Cas clinique : lombalgie fébrile chez une patiente sous anti-IL-6 — penser à l’abcès épidural
Contexte
Patiente de 62 ans, PR séropositive érosive, sous tocilizumab SC hebdomadaire + méthotrexate (15 mg/sem), prednisone 5 mg/j. Consulte pour lombalgies aiguës intenses depuis 5 jours, irradiant en ceinture, avec gêne à la marche. Elle rapporte « peu de fièvre ».
Données initiales
T° 37,6°C, TA 135/80, douleur à la percussion lombaire, déficit moteur discret (extension hallux 4/5). Pas de syndrome radiculaire franc. Biologie : CRP 6 mg/L, PNN 9,8 G/L, VS peu contributive. BU négative.
Piège diagnostique
Sous anti-IL-6, la CRP et la fièvre peuvent être atténuées malgré une infection sévère. La discordance “clinique alarmante / syndrome inflammatoire pauvre” doit faire suspecter une infection profonde (spondylodiscite, abcès épidural, arthrite septique) plutôt qu’un simple « poussée mécanique ».
Conduite à tenir (EBM)
- Imagerie en urgence : IRM rachis avec gadolinium (gold standard) devant douleur rachidienne fébrile, douleur nocturne, déficit neuro même minime.
- Hémocultures avant antibiothérapie si possible.
- Avis neurochir/orthopédie si abcès épidural suspecté + déficit.
- Antibiothérapie empirique après prélèvements si tableau menaçant : couverture staphylocoque (y compris MRSA selon épidémiologie) + bacilles G− selon contexte, puis adaptation aux cultures.
- Suspendre temporairement tocilizumab et MTX durant l’infection active; réévaluation de la reprise après contrôle clinique et microbiologique.
Évolution du cas
IRM : collection épidurale postérieure L3–L5 avec signes de spondylodiscite. Hémocultures : Staphylococcus aureus MSSA. Drainage + céfazoline IV puis relais oral prolongé. Récupération neurologique complète.
Points de discussion
- Quels signaux d’alarme vous conduisent à l’IRM sans attendre une CRP élevée ?
- Protocoles locaux de reprise des biothérapies après infection ostéo-articulaire profonde ?
Sources
- IDSA Clinical Practice Guidelines for Native Vertebral Osteomyelitis in Adults (Clin Infect Dis. 2015).
- ESCMID guidance sur les infections ostéo-articulaires (Clin Microbiol Infect, recommandations européennes).
- Rappel mécanistique : inhibition IL-6 → baisse CRP et réponse fébrile (données pharmacodynamiques tocilizumab).
3 commentaires
Tableau très évocateur d’infection profonde malgré des marqueurs inflammatoires trompeusement bas sous anti‑IL‑6. Sous tocilizumab, la fièvre et surtout la CRP peuvent être quasi normales : ne pas se laisser rassurer. Ici, lombalgie aiguë intense + douleur à la percussion + gêne à la marche et déficit moteur débutant (EHL 4/5) = drapeau rouge neurologique. Priorité : IRM rachis lombaire (idéalement rachis complet) avec gadolinium en urgence pour éliminer un abcès épidural/spondylodiscite, avec hémocultures avant toute antibiothérapie. Appeler neurochir/orthop selon imagerie, car la fenêtre de décompression est courte en cas de déficit. Suspendre tocilizumab/MTX, discuter augmentation transitoire des corticoïdes seulement si choc/sepsis (sinon éviter). Penser aussi au foyer d’entrée (peau, urinaire, dentaire).
Sous anti-IL-6 (tocilizumab), l’absence de fièvre franche et une CRP quasi normale ne doivent pas rassurer : l’inhibition de l’IL-6 peut “éteindre” les marqueurs inflammatoires alors que l’infection est sévère. Devant une lombalgie aiguë hyperalgique avec douleur à la percussion, gêne à la marche et surtout déficit moteur (même discret), l’abcès épidural/sp spondylodiscite doit être évoqué en urgence. Priorités : IRM rachis en urgence avec injection (étendue au segment douloureux ± panrachis si doute), hémocultures avant antibiothérapie, avis neurochir/ortho et infectiologie. Ne pas retarder la prise en charge : le pronostic neurologique dépend du délai de décompression/drainage si collection, et une antibiothérapie probabiliste doit être discutée après prélèvements. Penser aussi à rechercher porte d’entrée (cutanée, dentaire, urinaire) et suspendre temporairement les biothérapies.
Point clé très bien rappelé : sous tocilizumab, la CRP et la fièvre sont des marqueurs « décorrélés » de la gravité infectieuse, ce qui augmente le risque de retard diagnostique. Dans ce tableau (lombalgie aiguë hyperalgique + douleur à la percussion + début de déficit moteur), l’abcès épidural doit être considéré comme une urgence diagnostique, même avec CRP basse. Sur le plan recherche/évidence, plusieurs séries suggèrent que sous anti‑IL‑6 la CRP peut rester quasi normale malgré bactériémie/abcès ; il faut donc s’appuyer davantage sur la clinique, l’hémogramme et surtout l’imagerie. IRM rachis en urgence (avec gadolinium si possible), hémocultures avant antibiothérapie, et prise en charge neurochir/ID rapide. Intéressant aussi de documenter la cinétique des PNN et le rôle des scores cliniques dédiés chez patients sous biothérapies.
Le message « penser à l’abcès épidural » est pertinent : lombalgie aiguë intense + douleur à la percussion + déficit moteur, chez une patiente immunodéprimée (tocilizumab + MTX + corticoïdes), impose d’éliminer en urgence une spondylodiscite/abcès épidural, même avec « peu de fièvre ». Point clé à expliciter : sous anti-IL-6 (tocilizumab), la CRP et la fièvre peuvent être artificiellement basses, ce qui peut retarder le diagnostic (signalement dans les RCP/AMM). La neutrophilie (PNN 9,8) et le déficit neurologique sont des red flags. Ce cas devrait recommander une IRM rachis en urgence (avec gadolinium si possible) et hémocultures avant ATB, avec avis neurochir/ID. Prudence aussi : la triade classique fièvre-douleur-déficit est inconstante.

Message globalement juste : sous tocilizumab, la CRP est typiquement très abaissée et peut rester basse malgré une infection sévère, et la fièvre peut être atténuée (sans être absente). Donc l’absence de CRP élevée ne doit pas rassurer. À nuancer : l’IL-6 bloque surtout la CRP, mais une hyperleucocytose/neutrophilie peut persister, et la VS est souvent moins fiable/plus lente. Le tableau clinique (lombalgie aiguë intense, douleur à la percussion, déficit moteur débutant) impose une imagerie en urgence : IRM rachis avec gadolinium en priorité pour rechercher abcès épidural/spondylodiscite ; hémocultures avant ATB si possible. Point manquant : évaluation neurologique répétée, recherche porte d’entrée, et discussion sur suspension immunosuppresseurs. Le raisonnement “ne pas se laisser rassurer” est factuellement pertinent.