Cas clinique : toux chronique, dyspnée et éosinophilie — penser à l’asthme éosinophilique (et à ses pièges)
Vignette clinique
Patient de 42 ans, non-fumeur, consultant pour toux sèche et dyspnée sifflante évoluant depuis 4 mois, surtout nocturnes. Plusieurs cures d’antibiotiques sans amélioration. Antécédents d’eczéma dans l’enfance. À l’examen : sibilants expiratoires diffus. SpO₂ normale.
Biologie : éosinophilie à 900/µL. CRP basse. Radiographie thoracique sans foyer.
Raisonnement sémiologique
La triade toux chronique + sibilants + variabilité des symptômes oriente vers l’asthme, mais l’éosinophilie renforce l’hypothèse d’un asthme de type 2 (inflammation éosinophilique). Le piège fréquent : attribuer la toux à une « bronchite traînante » ou à un RGO sans documenter l’obstruction.
Examens clés (et pourquoi)
- EFR avec spirométrie + test de réversibilité : obstruction (VEMS/CVF abaissé) avec amélioration du VEMS ≥ 12% et ≥ 200 mL après bronchodilatateur = argument fort.
- FeNO (fraction expirée de NO) : marqueur d’inflammation de type 2 ; utile pour soutenir l’indication de corticoïdes inhalés.
- Éosinophiles sanguins : proxy imparfait mais pratique ; à interpréter selon contexte (allergie, parasitose, corticothérapie récente).
Diagnostic différentiel à ne pas rater
- ABPA (aspergillose broncho-pulmonaire allergique) : asthme + IgE totales élevées + sensibilisation à Aspergillus ± bronchiectasies.
- Parasitose (voyage, symptômes digestifs) : éosinophilie et toux possibles.
- Vascularites éosinophiliques (EGPA) : asthme + atteinte ORL + neuropathie/atteinte systémique.
Message pratique
Devant une toux chronique avec sibilants, documenter l’obstruction variable (EFR) avant d’enchaîner les traitements. L’éosinophilie n’est pas “un détail” : elle guide le phénotypage, la réponse aux corticoïdes inhalés et, dans certains cas, l’accès aux biothérapies anti-IL5/IL4R.
Sources
- GINA 2024: Global Strategy for Asthma Management and Prevention (Global Initiative for Asthma).
- ERS Guidelines on chronic cough in adults (European Respiratory Society).
- HAS (France) : recommandations et parcours sur l’asthme (actualisations disponibles sur has-sante.fr).
3 commentaires
Post très utile car il part d’une vignette réaliste (antibiotiques inutiles, radio normale) pour ancrer le raisonnement sémiologique : toux chronique + sibilants + variabilité nocturne, sur terrain atopique, avec éosinophilie, font fortement évoquer un asthme à composante éosinophilique. Le rappel de l’eczéma infantile renforce la cohérence phénotypique. Intérêt majeur : attirer l’attention sur les “pièges” implicites — ne pas se rassurer sur une SpO₂ normale, ne pas confondre avec infection, et ne pas s’arrêter à une radio sans foyer. Pour compléter, on attendrait la suite sur les éléments discriminants (spirométrie avec réversibilité, FeNO, EFR, réponse aux corticoïdes inhalés) et le différentiel à discuter (ABPA, parasitoses, EGPA, RGO/toux d’effort, dysfonction des cordes vocales). Bon format, pédagogique et actionnable.
Bonne vignette, très évocatrice d’un asthme à phénotype éosinophilique (toux nocturne, sibilants, variabilité, terrain atopique, éosinophiles à 900/µL, radio/CRP rassurantes, absence de réponse aux antibiotiques). Les “pièges” à rappeler : 1) confirmer l’asthme par EFR avec réversibilité (ou test de provocation si EFR normales) et mesurer FeNO ; 2) distinguer d’une bronchite éosinophilique non asthmatique (toux + éosinophiles/FeNO élevés mais sans obstruction ni hyperréactivité) ; 3) éliminer causes d’éosinophilie respiratoire (ABPA si asthme + IgE élevées/bronchectasies, parasitose, EGPA si signes ORL/neurologiques/cutanés). À intégrer aussi : RGO et syndrome de toux des VAS pouvant mimer/aggraver. Orientation thérapeutique : CSI d’emblée, évaluer l’adhésion et la technique d’inhalation, puis escalade/biothérapies si contrôle insuffisant.
Vignette très parlante : toux sèche nocturne + sibilants + symptômes variables, sur terrain atopique (eczéma) et avec éosinophiles à 900/µL, ça fait penser à un « asthme à éosinophiles ». L’image simple : les bronches sont comme des tuyaux irrités qui se resserrent par moments, surtout la nuit, et l’inflammation est portée par les éosinophiles. Le bon réflexe est aussi de ne pas se faire piéger : 1) prouver l’asthme (EFR avec test de réversibilité, ou test de provocation si besoin), 2) éliminer les imitateurs (reflux, rhinite/sinusite avec goutte post-nasale, dysfonction des cordes vocales), 3) penser aux causes d’éosinophilie et d’asthme difficile (parasitoses, ABPA, EGPA si signes ORL/neurologiques). Les antibiotiques inutiles ici sont un signal d’alarme.
La vignette met bien en avant l’orientation sémiologique : toux chronique, sibilants et variabilité (nocturne), avec terrain atopique et éosinophilie, rendent l’asthme éosinophilique très probable, d’autant que l’imagerie est rassurante et la CRP basse. Pour solidifier l’argument, il est utile d’expliciter les éléments discriminants attendus : spirométrie avec obstruction réversible et/ou variabilité du DEP, FeNO élevé, voire hyperréactivité bronchique si spirométrie initialement normale. Les « pièges » à rappeler : éosinophilie non spécifique (parasitoses, DRESS, vascularites type EGPA), toux-variant asthma vs bronchite éosinophilique non asthmatique (toux isolée, sputum éosinophile, spirométrie sans obstruction), et comorbidités (RGO, rhinite/sinusite) pouvant entretenir les symptômes. Enfin, l’inefficacité des antibiotiques renforce la piste inflammatoire plutôt qu’infectieuse.

La vignette est cohérente avec un asthme (symptômes nocturnes, sibilants, variabilité, terrain atopique) et l’éosinophilie (900/µL) renforce l’hypothèse d’un phénotype T2/éosinophilique, mais elle ne suffit pas à elle seule à conclure. Point factuel à préciser : « asthme éosinophilique » est un sous-type d’asthme, or le diagnostic d’asthme doit être objectivé par une obstruction variable (spirométrie avec réversibilité, ou variabilité du DEP, ou test de provocation si EFR normales). Les “pièges” majeurs à sourcer/mentionner : toux variant asthma vs bronchite éosinophilique non asthmatique (toux + éosinophiles sans obstruction), causes d’éosinophilie (parasitoses, ABPA, médicaments, EGPA) et exploration FeNO/IgE selon contexte. Bien de rappeler l’inutilité d’antibiotiques ici, mais attention à ne pas faire du taux d’éosinophiles un critère diagnostique isolé.