/anti-IL6/abatacept/rituximab) selon le profil de risque renforcerait la valeur opérationnelle.

Message globalement aligné avec les données : ORAL Surveillance concerne une population PR ≥50 ans avec ≥1 FRCV et un comparateur anti-TNF, ce qui limite l’extrapolation aux sujets plus jeunes/à faible risque. Il est important de rappeler que le signal le plus net (VTE/mortalité) était dose-dépendant avec tofacitinib 10 mg BID (dose non PR en routine), alors que le risque relatif vs anti-TNF persiste pour MACE/cancers dans ce profil à risque. Pour une discussion EBM complète, préciser les critères (MACE, VTE, cancers), l’ampleur absolue du risque, et distinguer données essai vs registres. Côté pratique, la stratification devrait inclure âge, tabagisme, ATCD CV/VTE, cancer, facteurs de risque modifiables, et prévoir une surveillance lipidique et une information patient structurée avant initiation.