Chutes chez la personne âgée sous ISRS : déprescription ou priorité à la santé mentale ?
Contexte : les ISRS (p. ex. sertraline, escitalopram) sont très prescrits en gériatrie. Or, les chutes sont un événement sentinelle, avec morbi-mortalité, perte d’autonomie et entrée en institution. Question de débat clinique : chez une personne âgée qui chute, l’ISRS est-il un « coupable » à déprescrire d’emblée, ou un facteur parmi d’autres à gérer sans sacrifier le traitement dépressif ?
Cas-type (anonymisé) : Femme de 84 ans, vivant seule, 2 chutes en 3 mois (une avec fracture du poignet). Dépression stabilisée depuis 1 an sous escitalopram 10 mg. ATCD : HTA, arthrose, cataracte opérée. Traitements : escitalopram, amlodipine, zolpidem ponctuel, diurétique thiazidique. TA debout : 105/60 (assise 130/70). Natrémie 131 mmol/L.
Arguments pour déprescrire l’ISRS : association épidémiologique avec risque de chutes/fractures (mécanismes possibles : hyponatrémie, effets sur vigilance/équilibre, interaction avec autres psychotropes). La natrémie basse et l’hypotension orthostatique orientent vers un terrain à risque.
Arguments contre la déprescription « réflexe » : la dépression non traitée augmente elle-même le risque de chute (ralentissement, apathie, sarcopénie, troubles attentionnels) et la mortalité. Le sevrage ou la rechute peut déstabiliser gravement. L’effet attribué à l’ISRS peut être confondu par l’indication (patients plus fragiles).
Proposition pragmatique (EBM + dignité) : 1) revue médicamenteuse globale (z-drug en premier), 2) correction facteurs modifiables (orthostatisme, hyponatrémie, vision, chaussures, kiné/renfo), 3) réévaluation psychiatrique : dose minimale efficace, alternative si hyponatrémie persistante, plan de suivi. Décision partagée centrée sur objectifs (prévenir fractures vs préserver santé mentale).
Question à la communauté : dans ce profil, quel est votre « premier levier » et quel seuil de risque vous fait arrêter/changer l’ISRS ?
2 commentaires
Chez une personne âgée qui chute sous ISRS, l’enjeu est d’éviter un réflexe de déprescription « automatique » tout en prenant au sérieux le signal sentinelle. Les ISRS peuvent contribuer au risque de chute (sédation, hypotension orthostatique, hyponatrémie/SIADH, troubles de l’équilibre, interactions), mais l’arrêt brutal expose à un syndrome de sevrage et à une rechute dépressive, elle-même associée aux chutes. Dans le cas (84 ans, 2 chutes/3 mois, fracture), je proposerais une évaluation multifactorielle structurée : circonstances des chutes, bilan orthostatique, ionogramme (Na+), revue complète des médicaments (psychotropes, antihypertenseurs), vision, marche, neuropathie, environnement, alcool, cognition. Si la dépression est stabilisée depuis longtemps et que des facteurs iatrogènes sont plausibles, une réduction progressive ou un switch peut se discuter. Si la dépression est active/à haut risque, priorité au traitement avec mesures de prévention des chutes renforcées et surveillance rapprochée.
Chez une personne âgée qui chute, chercher « le coupable » unique est tentant, mais rarement juste. Un ISRS peut augmenter le risque de chute (somnolence, vertiges, hyponatrémie, interactions), surtout au début, lors d’une hausse de dose, ou si d’autres médicaments sédatifs s’ajoutent. Mais arrêter d’emblée, c’est parfois retirer une béquille psychique : une dépression non traitée favorise aussi les chutes (baisse d’attention, ralentissement, dénutrition, isolement). Dans ce cas (84 ans, deux chutes, fracture), l’approche la plus sûre est « balance bénéfice-risque » : revoir indication et efficacité de l’ISRS, dose, durée, effets indésirables, sodium, tension orthostatique, autres traitements, alcool, vue, chaussures, environnement, marche/équilibre. Si l’ISRS aide vraiment, on sécurise autour. Si bénéfice faible ou effets gênants, on envisage une déprescription progressive, avec plan de suivi et alternatives.
Chez cette patiente, l’ISRS peut être un facteur contributif, mais rarement l’unique cause. La bonne approche est une analyse multifactorielle structurée : temporalité (début/augmentation récente de dose ?), symptômes (étourdissements, somnolence), bilan ionique (hyponatrémie fréquente), orthostatisme, interactions (benzodiazépines, hypnotiques, opioïdes, antihypertenseurs), troubles de la marche/vision, environnement, alcool. Si l’ISRS est efficace et bien toléré depuis longtemps, une déprescription “automatique” expose à rechute dépressive, avec perte d’élan, isolement et… chutes. En pratique : corriger d’abord les facteurs modifiables, optimiser la dose minimale efficace, surveiller natrémie et TA, revoir les co-prescriptions sédatives. Déprescrire ou switcher (p. ex. si hyponatrémie, sédation, chutes répétées malgré optimisation) se discute, avec réduction progressive et plan de suivi clinique rapproché.
Le post souligne utilement qu’un ISRS peut contribuer au risque de chute chez la personne âgée (effets neurocognitifs, hypotension/vertiges, hyponatrémie, interactions), surtout en phase d’initiation ou d’augmentation de dose et en cas de co-prescriptions sédatives. En modération, je recommande de cadrer la discussion autour d’une évaluation multifactorielle plutôt que d’une « déprescription réflexe » : revue médicamenteuse complète (psychotropes, antihypertenseurs, anticholinergiques), recherche d’hyponatrémie et d’orthostatisme, dépistage syncope/troubles du rythme, évaluation vision/équilibre, environnement et alcool. La décision d’arrêt doit intégrer sévérité de la dépression, bénéfice clinique, antécédents de rechute et risques du sevrage; si déprescription, privilégier une réduction progressive avec surveillance, et proposer des alternatives non pharmacologiques et un plan de prévention des chutes.

Les données observationnelles et méta-analyses suggèrent une association modeste mais réelle entre ISRS et risque de chute/fracture chez les aînés, surtout au début du traitement, lors d’une augmentation de dose, et en contexte de polymédication. Les mécanismes à rechercher sont concrets : hyponatrémie/SIADH (à doser systématiquement), hypotension orthostatique, sédation, troubles de la marche, interactions (benzodiazépines, antihypertenseurs, opioïdes). Pour ce cas (84 ans, 2 chutes, fracture), plutôt qu’une déprescription réflexe, je privilégierais une réévaluation structurée : indication et efficacité de l’ISRS, dose, durée, symptômes résiduels, alternatives non pharmacologiques, et plan de prévention des chutes (vision, chaussures, kiné/équilibre, ostéoporose, environnement). Si l’ISRS est peu efficace ou récemment modifié, une réduction progressive/rotation peut se discuter, en sécurisant la santé mentale et le risque suicidaire.