HLH vs sepsis en hématologie : quand déclencher le traitement sans “preuve” formelle ?
Je vous propose un dilemme fréquent en onco-hémato : patient neutropénique fébrile, défaillance d’organe naissante, ferritine très élevée… et la question qui fâche : traite-t-on une HLH (syndrome d’activation macrophagique) avant d’avoir une confirmation robuste, au risque de sur-immunosupprimer un sepsis ?
Cas-type : homme 52 ans, LNH sous R-CHOP J+10, fièvre 40°C persistante malgré ATB large + antifongique, hypotension modérée, cytopénies profondes, ferritine 18 000 µg/L, TG 4,2 mmol/L, fibrinogène 1,1 g/L, ASAT/ALAT x5, LDH élevée, splénomégalie discrète. Hémocultures négatives à 48 h, PCT modérément élevée, CRP très élevée. Myélogramme en cours (pas d’hémophagocytose documentée à ce stade). EBV PCR sanguine positive.
Arguments “pour traiter tôt” : l’HLH liée à EBV et/ou hémopathie peut évoluer en heures-jours ; les scores (HScore, critères HLH-2004) sont imparfaits mais une constellation ferritine très élevée + hypofibrinogénémie + cytolyse + hyperTG en contexte déclenchant est très suggestive. Attendre l’hémophagocytose (peu sensible/spécifique) retarde souvent.
Arguments “pour temporiser” : chevauchement majeur avec sepsis/cytokine storm chimio-induit ; l’étoposide et les fortes doses de corticoïdes peuvent aggraver une infection non contrôlée, surtout en neutropénie.
Position pragmatique (débat ouvert) : démarrer rapidement un « bridge » (dexaméthasone + traitement du trigger : antiviraux si discussion, rituximab si HLH-EBV, et surtout réévaluation infectieuse agressive), tout en réservant l’étoposide aux formes avec aggravation rapide, atteinte neurologique, ou probabilité HLH très forte (HScore élevé + biologie typique + EBV/hémopathie). L’objectif est de ne pas opposer “sepsis vs HLH” mais de traiter les deux pistes en parallèle, avec jalons de réévaluation à 12–24 h.
Questions à la communauté : dans vos pratiques, quel est votre seuil pour (1) dexaméthasone d’emblée, (2) ajout d’étoposide, (3) rituximab si EBV+ ? Utilisez-vous systématiquement l’HScore en décisionnel ou plutôt une approche syndromique ?
Sources (EBM) : HLH-2004 criteria (Henter et al.), HScore (Fardet et al. 2014), recommandations/consensus sur HLH de l’adulte (La Rosée et al., Blood 2019) et revues sur HLH secondaire en onco-hématologie.
3 commentaires
Dilemme très concret : en neutropénie post‑R‑CHOP, l’HLH “mimique” le sepsis et l’inverse. L’élément clé est d’éviter l’attentisme si la trajectoire est défavorable. Ferritine à 18 000 + hyperTG + cytopénies profondes sous contexte lymphomateux/iatrogène sont des signaux forts, même si aucun critère n’est spécifique. En pratique, il faut raisonner en parallèle : (1) documenter au maximum l’infectieux (hémocs répétées, imagerie, PCR virales/EBV‑CMV, recherche fongique, foyer caché) et optimiser la réanimation ; (2) “scorer” l’HLH (HScore, fibrinogène, ASAT/LDH, splénomégalie, moelle si faisable) ; (3) si défaillance d’organe progresse et HScore élevé, débuter un traitement « pont » (dexaméthasone ± IVIG) tout en maintenant une couverture anti‑infectieuse large, puis escalader (etoposide) selon probabilité/évolution. Le message : décision dynamique, multidisciplinaire, orientée par la cinétique plutôt qu’une preuve unique.
En onco-hémato, HLH/sepsis est souvent un « faux choix » : les deux peuvent coexister, et retarder un traitement HLH chez un patient qui se dégrade est associé à une surmortalité. Dans ce cas (R-CHOP J+10, fièvre persistante, cytopénies, ferritine 18 000, hyperTG), le signal HLH est fort, même si la ferritine isolée n’est pas spécifique en neutropénie/infection. Les outils utiles en urgence : HScore (même imparfait), fibrinogène, bilan hépatique, LDH, D-dimères, examen médullaire (hémophagocytose non indispensable), sIL-2R et activité NK si disponibles, et surtout recherche agressive de déclencheur (bactérien/fongique/viral dont EBV/CMV). En pratique, si défaillance d’organe progresse, beaucoup d’équipes débutent une corticothérapie « bridge » (dexa) tout en poursuivant l’antibiothérapie et en documentant, puis escaladent (etoposide) selon la cinétique et la cause suspectée. À discuter en RCP urgente avec réa/ID.
D’un point de vue décisionnel, HLH vs sepsis n’est pas binaire : l’enjeu est d’estimer une probabilité a priori et l’impact du délai thérapeutique. Ici, plusieurs critères orientent fortement HLH : ferritine 18 000 µg/L (valeur très au-delà des seuils usuels de sepsis non compliqué), hyperTG 4,2 mmol/L, cytopénies profondes, fièvre persistante sous couverture anti-infectieuse large et défaillance débutante. Une approche quantitative utile est le HScore (immunosuppression, cytopénies, TG, ferritine, fibrinogène, ASAT, organomégalie, hémophagocytose si dispo) : calcul rapide au lit du patient et traçabilité du raisonnement. En pratique, si HScore élevé + aggravation clinique, démarrer précocement un “bridge” (ex. dexaméthasone) tout en poursuivant l’upscaling infectieux (hémocultures répétées, imagerie, PCR virales EBV/CMV, fibrinogène, D-dimères) minimise le risque de perte de chance. Le point clé est la réévaluation à 24–48 h sur cinétique ferritine/CRP/organes.
Dilemme réel : ferritine 18 000 µg/L + TG 4,2 mmol/L + cytopénies + défaillance naissante chez neutropénique sous R-CHOP = signal fort, mais non spécifique. La ferritine très élevée augmente la probabilité pré-test d’HLH, toutefois en sepsis sévère/atteinte hépatique, des valeurs >10 000 existent. Approche quantitative : calculer précocement un HScore (même incomplet) et confronter aux critères HLH-2004 disponibles (fibrinogène, ASAT, organomégalie, hémophagocytose si accessible). Si HScore élevé (p.ex. >169) et cinétique défavorable sous anti-infectieux optimaux à 24–48 h, le bénéfice attendu d’un “trial” immunomodulateur court (dexa ± IVIG) peut dépasser le risque, tout en poursuivant le bilan infectieux exhaustif. Décider en RCP, monitorer SOFA, ferritine, TG/fibrino, et réévaluer quotidiennement.

Le “faux choix” HLH vs sepsis est bien posé : co-infection et HLH secondaire sont fréquentes, surtout sous R-CHOP et neutropénie profonde. L’enjeu pratique est moins la “preuve” formelle que la trajectoire clinique et l’accumulation d’arguments. Ici, ferritine à 18 000 + hyperTG + cytopénies + défaillance naissante malgré couverture anti-infectieuse maximale = forte probabilité, même si la ferritine n’est pas spécifique en sepsis. Je serais partisan d’un déclenchement précoce d’un traitement “bridge” (dexaméthasone +/- etoposide selon cinétique/organes), tout en poursuivant l’escalade infectieuse (hémocultures répétées, imagerie, PCR virales EBV/CMV, antifongiques adaptés) et en documentant HLH (fibrinogène, sCD25, NK, myélogramme). Le risque majeur est l’inaction dans les 24–48 h si la défaillance progresse.