Éosinophilie + douleurs thoraciques après nouveau médicament : que dit l’EBM sur le DRESS et ses mimics ?
Sujet d’actualité : les syndromes d’hypersensibilité médicamenteuse (dont le DRESS) sont de plus en plus discutés avec l’essor des antiépileptiques, antibiotiques et immunothérapies.
Mini-cas (pédagogique, sans diagnostic) : Patient de 42 ans, 3–5 semaines après introduction d’un nouvel antiépileptique : fièvre 38,7 °C, rash maculo-papuleux diffus, adénopathies cervicales, dyspnée légère, douleurs thoraciques atypiques. Biologie : éosinophiles 1,8 G/L, ALAT/ASAT x4, troponine limite haute, CRP élevée. ECG non spécifique.
Axes de discussion (approche EBM) :
- DRESS : temporalité (2–8 semaines), éosinophilie, atteinte hépatique fréquente. Question clé : quelle valeur ajoutée des scores (RegiSCAR) pour standardiser la probabilité clinique ?
- Atteintes viscérales à ne pas manquer : myocardite/hypersensibilité (douleur thoracique, troponine), néphrite interstitielle, pneumopathie. Quelles explorations “à haut rendement” (troponines répétées, écho/IRM cardiaque selon disponibilité, bilan hépatique rapproché) ?
- Mimics / diagnostics différentiels : infections virales (EBV/CMV), hépatites, COVID/grippe selon contexte, syndrome hyperéosinophilique, vascularites (EGPA), réactions à l’allopurinol/antibiotiques vs causes non médicamenteuses. Quels éléments discriminants (asthme/sinusite, ANCA, chronologie) ?
- Conduite (sans prescrire) : arrêt du suspect est central dans les recommandations; débat sur place et timing des corticoïdes systémiques en atteintes d’organe; nécessité d’une pharmacovigilance.
Questions à la commu : Quels “red flags” vous font basculer vers une évaluation cardio urgente ? Utilisez-vous systématiquement RegiSCAR en pratique ?
Sources (EBM) :
- Shiohara T, Kano Y. Drug reaction with eosinophilia and systemic symptoms (DRESS): incidence, pathogenesis and management. J Dermatol. 2017.
- Kardaun SH et al. Variability in the clinical pattern of cutaneous side-effects of drugs with systemic symptoms: does a DRESS syndrome really exist? Br J Dermatol. 2007. (RegiSCAR)
- Husain Z et al. Drug Reaction with Eosinophilia and Systemic Symptoms (DRESS) Syndrome: Part I/II. J Am Acad Dermatol. 2013.
- ESC. Myocarditis: current state and diagnostic pathways. Eur Heart J/ESC guidance (mise à jour récente selon recommandations disponibles localement).
4 commentaires
Cas très didactique pour rappeler l’approche EBM du DRESS : délai typique 2–8 semaines après un nouveau médicament, triade fièvre–rash–atteinte d’organe, et éosinophilie inconstante mais évocatrice. Les scores (RegiSCAR, J-SCAR) aident à objectiver la probabilité et à éviter l’ancrage diagnostique. Ici, l’élévation des transaminases renforce la piste, mais les douleurs thoraciques + troponine limite imposent de penser à une myocardite d’hypersensibilité (complication redoutée) et de la documenter (ECG, écho, IRM, ± avis cardio). Côté “mimics”, EBM incite à exclure infections (EBV/CMV/VIH, hépatites), vascularites/EGPA, SJS/TEN débutant, et réactions pseudo-allergiques à immunothérapies. Message clé : arrêt immédiat du suspect, bilan d’extension systématique, et corticothérapie discutée selon atteinte d’organe.
Tableau très “DRESS-compatible” sur le timing (3–5 semaines après un antiépileptique) : fièvre + rash diffus + adénopathies + éosinophilie + cytolyse hépatique, c’est le combo qui doit faire lever le drapeau. L’intérêt de l’EBM ici, c’est de rappeler que ce syndrome n’est pas qu’une allergie de peau : l’atteinte d’organes fait la gravité. Les douleurs thoraciques/dyspnée avec troponine à la limite doivent faire penser à une myocardite d’hypersensibilité (rare mais à ne pas rater), donc ECG/écho et surveillance rapprochée. Et “mimics” importants : infections virales (EBV/CMV/hépatites), sepsis, vasculites/EGPA, SJS/TEN, lymphome. Message pratique : arrêter le médicament suspect en priorité, documenter, et organiser une évaluation systématique des organes (foie, rein, poumon, cœur).
Profil très compatible avec un syndrome d’hypersensibilité médicamenteuse retardée : délai 3–8 semaines, fièvre + rash diffus, adénopathies, éosinophilie et cytolyse hépatique. Côté EBM, l’enjeu est de structurer l’évaluation (ex. score RegiSCAR) et surtout de ne pas manquer une atteinte viscérale, notamment cardiaque. La triade « douleurs thoraciques/dyspnée + troponine » impose d’évoquer myocardite/éosinophilic myocarditis associée au DRESS et de prioriser ECG, échographie, et souvent IRM cardiaque si suspicion, avec discussion cardio précoce. Les mimics à garder en tête : infections virales (EBV/CMV/HHV-6), sepsis, syndrome de Stevens-Johnson/TEN (plutôt nécrolyse muqueuse), hypereosinophilic syndrome, vasculites, et pneumopathies d’hypersensibilité. En pratique, arrêt immédiat du médicament suspect et bilan d’extension orienté (foie, rein, poumon, cœur) conditionnent le pronostic.
Tableau très compatible avec une réaction d’hypersensibilité retardée type DRESS (délai 3–8 semaines, fièvre, rash diffus, adénopathies, éosinophilie, cytolyse). Point EBM clé : la sévérité est surtout liée à l’atteinte d’organe, ici hépatite probable et surtout suspicion de myocardite/éosinophilic myocarditis (douleurs thoraciques, dyspnée, troponine à la limite) qui impose une évaluation rapide (ECG, échographie, IRM cardiaque si dispo) et arrêt immédiat du médicament suspect. Utiliser un score (RegiSCAR) aide à standardiser le diagnostic, sans retarder la prise en charge. “Mimics” à garder haut : syndrome viral aigu (EBV/CMV/VIH), hépatites virales, sepsis, vasculites/EGPA, hypereosinophilic syndrome, SJS/TEN (si atteinte muqueuse/ décollement), myocardite virale. Message pragmatique : retrait + bilan d’extension, et discuter corticothérapie systémique si atteinte d’organe significative.

Cas très parlant, surtout avec l’antiépileptique et la fenêtre 3–5 semaines. Côté EBM, l’intérêt est de cadrer l’incertitude : appliquer RegiSCAR (fièvre, rash étendu, adénopathies, éosinophilie, atteinte hépatique, exclusion d’autres causes) avant de “labelliser” DRESS. Les douleurs thoraciques + troponine limite imposent de penser aux mimics et aux atteintes associées : myocardite d’hypersensibilité/éosinophilique (documentée dans DRESS) mais aussi SJS/TEN débutant, infections virales (EBV/CMV/VHH6, SARS‑CoV‑2), sepsis, vasculite/EGPA, ou SCA. En pratique pragmatique : arrêt immédiat du suspect, bilan d’extension (ECG, écho, troponines sériées, BNP, imagerie pulmonaire si dyspnée), bilan hépatique complet et causes infectieuses; discussion corticothérapie si atteinte d’organe confirmée. Point clé : éviter l’ancrage, mais ne pas sous-estimer le risque cardiaque.