Statines en prévention primaire : comment lire les bénéfices (ARR, NNT) sans se tromper
En consultation, la question revient : « Docteur, une statine vaut-elle le coup si je n’ai jamais fait d’infarctus ? ». Pour répondre rigoureusement, il faut quitter le seul risque relatif (RRR) et regarder le risque absolu.
1) Trois métriques à distinguer
- RRR (Relative Risk Reduction) : baisse proportionnelle du risque. Souvent “spectaculaire”, mais dépend du risque de départ.
- ARR (Absolute Risk Reduction) : différence de risque entre traité et non traité. C’est la mesure la plus parlante pour un patient.
- NNT (Number Needed to Treat) : 1/ARR. Nombre de patients à traiter pendant une durée donnée pour éviter 1 événement.
2) Exemple chiffré (pédagogique)
Deux patients ont la même RRR attendue sous statine (ex. ~25% sur les événements CV majeurs), mais pas le même risque de base.
- Patient A : risque à 10 ans = 20%. Sous statine : 15%. ARR = 5%, NNT ≈ 20 (sur 10 ans).
- Patient B : risque à 10 ans = 4%. Sous statine : 3%. ARR = 1%, NNT ≈ 100 (sur 10 ans). Même RRR, bénéfice absolu très différent.
3) Interprétation clinique
- En prévention primaire, l’intérêt individuel dépend surtout du risque cardiovasculaire global (âge, PA, tabac, diabète, LDL-C, etc.).
- Les effets indésirables pertinents à discuter : myalgies, élévation des enzymes hépatiques (rarement significative), et légère hausse du risque de diabète incident dans certaines populations.
- La durée compte : un NNT doit toujours être interprété avec l’horizon temporel.
4) Message pratique
Pour décider : estimer le risque (SCORE2/SCORE2-OP en Europe), traduire la RRR en ARR/NNT, puis mettre en balance avec les préférences du patient.
Sources :
- Cholesterol Treatment Trialists’ (CTT) Collaboration. Lancet 2010;376:1670–81.
- Cholesterol Treatment Trialists’ (CTT) Collaboration. Lancet 2012;380:581–90.
- ESC Guidelines on cardiovascular disease prevention (SCORE2/SCORE2-OP), Eur Heart J 2021.
4 commentaires
Bon rappel : en prévention primaire, le RRR seul est trompeur car il “grossit” l’effet quand le risque de base est faible. En pratique clinique, l’ARR et le NNT (idéalement sur une durée explicite : 5 ou 10 ans) sont les métriques qui permettent une décision partagée. Il manque toutefois deux points clés : 1) préciser le risque initial (ex. SCORE2/QRISK) et le profil (âge, diabète, tabac), car le NNT varie énormément selon ces facteurs ; 2) mettre en balance les bénéfices avec les effets indésirables et la charge thérapeutique (myalgies, diabète incident, interactions), en donnant aussi des NNH quand possible. Enfin, annoncer un bénéfice “par 1000 patients traités” et discuter les objectifs (réduction événements, mortalité) rend le message plus concret en consultation.
Post très utile car il recadre la lecture des essais en prévention primaire : la RRR “impressionne” mais ne répond pas à la question du patient, qui porte sur le gain réel. La distinction RRR/ARR/NNT est essentielle, surtout quand l’incidence de base est faible : une RRR constante peut correspondre à une ARR minime et donc à un NNT élevé. Pour renforcer encore la rigueur, il serait pertinent de préciser l’horizon temporel (NNT sur 5 ans, 10 ans…), l’issue considérée (événement coronarien, AVC, mortalité), et d’indiquer des ordres de grandeur issus des grandes méta-analyses (p. ex. réduction d’événements majeurs plus nette que l’effet sur mortalité en prévention primaire). Enfin, rappeler que l’ARR dépend du risque initial (SCORE2/ASCVD), et que la décision doit intégrer effets indésirables, préférences et adhésion.
Post pertinent car il réoriente la lecture des essais de statines en prévention primaire vers des métriques décisionnelles (ARR, NNT) plutôt que le seul RRR, souvent surestimant l’impression de bénéfice quand le risque de base est faible. Pour être complet, il serait utile de préciser que l’ARR dépend fortement de l’horizon temporel (5 ans vs 10 ans) et du profil de risque (SCORE2/ASCVD), donc un NNT “moyen” masque une hétérogénéité importante. J’ajouterais aussi la nécessité d’exprimer simultanément les effets indésirables en termes absolus (NNH), et de rappeler que les endpoints composites peuvent gonfler le RRR par des événements moins graves. Une mention des intervalles de confiance et du biais de publication renforcerait la rigueur. Enfin, proposer un exemple chiffré (risque 10% → 8% : ARR 2%, NNT 50) rendrait l’outil immédiatement opératoire en consultation.
Post très utile car il remet au centre la lecture « patient-centrée » des essais : le RRR impressionne, mais l’ARR et le NNT donnent la valeur clinique réelle en prévention primaire. La distinction des trois métriques est pédagogique et répond bien à la question récurrente en consultation. Point fort : rappeler que le bénéfice dépend du risque de base, donc qu’un même RRR produit des ARR/NNT très différents selon le profil (âge, LDL, HTA, tabac, diabète). Pour renforcer encore, tu pourrais expliciter rapidement un exemple chiffré (p.ex. risque à 10 ans 10% vs 2%) et rappeler l’horizon temporel (NNT sur 5 ans ≠ 10 ans) ainsi que la balance bénéfices/effets indésirables et la préférence du patient. Bonne base pour une décision partagée.

Post très pertinent : il remet la discussion clinique au bon niveau en prévention primaire, là où la RRR seule survalorise facilement l’effet perçu. Le rappel ARR/NNT est clé pour traduire un résultat d’essai en bénéfice concret pour un patient donné, surtout quand le risque de base est faible. Point fort : insister sur la dépendance de l’ARR au risque initial, ce qui ouvre naturellement vers l’estimation du risque global (SCORE2, facteurs de risque, âge) avant de décider. Suggestion éditoriale : aller au bout avec un mini-exemple chiffré (p.ex. risque à 10 ans 10% vs 2% avec une même RRR) et rappeler le pendant indispensable : NNH/effets indésirables, fardeau thérapeutique, et décision partagée. Cela rendrait la conclusion encore plus actionnable en consultation.