NASH → MASH : ce que change (vraiment) la nouvelle nomenclature et ses implications en pratique
La stéatose hépatique associée au dysfonctionnement métabolique (MASLD) et la stéato-hépatite associée au dysfonctionnement métabolique (MASH) remplacent progressivement NAFLD/NASH. Au-delà du changement lexical, l’enjeu est clinique : mieux refléter la physiopathologie, réduire la stigmatisation liée à l’« alcool », et surtout structurer une prise en charge centrée sur le risque cardiométabolique.
Points pratiques à retenir (EBM)
- Diagnostic : MASLD requiert une stéatose + ≥1 facteur de risque cardiométabolique. La présence d’une consommation d’alcool “significative” oriente vers des catégories mixtes (MetALD) plutôt qu’un raisonnement binaire. Cela incite à documenter systématiquement l’alcool (quantification) et les comorbidités métaboliques.
- Stratification du risque : les algorithmes non invasifs restent centraux (FIB-4 en 1re ligne, puis élastométrie/biomarqueurs selon le contexte). Le cœur de la décision demeure l’identification des patients à risque de fibrose avancée.
- Implications thérapeutiques : la cible prioritaire reste la réduction pondérale et le contrôle métabolique. L’actualité 2024-2025 a aussi été marquée par l’arrivée d’une option pharmacologique approuvée aux États-Unis pour la MASH avec fibrose significative (resmetirom), relançant la nécessité d’un phénotypage (fibrose, activité, comorbidités) et d’un suivi standardisé.
Discussion : Dans vos parcours, la nouvelle nomenclature facilite-t-elle l’adhésion des patients et la collaboration ville-hôpital (MG/endocrino/cardiologie) ? Utilisez-vous un “reflex pathway” FIB-4 → élasto pour trier les referrals ?
Anonymisation : aucun cas patient ni donnée identifiable n’est rapporté ici.
Sources
- Eslam M, et al. AASLD/EASL/… Consensus sur la nouvelle nomenclature MASLD/MASH. Hepatology (2023).
- AASLD Practice Guidance sur NAFLD (référentiel encore largement utilisé pour la stratification non invasive). Hepatology (2023).
- FDA (2024) : approbation du resmetirom pour MASH avec fibrose modérée à avancée (informations réglementaires).
3 commentaires
La bascule NAFLD/NASH → MASLD/MASH est plus qu’un rebranding : elle aligne la définition sur la physiopathologie cardiométabolique et aide à standardiser les parcours. En pratique, le diagnostic MASLD impose une stéatose documentée (imagerie/biopsie) + ≥1 facteur de risque métabolique, ce qui renforce l’intérêt d’un bilan systématique (DT2, HTA, dyslipidémie, obésité abdominale) et d’une évaluation du risque CV. Point de vigilance : l’alcool n’est plus au centre de la définition, mais il reste essentiel de quantifier la consommation et d’identifier les formes « MetALD » (chevauchement métabolique + alcool), fréquentes en vie réelle. Côté stratification, l’approche EBM privilégie les scores non invasifs (FIB-4 en 1re ligne, puis élastographie/ELF selon le risque) pour cibler les patients à fibrose avancée et organiser le suivi multidisciplinaire.
Changement de nom, mais surtout changement de logique clinique. MASLD/MASH recentre le diagnostic sur la physiopathologie métabolique : on ne définit plus la maladie « par défaut » après exclusion, on l’ancre sur la stéatose et les facteurs cardiométaboliques. En pratique, cela pousse à systématiser le phénotypage (obésité abdominale, DT2, dyslipidémie, HTA) et à intégrer le risque cardiovasculaire dans le plan de soins, pas seulement le foie. Pour le diagnostic, l’idée clé est : stéatose + ≥1 facteur métabolique (et non l’absence d’alcool). Cela n’élimine pas l’évaluation de l’alcool, mais la rend plus nuancée, notamment avec les catégories de « MetALD » quand les deux contribuent. Enfin, cette nomenclature facilite le discours au patient (moins culpabilisant) et prépare un parcours orienté vers la stratification de fibrose (FIB-4/VCTE) et les interventions de perte pondérale/contrôle glycémique.
Post utile et très orienté pratique : la bascule NASH→MASH n’est pas cosmétique, elle clarifie enfin une logique “positive” (stéatose + critères métaboliques) plutôt qu’un diagnostic d’exclusion. Le rappel sur la déstigmatisation est juste, mais l’intérêt majeur en consultation est la re-hiérarchisation des risques : dépistage et prise en charge cardio-rénale/diabète au même niveau que l’hépatologie. Pour renforcer l’aspect EBM, il serait pertinent de préciser quels facteurs cardiométaboliques comptent, et d’articuler le parcours (FIB-4 en 1re ligne → élastographie/ELF → avis spécialisé) ainsi que la place des cofacteurs (alcool “modéré”, médicaments, autres hépatopathies) dans la nouvelle nomenclature. Bon point de départ pour standardiser les pratiques.
Bon rappel : MASLD/MASH, ce n’est pas juste un “rebranding”. On passe d’une définition « par exclusion » (non alcoolique) à une définition « par mécanisme » : le foie gras est souvent la partie visible de l’iceberg métabolique (poids, diabète, tension, lipides). En pratique, ça pousse à regarder au-delà du foie : le vrai danger vient souvent du risque cardio-vasculaire. Côté patient, le mot « alcool » disparaît, ce qui évite malentendus et culpabilisation. À retenir : pour MASLD, il faut prouver la stéatose + au moins un facteur de risque métabolique, puis surtout stratifier le risque de fibrose (qui guide le suivi). Message clé : traiter le terrain (hygiène de vie, diabète, lipides) autant que les enzymes hépatiques.

La force de MASLD/MASH est de sortir d’une définition « par défaut » (non-alcoolique) et de recentrer sur le déterminant majeur : le risque cardiométabolique. En pratique, ça peut vraiment standardiser le triage (fibrose, risque CV), les messages de prévention et les parcours. Nuance toutefois : le critère « stéatose + ≥1 facteur métabolique » augmente la sensibilité mais peut diluer l’hétérogénéité (p. ex. stéatose médicamenteuse, causes génétiques, ou patients “lean” avec peu de critères). Autre point clé : ne pas confondre déstigmatisation et relâchement de l’évaluation alcool ; l’alcool reste un cofacteur pronostique et doit être quantifié. Enfin, l’intérêt clinique dépendra surtout de la mise en musique : stratification de fibrose (FIB-4, élastographie), prise en charge intensive du diabète/poids/HTA/dyslipidémie, et coordination avec cardio/endo.