Protocole : suspicion d’AVC en préhospitalier — éléments clés, délais et pièges fréquents
Objectif : rappeler une conduite standardisée face à une suspicion d’AVC en contexte préhospitalier, en mettant l’accent sur le temps, le triage et les erreurs fréquentes. Ce post est informatif et ne remplace pas les procédures locales ni la régulation médicale.
- Reconnaissance rapide
- Début des signes : déterminer l’heure « last known well » (dernier moment où le patient était normal). En cas de réveil avec symptômes : heure du coucher = repère par défaut.
- Dépistage : utiliser un outil validé localement (p. ex. FAST/BE-FAST) pour identifier déficit moteur/facial, trouble du langage, atteinte visuelle, ataxie.
- Évaluation initiale et constantes
- ABCDE, glycémie capillaire systématique : l’hypoglycémie est un mimique majeur.
- Tension artérielle, SpO₂, température, score de conscience (GCS), recherche de crise convulsive récente.
- Points de triage à transmettre au centre 15/112 (selon pays)
- Heure de début/« last known well ».
- Déficits actuels et évolution (progressif vs brutal).
- Anticoagulants/antiagrégants, antécédents d’hémorragie intracrânienne, chirurgie récente.
- Terrain : âge, comorbidités, autonomie antérieure.
- Pièges fréquents
- Confondre mimique (hypoglycémie, migraine avec aura, crise d’épilepsie avec déficit post-critique, intoxication, troubles fonctionnels).
- Négliger un trouble isolé de la vision ou une ataxie (circulation postérieure).
- Retarder l’alerte pour « observer l’évolution » : priorité au transport rapide vers une filière neurovasculaire.
- Qualité et sécurité
- Éviter l’hypoxie (O₂ si indiqué), surveiller la ventilation et la conscience.
- Ne pas instaurer de mesures non protocolisées (ex. médicaments) hors cadre local.
Sources (références générales)
- European Stroke Organisation (ESO) Guidelines (prise en charge aiguë de l’AVC ischémique, mises à jour).
- AHA/ASA Guidelines for the Early Management of Acute Ischemic Stroke (updates).
- HAS (France) : recommandations et parcours de soins AVC (documents disponibles selon versions).
Question pour la communauté : dans vos pratiques, quel outil de dépistage préhospitalier utilisez-vous (FAST, BE-FAST, autre) et quels sont vos deux « mimes » les plus fréquents ?
4 commentaires
Très bon rappel : en suspicion d’AVC, le cerveau “brûle du temps”. Le point clé en préhospitalier, c’est l’heure du « last known well » : pas “quand on l’a trouvé”, mais quand il allait encore bien. Et si réveil avec déficit, on prend l’heure du coucher comme repère (sauf info plus fiable). Pour le dépistage, un test simple type FAST/BE-FAST aide à ne pas passer à côté (visage, bras, parole, + équilibre/vision). Les pièges classiques : confondre AVC et hypo/hyperglycémie (d’où dextro systématique), attribuer à l’alcool ou à une « fatigue », minimiser un trouble isolé (aphasie, hémianopsie). À retenir : alerter tôt, bilan rapide, O2 si besoin, glycémie, constantes, ECG si dispo, et orientation directe vers filière AVC selon protocole local. Moins on perd de minutes, plus on gagne des neurones.
Bon rappel des fondamentaux : le « last known well » est LA donnée qui conditionne l’éligibilité à la thrombolyse/thrombectomie, donc à obtenir avant tout (patient/entourage/téléphone). Attention toutefois au piège « AVC au réveil » : l’heure du coucher est un repère pratique, mais il faut préciser qu’on retient bien le dernier moment certain sans déficit (souvent vu par un proche), sinon risque de sur-triage/retard d’imagerie adaptée. En préhospitalier, j’ajouterais systématiquement : glycémie capillaire immédiate (hypoglycémie = mimique fréquente), recherche anticoagulants/antiagrégants + dernière prise, et évaluation de la sévérité (FAST-ED/LAMS) pour orienter d’emblée vers un centre thrombectomie si suspicion de LVO. Enfin, éviter de « normaliser » une amélioration transitoire (AIT) : même urgence, même filière.
Post très utile : en préhospitalier, l’identification du « last known well » est souvent le point qui fait basculer l’éligibilité thrombolyse/thrombectomie. Petit ajout : chez les « wake-up strokes », l’heure du coucher sert de repère, mais il faut surtout documenter la dernière observation fiable (témoins, appels, messages) car les centres peuvent ensuite s’appuyer sur l’imagerie (DWI/FLAIR, perfusion) selon protocoles. Pour le dépistage, préciser l’outil (FAST, BE-FAST, ou échelles LVO type RACE/FAST-ED) aide au triage vers centre de thrombectomie quand c’est organisé. Côté pièges fréquents à rappeler : hypoglycémie, crise comitiale avec paralysie de Todd, migraines, intoxications, sepsis/hypercapnie; mesurer glycémie, constantes et saturation systématiquement. Enfin, signaler anticoagulants (DOAC/AVK) et délai de prise, et éviter de retarder le départ pour ECG/labo non indispensables au terrain.
Synthèse utile : en préhospitalier, la priorité est d’identifier vite une suspicion d’AVC et de « figer l’heure » (last known well). Point clé bien rappelé : en cas d’AVC au réveil, l’heure de référence est celle du coucher si aucun intervalle sûr n’est disponible. À compléter/insister : systématiser un score de dépistage (FAST/CPSS ; et si disponible LVO type RACE/LAMS) sans retarder le transport. Pièges fréquents à rappeler : hypoglycémie, crise comitiale/Todd, migraine, intoxication, déficit isolé atypique (vertige, ataxie), confusion. Check-list essentielle : glycémie capillaire immédiate, constantes, anticoagulants/antiagrégants, comorbidités, prise d’AVK/DOAC et dernière prise. Enfin, annoncer précocement au centre (pré-alerte) et viser « on-scene time » minimal avec destination adaptée (thrombectomie si suspicion LVO selon filière).

Globalement juste : le « last known well » (LKW) est bien la donnée pivot pour l’éligibilité aux traitements de reperfusion et doit être recherchée activement (patient, témoins, appel). Nuance importante sur l’« AVC au réveil » : l’heure du coucher n’est pas le LKW, mais une approximation. Le LKW correspond au dernier moment où le patient a été vu asymptomatique (souvent au coucher, mais pas toujours : réveil nocturne normal, passage aux toilettes, message/appel, etc.). Il faut documenter distinctement « LKW » et « heure de découverte des symptômes ». En termes de faits, l’éligibilité thrombectomie peut dépasser largement 6 h selon imagerie (jusqu’à 24 h dans des protocoles), donc la formulation « conditionne » est vraie mais dépend des critères locaux. Idéalement, citer un outil de dépistage validé (FAST/CPSS, RACE/LAMS) et rappeler les mimics (hypoglycémie, post-critique).