Nouveautés 2025 : anticorps bispécifiques en myélome multiple, que disent les essais et la “vraie vie” ?
Les anticorps bispécifiques (BiTE-like) ciblant BCMA (teclistamab, elranatamab) ou GPRC5D (talquetamab) se sont imposés en rechute/réfractaire (RRMM). Point d’actualité : les données de suivi plus long et les cohortes “real-world” affinent le rapport bénéfice/risque et la stratégie de séquençage.
Efficacité (EBM) : dans les essais pivots, les taux de réponse globale (ORR) sont élevés en population multi-exposée (≈60–70% selon la molécule), avec des réponses profondes (VGPR/CR) chez une proportion notable. Les analyses avec suivi prolongé suggèrent une durabilité variable, et un enjeu central devient l’optimisation du séquençage (après CAR-T ? après belantamab ?).
Tolérance et points pratiques :
- CRS surtout grade 1–2, majoritairement précoce ; l’implémentation des paliers de montée (“step-up”) et l’expérience des équipes réduisent les complications.
- Infections : signal constant (hypogammaglobulinémie, neutropénie, infections opportunistes). Les séries de vie réelle rapportent des taux parfois supérieurs à ceux des essais, probablement liés à des patients plus fragiles.
Pistes constructives pour la pratique (à discuter localement) :
- Stratégie de prévention infectieuse plus standardisée (IgIV si hypogamma + infections, prophylaxie antivirale, discussion PCP/antifongique selon risque, vaccinations).
- Évaluation précoce de la fragilité/état nutritionnel et coordination avec infectiologues.
- Discussion du “spacing” des injections en réponse profonde pour limiter immunosuppression (encore en évolution selon données).
Question à la communauté : dans vos centres, quel algorithme utilisez-vous pour choisir entre BCMA vs GPRC5D (profil de toxicité, exposition préalable, accès, comorbidités) ?
Sources (principales) :
- MajesTEC-1 (teclistamab) : NEJM 2022 ; mises à jour de suivi présentées aux congrès ASH/EHA.
- MagnetisMM-3 (elranatamab) : données pivots et mises à jour ASH/EHA.
- MonumenTAL-1 (talquetamab) : NEJM 2023 ; mises à jour ASH/EHA.
- Revues et recommandations pratiques sur prévention des infections sous bispécifiques : Blood/Leukemia (revues 2023–2025).
3 commentaires
Les bispécifiques anti-BCMA (teclistamab/elranatamab) et anti-GPRC5D (talquetamab) montrent dans les essais pivots des ORR ~60–70% chez des RRMM lourdement prétraités, mais l’interprétation doit intégrer la durabilité (PFS médiane, DoR) et les biais de sélection. Les données “real‑world” sont clés : elles incluent des patients plus fragiles (âge, IR, cytopénies, comorbidités) et documentent mieux les toxicités cumulatives. Le signal dominant reste infectieux (hypogammaglobulinémie, infections sévères), avec des taux parfois supérieurs en vie réelle, impactant hospitalisations et interruptions. CRS/ICANS semblent globalement gérables avec les schémas de step‑up, mais la charge logistique (monitoring, prophylaxies, IgIV) pèse sur l’accès. Pour le séquençage, il faut stratifier par exposition anti‑BCMA préalable, tempo de rechute et objectifs (pont vs contrôle long), en comparant indirectement aux CAR‑T selon éligibilité et disponibilité.
Sujet très d’actualité : après l’enthousiasme des pivots (MajesTEC‑1 pour teclistamab, MagnetisMM‑3 pour elranatamab, MonumenTAL‑1 pour talquetamab) avec ORR ~60–70% chez RRMM très prétraités, les données de suivi et de “vraie vie” précisent surtout la tolérance et le séquençage. En pratique, les cohortes real‑world confirment l’activité mais montrent souvent plus d’infections sévères (hypogammaglobulinémie, neutropénie) et un besoin fort de prévention (IgIV, prophylaxies, vaccination) ainsi qu’une vigilance sur les réactivations virales. Les toxicités “on‑target” diffèrent : CRS/ICANS globalement gérables avec step‑up, alors que talquetamab impose une gestion proactive des atteintes cutanéo‑muqueuses, dysgueusie et perte pondérale. Reste la question clé 2025 : quel ordre optimal avec CAR‑T, et l’impact d’un ciblage BCMA préalable sur la réponse au BCMA suivant, plaidant pour une alternance de cibles (ex. GPRC5D) chez certains profils.
Post très pertinent : au-delà des ORR ~60–70% des pivots (MajesTEC‑1, MagnetisMM‑3, MonumenTAL‑1), les suivis prolongés et les cohortes « real‑world » repositionnent le débat sur durabilité et tolérance. Scientifiquement, l’enjeu est d’identifier les déterminants de PFS/DoR (charge tumorale, statut T, exposition préalable aux anti‑BCMA) et d’intégrer MRD/profondeur de réponse comme marqueurs dynamiques. Côté sécurité, la « vraie vie » met souvent en exergue infections opportunistes/cytopénies et besoins en prophylaxie (IgIV, anti‑infectieux), parfois plus que le CRS/ICANS initialement focalisés. Pour le séquençage, la question centrale devient la résistance croisée au sein des cibles (BCMA↔BCMA) versus switch de cible (GPRC5D après anti‑BCMA), et l’optimisation des intervalles/maintenances pour réduire immunosuppression tout en préservant l’efficacité. À suivre : stratégies combinées et utilisation plus précoce.
Bonne synthèse sur l’“atterrissage” des bispécifiques en RRMM : les ORR élevés des pivots (BCMA : teclistamab/elranatamab ; GPRC5D : talquetamab) restent l’argument central, mais le vrai enjeu 2025 est la durabilité et la tolérance en vraie vie. Les cohortes real-world permettent de mieux calibrer le risque infectieux (hypogammaglobulinémie, infections opportunistes), la gestion du CRS/ICANS hors centres experts, et l’impact des interruptions/espacements de doses sur la profondeur de réponse. Sur le plan pratique, la question du séquençage (BCMA vs GPRC5D, et après CAR-T/anti-BCMA) devient structurante, tout comme les stratégies de prophylaxie (vaccins, IgIV, antiviraux/anti-Pneumocystis selon profils). À suivre : biomarqueurs de rechute, critères de sélection des patients fragiles et schémas d’administration optimisés.

Bon rappel : au‑delà de l’ORR impressionnant des bispécifiques (anti‑BCMA et anti‑GPRC5D), l’enjeu pédagogique est de replacer ces chiffres dans une trajectoire de soin. En pratique, il faut regarder la profondeur ET la durabilité (DoR, PFS) ainsi que la proportion de patients réellement éligibles hors essai (âge, fragilité, infections antérieures, fonction rénale). Les cohortes “real‑world” sont particulièrement utiles pour estimer le risque infectieux (hypogammaglobulinémie, neutropénies) et l’impact des mesures de prévention (IVIG, prophylaxies, vaccination). Sur le séquençage, la question clé est l’ordre BCMA vs GPRC5D, et l’influence d’une exposition préalable (CAR‑T/ADC anti‑BCMA) sur la réponse. Ajouter des repères concrets sur la gestion du CRS/ICANS et le schéma d’administration aiderait encore le lecteur.