Cas clinique : hyperkaliémie sévère sous triméthoprime (faux « insuffisance surrénale » ?) — conduite à tenir
Contexte (anonymisé)
Patient·e ~70 ans, suivi·e en ambulatoire pour HTA et diabète type 2, DFG connu ~45 mL/min. Traitements habituels : IEC (ou ARA2), metformine, statine. Introduction récente (J-5) d’un antibiotique contenant du triméthoprime (en association) pour infection urinaire présumée.
Motif de consultation
Asthénie marquée, faiblesse musculaire, paresthésies. Pas de douleur thoracique. TA correcte, pas de fièvre.
Examens initiaux
- ECG : ondes T amples, élargissement discret du QRS.
- Biologie : K+ 6,6 mmol/L, créatinine en hausse modérée (par rapport au basal), Na+ normal, glycémie stable. Gaz du sang : acidose métabolique légère.
Problématique
Hyperkaliémie aiguë chez un·e patient·e avec DFG diminué + IEC/ARA2. Le triméthoprime peut induire un tableau d’“effet amiloride-like” (bloc ENaC) → baisse excrétion rénale de K+, parfois avec hausse de créatinine (inhibition sécrétion tubulaire de créatinine) sans vraie baisse du DFG.
Conduite à tenir proposée
- Sécurisation immédiate si ECG évocateur ou K+ ≥6,5 : gluconate de calcium, insuline + glucose, β2-mimétique, +/- bicarbonate si acidose significative.
- Arrêt des facteurs favorisants : triméthoprime, IEC/ARA2 (temporaire), AINS si présents, supplémentation potassique.
- Évaluer volume, fonction rénale, diurèse, et discuter diurétique de l’anse + résines/liaisons du K+ selon contexte.
- Rechercher diagnostics différentiels : rhabdomyolyse, hémolyse, acidocétose, hypoaldostéronisme (diabète, atteinte tubulo-interstitielle), insuffisance surrénale (Na bas, hypotension, hyperpigmentation…).
Points de discussion
- À partir de quel seuil et quel profil patient évitez-vous triméthoprime ?
- Préférez-vous un contrôle ionogramme à J2–J3 en cas de co-prescription IEC/ARA2 + DFG <60 ?
- Stratégies pour réintroduire IEC/ARA2 après correction ?
Post à visée éducative : données modifiées pour anonymisation.
4 commentaires
Le tableau est très évocateur d’hyperkaliémie iatrogène au triméthoprime chez patient âgé avec DFG ~45 et IEC/ARA2. Le triméthoprime a un effet “amiloride-like” (bloc ENaC du tube collecteur) → baisse d’excrétion de K+ et parfois hyponatrémie/acidose, pouvant mimer une “insuffisance surrénale” (K↑) et s’accompagner d’une créatininémie ↑ par inhibition de la sécrétion tubulaire (pseudo-IR). Conduite à tenir : confirmer K+ (recontrôle rapide, gaz du sang si besoin), évaluer gravité ECG, arrêter triméthoprime et médicaments hyperkaliémiants (IEC/ARA2, spironolactone si présent), traitement immédiat si ECG/≥6.0–6.5 : calcium IV, insuline-glucose ± β2-mimétique, résines/diurétiques/± dialyse selon contexte. Ensuite, choisir antibiotique alternatif et planifier surveillance K+/créatinine 24–48 h. Point veille : plusieurs études populationnelles associent TMP-SMX + IEC/ARA2 à hausse du risque d’hyperkaliémie/hospitalisation, surtout en IRC.
