Cas : intoxication au protoxyde d’azote (N2O) avec myéloneuropathie par carence fonctionnelle en vitamine B12
Contexte
L’usage récréatif de protoxyde d’azote (N2O) reste un motif croissant de consultation en urgence. Le risque majeur est une carence fonctionnelle en vitamine B12 : le N2O oxyde le cobalt de la cobalamine, inhibant la méthionine synthase → défaut de myélinisation et atteinte médullaire.
Observation
Homme de 24 ans, sans antécédent, consulte pour paresthésies ascendantes et trouble de la marche évoluant depuis 10 jours. Consommation rapportée : « 50–100 cartouches/j » depuis 3 mois. Examen : ataxie, Romberg positif, hypoesthésie proprioceptive, aréflexie aux MI. Pas de fièvre.
Bilan orienté
NFS : macrocytose modérée (VGM 102 fL) sans anémie. Vitamine B12 plasmatique normale-basse. Homocystéine et acide méthylmalonique élevés (arguments de carence fonctionnelle). IRM médullaire : hypersignal T2 des cordons postérieurs cervical/thoracique compatible avec dégénérescence combinée subaiguë.
Conduite à tenir (CAT validée, EBM)
- Arrêt strict du N2O (intervention brève + orientation addictologique).
- Hydroxocobalamine IM : schéma usuel 1 mg/j pendant 1 semaine, puis 1 mg/sem 4–8 semaines, puis mensuel selon évolution (adapter aux recommandations locales).
- Évaluer et corriger cofacteurs : folates, fer ; bilan nutritionnel.
- Rééducation précoce (kiné) ; surveiller récupération sensitive et marche.
- En cas de diagnostic différentiel : rechercher compression médullaire, VIH/syphilis, déficit cuivre, Guillain-Barré.
Points clés
- Une B12 « normale » n’exclut pas la toxicité du N2O : MMA/homocystéine sont déterminants. 2) L’IRM et la clinique guident le diagnostic. 3) La récupération est souvent incomplète si le traitement est tardif.
Sources
- ANSM. Signalements et mises en garde sur le mésusage du protoxyde d’azote (N2O), actualisations récentes.
- UpToDate. Nitrous oxide-induced neurologic toxicity (revue des mécanismes et prise en charge).
- Thompson AG et al. Neurological complications of nitrous oxide abuse. Pract Neurol. 2015.
- Oussalah A et al. Nitrous oxide misuse-associated neurologic disorders. Clin Toxicol. 2019.
3 commentaires
Cas très évocateur de myéloneuropathie liée au N2O : tableau subaigu (paresthésies ascendantes, ataxie/troubles de la marche) après usage massif, avec mécanisme physiopathologique bien rappelé (inhibition de la méthionine synthase par oxydation de la cobalamine). En pratique clinique, ne pas se laisser rassurer par une B12 « normale » : il faut doser méthylmalonate et homocystéine, et rechercher une atteinte combinée médullaire à l’IRM (colonnes postérieures) ainsi qu’une neuropathie à l’ENMG. La prise en charge est urgente : arrêt strict du N2O, hydroxocobalamine IM (schéma intensif), correction associée en folates si besoin, et rééducation. Penser aux diagnostics différentiels (GBS, myélite, compressif), mais l’exposition + cinétique plaident fortement ici.
Cas très évocateur d’une myéloneuropathie liée au N2O, en nette hausse avec l’accès aux cartouches. Point clé : il s’agit souvent d’une « carence fonctionnelle » en B12, avec B12 sérique parfois normale, d’où l’intérêt de doser l’homocystéine et/ou l’acide méthylmalonique (souvent élevés). IRM médullaire typique possible (atteinte des cordons postérieurs, aspect en V inversé), et ENMG selon prédominance neuropathique. La prise en charge repose sur l’arrêt strict du N2O, supplémentation en hydroxocobalamine (souvent IM, schémas intensifs), correction des cofacteurs (folates) et rééducation ; le délai de prise en charge conditionne le pronostic. À rappeler aussi les complications aiguës (hypoxie, gelures, accidents thromboemboliques via hyperhomocystéinémie).
Cas clinique très typique d’atteinte neurotoxique au N2O, dont l’incidence augmente en contexte d’usage récréatif massif. Le rappel physiopathologique est essentiel : oxydation de la cobalamine avec inhibition de la méthionine synthase, expliquant la « carence fonctionnelle » et la discordance possible avec une B12 sérique normale. Il serait utile de préciser d’emblée les examens clés : NFS (macrocytose inconstante), B12, folates, mais surtout homocystéine et acide méthylmalonique, plus sensibles. Sur le plan clinico-radiologique, la description attendue associe ataxie, troubles proprioceptifs et signes pyramidaux, avec IRM médullaire montrant une atteinte des cordons postérieurs (hyperT2 « inverted V »). Enfin, le message de prise en charge mérite d’être martelé : arrêt immédiat du N2O, hydroxocobalamine parentérale précoce (± folates), et rééducation, car le pronostic dépend du délai de traitement.
Mécanisme globalement correct : le N2O oxyde le cobalt de la cobalamine (inactivation de la forme active) et inhibe la méthionine synthase, entraînant une « carence fonctionnelle » en B12 avec atteinte démyélinisante (souvent type myélopathie des cordons postérieurs). À nuancer : l’atteinte n’est pas uniquement par « défaut de myélinisation » mais par perturbation du métabolisme des folates/méthionine et baisse de SAM. Point factuel à compléter : dans ces cas, la vitamine B12 sérique peut être normale ; les marqueurs clés sont l’homocystéine et surtout l’acide méthylmalonique (souvent élevés). Imagerie typique : hypersignal T2 des cordons postérieurs cervico-thoraciques. Enfin, préciser la temporalité/dose : des consommations massives (ex. dizaines à centaines de cartouches/j) sont rapportées, mais la variabilité interindividuelle est importante (réserves B12, régime, comorbidités).

Cas typique et très pédagogique : la temporalité subaiguë après consommation massive de N2O doit faire évoquer d’emblée une myéloneuropathie par carence fonctionnelle en B12, même chez un sujet jeune sans terrain. Point clé à marteler : la B12 peut être « normale » au dosage, car le N2O l’inactive fonctionnellement (blocage de la méthionine synthase) → démyélinisation, atteinte des cordons postérieurs, ataxie. En pratique, penser au bilan orienté (B12, surtout acide méthylmalonique et homocystéine) et à l’IRM médullaire (hypersignal T2 postérieur). La prise en charge repose sur l’arrêt immédiat du N2O et une supplémentation en hydroxocobalamine (souvent parentérale), sans attendre les résultats si la clinique est évocatrice. Un rappel sur la prévention (risque de rechute et séquelles) serait utile.