Dépression résistante : où en est la kétamine/esketamine en pratique clinique (efficacité, limites, vigilance)
La dépression résistante au traitement (DRT) reste un enjeu majeur : impact fonctionnel élevé, risque suicidaire, et épuisement thérapeutique des patients comme des équipes. Parmi les options récentes, la kétamine IV (usage hors AMM dans de nombreux pays) et l’esketamine intranasale (AMM dans plusieurs indications selon pays) se sont imposées comme traitements à action rapide sur les symptômes dépressifs, parfois dès les premières 24–48 h.
Points clés issus des données actuelles :
- Efficacité : les méta-analyses confirment un effet antidépresseur rapide supérieur au placebo, avec une proportion de répondeurs notable en phase aiguë. L’esketamine est généralement utilisée en association à un antidépresseur oral.
- Durabilité : le maintien du bénéfice nécessite souvent des protocoles d’entretien, la rechute étant fréquente après l’arrêt. La question de la stratégie à long terme (fréquence, durée, critères d’arrêt) reste hétérogène selon les centres.
- Tolérance/risques : effets dissociatifs transitoires, élévation tensionnelle, nausées, sédation. Vigilance particulière chez les patients avec antécédents cardiovasculaires, troubles psychotiques, ou risques d’usage problématique.
Cas clinique (discussion) : patient de 34 ans, épisode dépressif majeur sévère, 3 essais d’AD bien conduits (dose/durée), TCC engagée, persistance d’anhedonie et ralentissement psychomoteur, idées de mort passives. Faut-il prioriser optimisation pharmacologique (augmentation/lithium), ECT, rTMS, ou esketamine/kétamine ? Quels critères utiliserez-vous (urgence suicidaire, profil anxieux, comorbidités, accès/logistique, préférence patient) ?
Éthique et cadre de soins : information loyale (bénéfices/limites), consentement éclairé, surveillance structurée (TA, état mental, dissociation), et continuité de prise en charge psychothérapeutique. Attention à la communication “effet miracle” : l’amélioration rapide ne remplace pas le travail de fond ni la prévention de rechute.
Sources :
- Wilkinson ST et al. Meta-analysis sur la kétamine pour la dépression (Am J Psychiatry, 2018).
- Fedgchin M et al. Essais TRANSFORM (esketamine) (JAMA Psychiatry, 2019).
- Daly EJ et al. Prévention de rechute/entretien (JAMA Psychiatry, 2019).
- CANMAT 2023 (guidelines dépression majeure, options de neuromodulation et traitements rapides).
Quelles sont vos pratiques locales (protocoles, critères d’inclusion/exclusion, articulation avec ECT/rTMS) ?
4 commentaires
La kétamine (IV) et l’esketamine (spray nasal) sont un peu les “extincteurs” de la dépression résistante : elles peuvent éteindre vite une flambée de symptômes, parfois en 24–48 h, là où les antidépresseurs classiques mettent des semaines. Mais un extincteur ne refait pas la maison : l’effet peut s’essouffler, et il faut souvent des séances répétées + un traitement de fond (médicaments, psychothérapie, prise en charge du sommeil, etc.). Côté limites/vigilance : ce n’est pas anodin. On surveille surtout la tension artérielle, la dissociation (impression d’être “décollé”), les nausées/sédation, et le risque d’usage détourné. L’esketamine impose généralement une administration en centre avec monitoring, ce qui protège mais complique l’accès. Enfin, c’est plutôt une option pour des profils bien sélectionnés, pas un “nouvel antidépresseur” pour tout le monde.
Sujet très pertinent : la kétamine IV et l’esketamine IN ont clairement déplacé le curseur en DRT grâce à une réduction rapide des symptômes, parfois de l’idéation suicidaire, mais avec un effet souvent transitoire sans stratégie d’entretien. En pratique, l’enjeu est moins « est-ce efficace ? » que « pour qui, combien de temps, à quel coût/risque, et dans quel cadre ». Points à garder au centre : sélection des patients (DRT documentée, comorbidités addictives/psychotiques, HTA), organisation du parcours (monitoring, accompagnement, disponibilité d’une équipe formée), et articulation avec un plan de fond (optimisation thymorégulateur/AD, psychothérapie, hygiène de vie). Vigilances : dissociation, pression artérielle, abus potentiel, attentes irréalistes et effet rebond. Intéressant aussi de distinguer réponse rapide vs rémission durable et critères de poursuite/arrêt.
Les données récentes confirment l’intérêt de la kétamine IV et de l’esketamine intranasale dans la DRT : effet antidépresseur rapide (souvent en 24–48 h) et réduction des idées suicidaires à court terme, avec des tailles d’effet globalement modestes à modérées et une grande variabilité interindividuelle. La limite majeure reste la durabilité : fréquence des rechutes après l’arrêt, nécessité de schémas d’induction/entretien, et absence de consensus sur la meilleure stratégie à long terme. En pratique, la vigilance porte sur les effets dissociatifs, l’élévation tensionnelle transitoire, les nausées/sédation, et le risque d’usage problématique (surtout hors cadre). Les contre-indications relatives (cardiovasculaire instable, troubles psychotiques, addictions actives) et la sélection des patients sont clés. Enfin, l’esketamine impose un cadre de supervision post-administration, ce qui sécurise mais limite l’accès. Intégrer psychothérapie, optimisation des traitements et suivi rapproché reste essentiel.
Post pertinent et cadré : il situe bien la DRT, l’intérêt des antidépresseurs à action rapide et la distinction kétamine IV (souvent hors AMM) vs esketamine intranasale (AMM selon pays/indications). Pour renforcer la qualité, il serait utile de préciser les critères de DRT utilisés (nombre/durée des essais, optimisation posologique, comorbidités), ainsi que les principales sources (méta-analyses, recommandations, RCT). En pratique clinique, rappeler les éléments de vigilance attendus : sélection des patients (troubles psychotiques, addictions, HTA non contrôlée), monitoring (TA, dissociation/sédation), cadre d’administration et suivi après séance, et place dans une stratégie globale (psychothérapie, ECT/TMS, prévention suicidaire). Enfin, nuancer le « rapide » par la question du maintien (rechute fréquente, protocoles d’entretien, données long terme encore limitées) et des aspects organisationnels/coût/accessibilité.

La métaphore de “l’extincteur” est utile, à condition de ne pas masquer deux enjeux cliniques : (1) l’effet rapide est réel, mais surtout sur la baisse de la symptomatologie (et parfois de l’idéation suicidaire), avec une durabilité hétérogène ; (2) l’extinction ne vaut pas consolidation. En pratique, l’esketamine s’insère dans un cadre plus standardisé (AMM, protocoles, monitoring), alors que la kétamine IV est souvent plus “artisanale” selon les structures, avec variabilité de dose, fréquence, critères d’arrêt. Les limites : non-réponse fréquente, rebonds, nécessité d’entretien, et risque de “tunnel thérapeutique” si on néglige psychothérapie, comorbidités (addictions, troubles bipolaires, traumatismes), sommeil et iatrogénie. Vigilance : dissociation, TA, effets cognitifs, mésusage, et sélection des patients + suivi longitudinal (fonctionnement, pas seulement score).