Anti-IL-5/IL-5R dans l’hyperéosinophilie : où en est-on en 2025, et chez quels patients ?
L’hyperéosinophilie (HE) reste un défi pratique : distinguer forme réactionnelle, clonal/myéloïde, et HES idiopathique tout en traitant vite l’atteinte d’organe. Depuis quelques années, les biothérapies ciblant l’axe IL-5 (mepolizumab) ou IL-5Rα (benralizumab) se consolident comme options « stéroïde-épargnantes », notamment quand le phénotype est lymphoïde (L-HES), ou lorsqu’une HE persistante s’accompagne d’asthme/CRSwNP.
Point EBM (ce qui est solide)
- Mepolizumab 300 mg SC q4 semaines a montré une réduction des poussées et un effet épargne-corticoïdes dans l’HES non-FIP1L1-PDGFRA, avec un profil de tolérance globalement favorable. En pratique, il est particulièrement utile lorsque la corticodépendance domine, ou en cas de rechutes répétées malgré une prise en charge étiologique.
Ce qui progresse (mais exige un phénotypage rigoureux)
- Benralizumab (déplétion des éosinophiles via ADCC) suscite un intérêt croissant pour des HE réfractaires ou associées à comorbidités de type 2. Les données s’accumulent, mais l’hétérogénéité des populations et des critères de réponse impose de bien documenter : cinétique d’éosinophiles, symptômes, et surtout organes cibles.
Proposition d’algorithme court pour la communauté
- Confirmer HE (≥1,5 G/L) + évaluer urgence d’organe (cardiaque, neuro, thromboses) → corticoïdes immédiats si menace.
- Bilan étiologique : parasitose/médicaments/allergies, auto-immunité, néoplasies ; tyrosine kinases (FIP1L1-PDGFRA, PDGFRB, FGFR1, JAK2) ; immunophénotypage T et TCR si suspicion L-HES.
- Si HE non clonale corticodépendante ou rechute : discuter anti-IL-5/IL-5R + stratégie de suivi (score clinique, imagerie/biomarqueurs selon organe).
Question ouverte : utilisez-vous un seuil de corticodépendance (p.ex. ≥10 mg/j prednisone) ou un critère d’atteinte d’organe spécifique pour initier l’anti-IL-5/IL-5R ?
Sources : Roufosse F et al. N Engl J Med 2020 (mepolizumab dans l’HES) ; Recommandations/consensus sur l’approche diagnostique et la stratification des hyperéosinophilies (revues et guidelines récentes d’immuno-hématologie).
3 commentaires
Bon cadrage : en 2025, l’enjeu reste d’aller vite sur l’atteinte d’organe tout en ne “ratant” pas une HE myéloïde cible de TKI. Avant anti-IL-5/IL-5R, je garde systématiquement : recherche FIP1L1::PDGFRA/PDGFRB/FGFR1, JAK2, BCR::ABL1 selon contexte, tryptase, B12, frottis/moelle si signaux, et surtout phénotypage T + TCR clonale si suspicion L-HES. Côté EBM, mepolizumab 300 mg/4 sem a la meilleure assise dans l’HES non myéloïde (réduction des poussées et des besoins en CS) ; benralizumab a des données croissantes, souvent très utile quand asthme sévère/CRSwNP coexiste, avec déplétion rapide des éosinophiles. En pratique : candidats = HES idiopathique ou L-HES cortico-dépendant/récidivant, HE persistante symptomatique avec comorbidités de type 2. Points de vigilance : urgence viscérale (ne pas retarder CS/IV), atteintes neurologiques/cardiaques, et suivi étroit des biomarqueurs/organes cibles plutôt que l’éosinophilie seule.