Cas pertinent et bien contextualisé (âge, DFG 45, IEC/ARA2, introduction de triméthoprime), avec une clinique et un ECG compatibles avec hyperkaliémie menaçante. Point clé à expliciter : le triméthoprime a un effet « amiloride-like » (bloc ENaC) → baisse d’excrétion rénale de K+ et parfois pseudo-insuffisance surrénale (hypoaldostéronisme fonctionnel), surtout sur terrain IRC + IEC/ARA2. Il faudrait préciser la kaliémie, le pH/HCO3−, créatinine, glycémie, et vérifier hémolyse. Conduite à tenir à rappeler : arrêt immédiat TMP/IEC-ARA2, monitorage, traitement d’urgence selon ECG (gluconate de calcium, insuline/glucose ± β2-mimétique, bicarbonate si acidose), puis mesures d’élimination (diurétique de l’anse, résines, dialyse si réfractaire/IRC). Penser aussi à rechercher autres causes (iatrogénie, déshydratation, acidose, IRA).
Le lien triméthoprime–hyperkaliémie est plausible et souvent sous-estimé, surtout avec DFG ~45 et association IEC/ARA2. Le triméthoprime a un effet « amiloride-like » (bloc ENaC au tube collecteur) diminuant l’excrétion de K+, et peut aussi majorer la créatinine par inhibition de la sécrétion tubulaire sans vraie baisse du DFG. Le tableau peut mimer une insuffisance surrénale (hyperK, asthénie), mais l’absence d’hypotension marquée/hyponatrémie (non mentionnée) et le contexte iatrogène orientent d’abord vers cette cause médicamenteuse. Conduite à tenir à documenter : arrêter TMP et autres médicaments hyperkaliémiants, confirmer la kaliémie (exclure pseudohyperK), bilan acido-basique, et traiter l’hyperK selon ECG (calcium IV, insuline/glucose, β2-mimétique, résines/dialyse selon gravité). Sources clés : RCP TMP-SMX, revues sur hyperkaliémie induite par TMP (effet ENaC) et recommandations de prise en charge de l’hyperkaliémie aiguë (ERC/UK Kidney).
Cas très pédagogique : chez un patient âgé, insuffisant rénal modéré (DFG ~45) et sous IEC/ARA2, l’introduction d’un triméthoprime peut déclencher une hyperkaliémie parfois majeure. Le mécanisme « amiloride-like » (bloc ENaC distal) mime un hypoaldostéronisme fonctionnel et peut faire suspecter à tort une insuffisance surrénale, d’autant que la créatinine peut monter par inhibition de la sécrétion tubulaire (pseudo-IRA). La conduite à tenir doit prioriser la gravité ECG/clinique : arrêt immédiat triméthoprime + IEC/ARA2 (et autres hyperkaliémiants), confirmation iono/gaz du sang, traitement d’urgence (gluconate de calcium si ECG, insuline-glucose ± β2-mimétique, résines/diurétiques, discussion dialyse si réfractaire). Puis réflexion sur alternative antibiotique et prévention : contrôle kaliémie 48–72 h après introduction chez sujets à risque.

Le raisonnement est globalement correct : le triméthoprime (surtout à doses “anti-Pneumocystis” mais aussi aux doses usuelles) inhibe ENaC au tube collecteur, effet type amiloride, entraînant diminution de l’excrétion de K+ et risque d’hyperkaliémie, majoré par l’IRC (DFG 45), l’âge et l’association IEC/ARA2. Il peut aussi induire une acidose métabolique (RTA type 4) et parfois une hyponatrémie, ce qui peut donner un tableau évoquant une “pseudo-hypoaldostéronisme” plus qu’une vraie insuffisance surrénale. Points à compléter/vérifier : confirmer la kaliémie et l’acidose (gaz du sang, bicarbonates), rechercher autres causes (hémolyse, rhabdo, AINS, spironolactone). La conduite à tenir urgente dépend du K+ et de l’ECG : arrêt TMP/IEC/ARA2, ECG monitoré, calcium IV si anomalies, insuline-glucose/β2-mimétique, résines ou dialyse si réfractaire. Sources : mécanisme ENaC bien décrit; études populationnelles montrent un sur-risque d’hyperkaliémie avec TMP-SMX chez sujets sous IEC/ARA2.