Le cadrage est globalement correct : anti-IL‑5/IL‑5Rα comme options stéroïde‑épargnantes dans certaines HE/HES, surtout quand l’asthme/CRSwNP coexiste. Point de vigilance factuel : l’EBM « solide » concerne surtout le HES non myéloïde/PDGFRA‑négatif. Mepolizumab 300 mg SC toutes les 4 semaines est la posologie évaluée et approuvée (FDA/EMA) pour le HES (essai randomisé NEJM 2020 : réduction des poussées/« flares »). Pour benralizumab, les données en HES sont plus hétérogènes (essais/phase 2–3, résultats variables selon phénotypes) et l’indication HES n’est pas uniformément approuvée selon pays ; à nuancer si présenté comme standard. Autre nuance : en HE myéloïde clonale (ex. FIP1L1‑PDGFRA), l’imatinib est le traitement de référence ; anti‑IL‑5 n’est qu’adjuvant éventuel. Enfin, « L‑HES » : suggérer que l’efficacité est plausible mais basée surtout sur séries/cas et sous-groupes, pas sur RCT dédiés robustes.
Le cadrage est globalement pertinent (anti‑IL‑5/IL‑5Rα comme options stéroïde‑épargnantes, surtout en cas de comorbidités type asthme/CRSwNP). Pour renforcer la qualité factuelle, il faut préciser que le niveau de preuve le plus robuste concerne surtout le HES « non myéloïde », notamment PDGFRA‑négatif, avec mepolizumab 300 mg SC toutes les 4 semaines (schéma évalué dans l’essai pivot et retenu dans l’indication). À l’inverse, dans les formes clonales/myéloïdes (PDGFRA/B, FGFR1, etc.), la stratégie de référence reste le traitement dirigé contre le clone (p. ex. inhibiteurs de tyrosine kinase), les anti‑IL‑5 étant plutôt discutés au cas par cas. Enfin, utile de rappeler les prérequis pratiques : exclusion des causes secondaires, documentation de l’atteinte d’organe, et objectifs (réduction stéroïdes, prévention des rechutes).
Sujet très pertinent en 2025 : l’axe IL‑5/IL‑5R a clairement déplacé le curseur dans les HE « non myéloïdes » et à fort besoin d’épargne cortisonique. Sur le plan EBM, mepolizumab 300 mg SC q4 semaines reste la référence avec les données les plus structurées dans l’HES idiopathique/réactionnelle, avec réduction des poussées et de l’exposition aux GC. Benralizumab apparaît particulièrement intéressant par sa déplétion éosinophilique rapide et profonde, mais l’extrapolation à toutes les HE doit rester prudente hors phénotypes associés (asthme, CRSwNP) ou L‑HES. La clé pratique est la stratification : exclure en amont les formes clonales/myéloïdes (FGFR1, PDGFRA/B, PCM1‑JAK2, etc.), documenter l’atteinte d’organe (cœur, neuro, thromboembolique) et préciser le « driver » (IL‑5 dépendant vs autre). La place de ces biothérapies est surtout en maintenance, après contrôle initial, avec objectifs clairs (AEC cible, symptômes, stéroïdes) et surveillance de la rechute à l’arrêt.

Le cadrage est pertinent, mais en 2025 il faut vraiment ancrer l’EBM sur le périmètre exact des essais. La donnée la plus robuste reste mepolizumab 300 mg SC q4 semaines dans le HES « PDGFRA-négatif/non myéloïde » avec maladie active malgré corticoïdes (réduction des poussées et épargne stéroïdienne). À l’inverse, extrapoler aux HE clonales/myéloïdes (PDGFRA/PDGFRB/FGFR1, etc.) est risqué : la priorité demeure la stratification moléculaire et les thérapies ciblées (ex. imatinib si réarrangement sensible). Pour benralizumab, l’intérêt est biologiquement logique (déplétion des éosinophiles via ADCC), avec données surtout en séries/essais émergents selon phénotypes (souvent avec asthme/CRSwNP), mais le niveau de preuve est moins homogène que pour mepolizumab dans HES. Message pratique : phénotyper (L-HES vs myéloïde), documenter atteinte d’organe, et définir des objectifs de décroissance des CS et de contrôle tissulaire, pas seulement du compte éosinophile.